L'impression de Fifi ABOU DIB

Une balayette et un tapis

Impression
18/05/2017

Merci la France, merci M. Macron de donner l'exemple au monde en créant à travers ce nouveau gouvernement non seulement la promesse d'un changement qu'on vous envie déjà, mais un vocabulaire qui est à lui seul une révolution. D'abord ces secrétariats d'État, l'un chargé des Égalités entre les hommes et les femmes, l'autre chargé du Numérique. Deux missions indispensables pour accompagner un monde qui n'a jamais changé aussi vite et qui a besoin d'une réaction rapide à ses préoccupations. Ensuite ces élégantes nuances : au lieu d'un classique ministère de l'Écologie, un ministère de la Transition écologique et solidaire. Tout un programme qui annonce en trois mots une préparation dynamique aux changements climatiques annoncés et promet d'en épauler les inévitables victimes. Et puis cet admirable remplacement du ministère des Finances par un ministère de l'Action et des Comptes publics, qui laisse entendre qu'on ne se contentera pas de regarder passivement l'argent entrer et sortir des caisses avec cet affolement traditionnel face au « trou de la sécu ». « Action » est le seul mot disponible pour conjurer la fatalité. Merci donc pour le vocabulaire.

De notre petit-pays-en-panne, nous regardons aujourd'hui la France avec admiration, pour ce qu'elle a envie de réaliser. Dieu que les nôtres sont vieux ! Et ce n'est pas que l'âge. C'est cette sclérose, cette absence de projection, de vision, de désir d'avenir dès lors que l'avenir s'envisage sans eux. De volonté autre que celle d'accaparer les marchés et les postes et les combines de manière à les subtiliser à leurs rivaux. Combien est terne, sans imagination, sans enthousiasme, sans générosité et sans joie la classe qui nous gouverne. À la peur qui nous a possédés tout au long des années de guerre et de terrorisme, succède une forme d'immobilité stérile, de stabilité morose. La sécurité au prix de la tristesse.
C'est pourtant la saison où les « grands » des collèges préparent le bac et s'imaginent déjà, à l'automne prochain, commençant à l'université leur formation pour le métier qui les appelle. Bientôt aussi les facultés livreront leurs nouveaux diplômés ; encore une génération brillante, ambitieuse et fière qui franchit la ligne d'arrivée toute pâle à force de nuits blanches, mais avec mille étoiles dans les yeux. Que ferons-nous de tous ces feux ? Encore les envoyer servir et prospérer ailleurs, parce que chez nous rien n'est prévu pour faire chanter leurs lendemains. Et combien voudrions-nous, à travers eux qui ne se doutent presque pas de ce que nous avons vécu, cette revanche sur notre jeunesse perdue.

À défaut de quoi, voici pour régler l'absurde et ridicule question de l'électricité une solution provisoire et polluante payée au prix fort et à fonds perdus en lieu et place d'une solution saine et définitive. Voici pour préparer l'avenir un Parlement qui explore depuis des mois sans y parvenir la possibilité de se reconduire une énième fois sans que cela ressemble à une reconduction. Voici, pour résoudre le problème des ordures, une balayette et un tapis. Nous sommes soumis à une dictature douce, collégiale et corrompue, qui ne dit pas son nom. Et qui condamne nos enfants à 32 kg de bagages, un poids léger de souvenirs, et le rêve d'un pays qu'ils n'ont pas fini de rêver.

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Zaarour Beatriz

Qu'il est devenu triste, maltraité, humilié ce pauvre pays! Mais les vérités que vous racontez avec cet esprit subtil et nuancé, rend ces vérités misérables moins difficiles à admettre et moins lourdes à porter.
Les libanais et les étrangers qui vivent encore au Liban et qui aiment y rester, ont le coeur gros å l'idée de ne plus supporter cette mauvaise qualité de vie et donc quitter définitivement pour des cieux plus cléments...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CHEZ NOUS C,EST LA SCLEROSE ET LA SHIZOPHRENIE...

Bouez Chahine

"... l'électricité payée au prix fort et à fonds perdus..." Ils ne sont pas perdus, nous savons tous où ils sont partis et dans quelles poches, mais n'allez pas le répéter sur la route côtière Batroun-Kfar'Abida !

Antoun S

Merci Fifi
En vous lisant, o, a un pincement au cœur tellement est vrai ce que vous dites.
En faisant le choix de vivre loin du pays qui nous a vu naître, grandir et se construire, on espère donner une vraie chance à mes enfants de réussir leurs rêves.
Les miens se sont estompés en quittant définitivement mon pays. Puissent nos enfants ne plus payer le prix du déracinement et de l'exil.
Merci encore.

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