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Économie

La reconstruction de la Syrie guettée par les entrepreneurs libanais

Conférence

Lors d'une conférence organisée mardi au Biel, le secteur privé libanais a discuté des avantages comparatifs du Liban dans la course à la reconstruction de la Syrie.

02/06/2016

« Le secteur privé libanais se tient déjà prêt pour apporter sa contribution à la reconstruction de la Syrie », affirme d'emblée le président de l'Association des entrepreneurs libanais, Maroun Helou, lors d'une conférence consacrée aux « opportunités et défis du Liban dans la reconstruction de la Syrie », organisée mardi au Biel en marge du Salon professionnel du BTP Project Lebanon.

Comme lui, l'ensemble des intervenants ne dissimulaient pas leur impatience à profiter des nombreuses opportunités offertes par une reconstruction qu'ils espèrent imminente. Car les enjeux économiques pour le Liban sont loin d'être négligeables. « Les prévisions de croissance pour le Liban en 2019 oscillent autour de 2 %, mais dans le cas d'un arrêt du conflit et du lancement de la reconstruction en Syrie, le PIB libanais gagnerait au moins 4 points de croissance supplémentaires », assure la responsable des affaires économiques à la Commission économique et sociale des Nations unies pour l'Asie de l'Est (Escwa), Denise Sumpf.

« La reconstruction de la Syrie permettra de créer un nombre conséquent d'opportunités d'emploi, le chômage étant l'un des principaux problèmes de la région », considère le PDG d'Indevco Group, Neemat Frem.

 

« Dès maintenant »
« Si George Marshall avait élaboré le plan de reconstruction de l'Europe avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Liban doit dès maintenant se préparer à la reconstruction de la Syrie », plaide l'ancien ministre de l'Économie, Nicolas Nahas. « Nous avons déjà mis en place des plans d'action et élaboré des études préparatoires visant à évaluer les capacités techniques et les ressources disponibles au Liban dans cette optique », assure M. Helou.

En effet, les intervenants ont estimé que le pays du Cèdre disposait de plusieurs atouts qui lui permettraient de participer activement à cet immense chantier. « Notre proximité géographique et nos similarités culturelles sont de véritables atouts », explique M. Helou, avant d'ajouter qu'il a élaboré avec la Chambre de commerce de Tripoli des plans de développement d'infrastructures destinés à préparer la deuxième ville du pays à cette échéance. « Il faudra notamment construire davantage d'entrepôts pour augmenter les superficies de stockages et effectuer un élargissement de l'aéroport de Qleyate », poursuit-il. L'aéroport de Qleyate n'est pas fonctionnel actuellement.

Le Liban pourra aussi compter sur la qualité de ses ressources humaines. « Les ingénieurs et architectes libanais sont expérimentés puisqu'ils ont accompagné la reconstruction du Liban après la guerre civile », argue le président de l'ordre libanais des ingénieurs et architectes, Khaled Chehab.
Car si la guerre en Syrie a fait 280 000 morts depuis l'éclatement du conflit en mars 2011, selon les derniers chiffres de l'Observatoire syrien des droits de l'homme – une ONG proche de la rébellion basée à Londres et dont les chiffres sont repris par la quasi-totalité des médias occidentaux –, elle a également causé des dégâts matériels considérables qu'il faudra réparer. « Plus de 80 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Le PIB syrien a baissé de 55 % et les pertes subies en raison du conflit sont énormes, et atteignent 259,6 milliards de dollars », estime Mme Sumpf. « Nous venons de perdre en quelques années les résultats de plus de 30 ans de politiques de développement », déplore le chef du département du développement économique et de la pauvreté à l'Escwa, Khaled Abou Ismail.

Autant d'infrastructures à reconstruire donc, une fois la fin des conflits en Syrie actée. « Le chantier de la reconstruction se divisera en deux étapes. La première durera entre 3 à 5 ans et concernera un redressement politique, économique et social du pays. Elle permettra notamment d'organiser le retour des réfugiés, de réintégrer les anciens combattants dans la société, de neutraliser les agents du marché noir, ou encore de redynamiser l'économie locale. La deuxième étape demandera au moins 15 à 20 années d'efforts de reconstruction et de développement », explique Nabil Sukkar, directeur du Syrian Consulting Bureau for Development & Investment, un cabinet de conseil basé à Damas.

