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Économie

Que faire de leur oseille ? Le casse-tête des industriels du cannabis...

États-Unis
OLJ
24/04/2017

Liasses de billets dans des coffres-forts surveillés en permanence, sacs de grosses coupures livrés aux impôts par véhicules blindés, dispensaires truffés de capteurs et caméras, montages financiers... L'industrie américaine du cannabis dépend encore largement de l'argent liquide. Cette situation la force à toutes sortes de contorsions rocambolesques, évoquant des films ou des séries comme Breaking bad.
Autorisé à usage médical dans 29 États et récréatif dans 8, le cannabis reste interdit au niveau fédéral. Les banques qui ouvrent des comptes aux entrepreneurs du secteur peuvent être accusées de blanchiment d'argent. La majorité d'entre elles préfèrent donc ne pas toucher à tout ce qui a trait à la célèbre feuille. Seules environ 300 institutions sur près de 12 000 aux États-Unis acceptent – discrètement et en faisant payer cher leurs services – quelques clients du secteur, selon Standard and Poor's, essentiellement des banques coopératives ou régionales.
« C'est un sérieux problème. À cause du gouvernement fédéral », qui considère le cannabis comme une drogue dure, « nous sommes forcés d'opérer presque à 100 % en liquide », explique Steve DeAngelo, fondateur du vaste dispensaire Harborside Health Center à Oakland (Californie).

Épée de Damoclès
De plus en plus de PME parviennent à trouver une banque ou une forme de trésorerie électronique, mais risquent en permanence fermetures de comptes ou saisies : 3 000 dollars déposés en liquide suffisent à déclencher un signalement d' « activité suspecte » au fisc.
Michael Katz, patron d'Evoxe, qui fabrique des huiles au cannabis, explique avoir eu « 13 000 dollars gelés pendant 19 jours par Square », l'organisme de paiement sur appareils mobiles. Chacun essaie de contourner le problème à sa façon. Une responsable marketing a raconté à l'AFP avoir un jour reçu un message de l'application Venmo sommant sa société de ne plus utiliser leurs services. Ils utilisent maintenant Paypal en espérant que la description « produits de bien-être » de leurs huiles pour le corps au THC – une substance extraite de la marijuana – n'attirera pas l'attention. Il y a aussi ceux qui utilisent la monnaie dématérialisée Bitcoin, des distributeurs de monnaie inversés qui prennent de l'argent liquide contre une transaction électronique ou d'autres systèmes innovants. Autre piste, les montages financiers : « Vous établissez plusieurs sociétés pour les différentes activités de votre entreprise », autrement dit une entité qui gère le marketing ou la comptabilité peut avoir un compte et devenir cliente de celle qui vend le cannabis, poursuit Michael Katz.

Forteresse
L'administration Obama, voyant la perspective de recettes fiscales colossales, avait mis en place un cadre juridique permettant aux banques de travailler avec les industriels du cannabis où il est légal, au prix d'un fardeau de paperasses qui en a découragé plus d'un. Son successeur républicain Donald Trump pourrait renverser la vapeur et se mettre à poursuivre les acteurs du secteur. Vu l'impossibilité de prévoir, beaucoup d'entrepreneurs gardent un bon matelas de liquidités au cas où, remarque M. Katz, mais c'est très contraignant : « L'argent n'est pas assuré et difficile à sécuriser. »
Harborside est une forteresse : « Pour entrer, il faut montrer ses papiers d'identité, passer au détecteur à métaux, nous avons 50 caméras, des capteurs de chaleur et de mouvements déclenchant des alarmes, un lecteur d'empreintes digitales pour les employés... », énumère Steve DeAngelo. Autre casse-tête : la comptabilité. Les employés d'Harborside comptent pièces et billets manuellement dans une chambre forte...
Quant aux impôts, « chaque mois mes employés emmènent 100 000 dollars en liquide » pour payer la ville d'Oakland, explique M. DeAngelo. « On essaie de changer de véhicule, de personne, de route... »
En Californie, l'État le plus peuplé du pays, le problème devient épineux à l'approche de la légalisation de la marijuana à usage récréatif en 2018. « Ça va devenir un secteur trop gros pour que les banques ne s'y engouffrent pas, malgré les risques » estime Troy Danton, cofondateur du cabinet de recherche spécialisé Arcview, qui prévoit que l'industrie légale de 6,7 milliards de dollars actuellement triple en cinq ans.
Véronique DUPONT / AFP

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