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Le racisme en France raconté en Amérique

Cinéma

"Pourquoi nous détestent-ils ?" est un documentaire en trois parties raconté du point de vue d'un réalisateur juif, d'un Noir et d'une Arabe.

OLJ/Frankie TAGGART/AFP
02/05/2017

Alexandre Amiel a senti l'urgence de raconter le racisme quand son fils de 11 ans lui a demandé, juste après les attentats de Charlie Hebdo et du supermarché Hyper Cacher: "Pourquoi nous détestent-ils ?"
Ces attentats de janvier 2015 ont été commis et revendiqués par les jihadistes de l'Etat islamique et d'el-Qaëda.

Mais auprès de ce cinéaste, ils ont agi comme un révélateur des tensions et du malaise qui traversent profondément et depuis longtemps la société française.

La réponse du cinéaste, lui-même juif, a été d'aller directement poser la question aux extrémistes, ceux qui rejettent la coexistence entre les communautés et les races.

"Pourquoi nous détestent-ils ?", projeté dimanche en première américaine au festival du film français Colcoa de Los Angeles, après être sorti en décembre en France, est un documentaire en trois parties raconté du point de vue d'un réalisateur juif, d'un Noir et d'une Arabe.

Les histoires de "trois personnes qui ne sont pas particulièrement victimes du racisme", qui vont se confronter à ceux qui disent les détester: "Une étude sur ce qu'est le racisme aujourd'hui", a raconté le metteur en scène de 43 ans.

La présentation de ce film à Los Angeles avait lieu quelques jours avant le second tour de l'élection présidentielle française qui oppose le centriste Emmanuel Macron à la cheffe de l'extrême droite Marine Le Pen.

Amiel, qui se dit de gauche, déclare, sans surprise, sa préférence pour le fondateur d'En Marche!, celui en tout cas qu'il "déteste le moins".

 

'Nous sommes tous racistes'
Après les victoires du Brexit et de Donald Trump, Amiel dit avoir réalisé son documentaire pour montrer que face à la montée du populisme et des attaques contre la démocratie, il faut redoubler de vigilance vis-à-vis du racisme dans la société mais aussi dans notre inconscient.
Il se refuse toutefois à condamner ceux qui votent pour l'extrême droite: "S'il y a tant de montée des extrêmes en France, c'est parce que les partis ordinaires, de droite comme de gauche, n'ont pas fait leur travail ces dernières années alors on ne peut pas blâmer les gens qui veulent tout envoyer promener".
"Avec ce film, j'ai voulu montrer qu'on doit réagir. Nous sommes tous racistes. (...) Ne pas être raciste, c'est une gymnastique", assure-t-il.

Amiel, journaliste et producteur de télévision qui se définit comme un "juif culturel mais pas pratiquant", a initialement conçu son film comme un documentaire pour le petit écran, diffusé en trois parties à l'automne.
Les extraits des échanges des cinéastes avec les extrémistes ont été visionnés plus de 20 millions de fois en ligne, déclenchant leur sortie en salle en version longue.

 

Epuration
La première partie est réalisée par le Martiniquais Lucien Jean-Baptiste, dont la comédie "La première étoile" (2009) était en lice pour le César du meilleur film. Il dialogue avec le dirigeant de radio et homme politique d'extrême droite Henry de Lesquen, qui veut interdire ce qu'il appelle "la musique nègre".

Puis la comédienne et cinéaste Amelle Chahbi, d'origine marocaine, s'interroge sur l'intégration des Maghrébins de Paris et affronte un fasciste lors d'une manifestation.
"Si on ne veut plus d'Arabes ou de musulmans en France, comment on peut faire ?", lui demande-t-elle. Ce à quoi il répond, glacial, qu'il faudrait un président "qui soit vraiment un nationaliste et qu'il fasse une épuration".

Dans la dernière partie, Alexandre Amiel rencontre Jérôme Bourbon, éditeur du hebdomadaire antisémite Rivarol, qui affirme tout de go: "Avant, quand on était un pays catholique, on ne recevait pas un juif à sa table".
"Billy Wilder a dit qu'il y avait deux types de juifs avant les deux guerres mondiales, les optimistes et les pessimistes. Les pessimistes sont partis à Hollywood - et ont bâti Hollywood -, les optimistes sont restés et sont morts dans les camps", lance Alexandre Amiel. "Le problème, c'est que je suis très optimiste et je ne veux pas changer".

 

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