« Il y a des chantiers prioritaires comme celui de la reconstruction des grands axes autoroutiers du pays, ou encore l'élargissement des ports de Tartous et de Lattaquié », indique M. Sukkar qui explique aussi que le rôle du secteur privé est « crucial dans la reconstruction de la Syrie car il permettra d'éviter à Damas un lourd endettement. » En contrepartie, « le gouvernement devra certainement continuer provisoirement à protéger certains secteurs de l'industrie nationale syrienne jusqu'à la stabilisation de l'économie », confie-t-il.

 

« 20 dollars pour l'utilisation de l'ordinateur »
Des politiques protectionnistes qui exaspèrent les commerçants libanais qui continuent d'exporter vers les marchés syriens en dépit du conflit. « Le coût de transport de nos marchandises en camion est passé de 7 000 à 15 000 dollars pour une quantité similaire, entre 2011 et 2016. Face à la dévaluation de sa monnaie, le gouvernement syrien a mis en place des frais de péage exorbitants et très souvent injustifiés. Pour chaque passage (d'un camion), nous devons payer une somme de 1 500 dollars pour une autorisation préalable, une autre de 500 dollars destinée à la reconstruction de la Syrie, ou encore une de 20 dollars pour l'utilisation de l'ordinateur par les fonctionnaires syriens », peste le propriétaire d'une entreprise de BTP libanaise, ayant requis l'anonymat. C'est en raison d'un accord bilatéral conclu en 1945 qui empêche la mise en place de barrières douanières entre le Liban et la Syrie que cette dernière est contrainte d'adopter la ruse des frais de péage.

« Si le gouvernement syrien n'accorde pas de facilités aux investisseurs libanais, ils ne pourront pas réellement être associés à la reconstruction de la Syrie », plaide-t-il. « Cela va dépendre du nouveau régime politique qui sera en place à la fin du conflit », indique M. Sukkar. « En fonction des gagnants de la guerre, nous verrons si ce sera la Chine, l'Iran et la Russie qui remporteront les gros marchés, ou si ce sera plutôt la Turquie et les pays arabes », estime le chef d'entreprise précité. En attendant, M. Sukkar a annoncé que « le gouvernement syrien réfléchit actuellement à réformer la loi n° 15 sur le développement immobilier et à mettre en place des avantages fiscaux dans le but d'attirer les investisseurs étrangers ».

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Des branches tordues et pourries ne se redressent jamais !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE MALHEUR DES UNS FAIT LE BONHEUR DES AUTRES... ILS S,EN FOUTENT DU NOMBRE DES VICTIMES... ILS PENSENT : 3ABBI IL JAYBE !

Henrik Yowakim

La reconstruction de la Syrie guettée par les entrepreneurs libanais

IL NE AUT FAUT PAS VENDRE LA PEAU DE L'URSS AVANT DE L'AVOIR TUEE

LA GUERRE DE SYRIE N'EST QU'A SES DEBUTS :IL FAUT ENCORE COMPTER UNE BONNE DIZAINE D'ANNEES DE DESTRUCTIONS SOUS LA HOULETTE DE L'OURS RUSSE AVANT QUE L'ON PUISSE PARLER DE RECONSTRUCTION

MAIS VOILA LES ENTREPRENEURS DES BETONS ARMEES ET A LEUR TETE LES NOMMEES HELOU ET SUKKAR PEUVENT TOUJOURS REVER

DES DOUCES ET SUCREES ANNEES DE LAIT ET DE MIEL A VENIR.COMME QUOI L'OURS RUSSE DETRUIT ET DECONSTRUIT ET LES MARCHANDS DE PEAUX ROUGES SYRO~LIBANAIS CONSTRUISENT DANS LEUR IMAGINAIRE DES CHATEAUX EN EXBAGNES DE MAZZEE ET DE PALMYRE.

ET POUR LE MOMENT AU BIEL DES SOLIDES HERES.DE LA RECONSTRUCTION DU CENTRE VILLE FANTOME DE BEYROUTH.

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