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La Dernière

Le livre de la jungle

Un peu plus de
08/04/2017

L'Orient-Le Jour a fait peau neuve. Notre/votre journal s'est revampé ; a mis de l'ordre dans sa typo ; un peu plus de noir sur les titres ; quelques gouttes de rouge... Plus petit, plus court, plus condensé, plus concentré. Plus beau, plus jeune, et encore et toujours critiqué. Et ce n'est pas un changement de « visage » qui sera épargné. Trop petit, trop court, trop condensé, trop concentré ; trop de rouge, typo étrange, trop jeune. « Je n'aime pas la nouvelle maquette. » Pourquoi ? « Je ne sais pas, je n'aime pas. » Mais nous ne sommes plus à ça près.

Malgré la bataille que nous menons bon gré et malgré tous les vents pour tenir la barre du journalisme, du vrai, de la culture, de la francophonie, de la liberté et de la résistance... nous nous en prenons plein la poire. Et on aura tout entendu. Des vertes, des pas mûres, des pourries. « C'est mal écrit, c'est nul, c'est parti pris, c'est pompeux, c'est une feuille de chou, c'est inintéressant. Je ne lis que le carnet et les gros titres. »
La critique est facile, tellement facile. Et trop de critiques tue la critique. Ce qui a été un jour constructif et intéressant est devenu ridicule et lassant. Ce sont souvent les mêmes qui s'offusquent, commentent à chaque fois les mêmes signatures, les mêmes rubriques. Personne n'est obligé d'acheter ce nonagénaire de la presse. Personne n'est obligé de le parcourir, ni de le feuilleter, ni de lire les signatures qu'il n'aime pas. Il y a d'autres canards ici et là, sur le Net (ou pas). Mais ne dit-on pas qui aime bien...

Sauf que la critique est un sport national que nous pratiquons depuis les premiers Jeux olympiques. Ma fi chi bye3jebna. Et grâce aux réseaux sociaux, tout le monde s'est autoproclamé analyste, donneur de leçons, journaliste de mode, penseur, philosophe, life coach, prof de sport, nutritionniste. Pas de satire, pas d'humilité, mais du « je » à toutes les sauces. Que ce soit un journal, une émission télé, un restaurant, une plage, un vernis à ongles, un choix de vie, une orientation sexuelle, une école, une robe, un mec, un appartement, une destination de vacances : tout est critiquable. Parce que rien ni personne ne trouve grâce aux yeux des Libanais. Aux yeux de la plupart d'entre nous. Et quoi qu'on fasse, on sera l'objet juteux de critiques aussi antagonistes soient-elles. «Tu as perdu du poids ? Ça t'a donné un coup de vieux, reprends-en. Tu as (re)pris du poids ? Walaw, c'est immonde. Tu es au régime ? Bcharafak, prends une part de gâteau, ça ne te fera pas de mal. Tu prends un dessert ? Mais enfin, l'été arrive. » Donc ? Donc rien.

Peu importe la circonférence de votre arrière-train, le diamètre de votre cuisse, les 2 packs et demi latéraux que vous avez mis trois ans à sculpter, y aura toujours quelqu'un qui trouvera à redire. Si on ne s'est pas inscrit dans la tendance de la décennie, ce sera un : « Tu ne fais pas de sport ? » Si on en fait 5 fois par semaine : « Tu en fais trop, ce n'est pas bien ! » « Ton vernis est trop clair, trop foncé, ta robe pas assez serrée, trop moulante. Tes cheveux sont trop courts, pas assez longs, trop frisés, trop lisses. Fais un peu de botox ; tu as fait du botox ? Tu sors trop, pas assez. » Critiqué(e)s si on divorce, idem si on reste dans un mariage malheureux. Critiquée si on a un mec pas au goût des autres (c'est toujours le cas) ; critiqué si on n'a pas de fiancée.

Et il n'y a pas que les êtres humains qui en prennent pour leur grade. Bien évidemment, ces pages-là et tout le reste. Les restaurants où on peut fumer, ceux où on ne peut pas fumer. Les bars où la clientèle est trop jeune ou trop âgée. Si c'est trop packed, c'est l'horreur ; si c'est vide, c'est l'enfer. Une invitation à la montagne, parce que c'est trop loin et qu'il fait froid ; une autre à la plage parce qu'il fait trop chaud ; une en ville parce que c'est encore en ville. Un mariage de jour parce que c'est de jour. Un mariage en Grèce parce que ce n'est pas au Liban ; un mariage au couvent machin chose parce que c'est le énième au couvent machin chose... Et que c'est au Liban. Une pièce de théâtre jouée par des amateurs parce que ce sont des amateurs ; un concert d'artistes américains alors qu'on devrait programmer des Libanais. Un taboulé s'il est trop citronné ou pas assez. Ce doit être épuisant de passer son temps à critiquer. Minant d'épiloguer.
Je sens la critique venir. Et des mêmes...

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Helou Helou

tres sympat, instructif, franc,... j ajouterai,pour notre Orient,coupez,eliminez,... faites tout ce que vous voulez mais restez pres de nous.
NB j ai du,souvent, avoir recours a la loupe.

Michele Aoun

Comme c'est vrai! Et super sympa comme d'habitude!!

Tueni Myriam

La critique est souvent constructive ... Il ne faut pas toujours la repousser ou la voir d'un mauvais œil mais plutôt la lire et la prendre en considération pour évaluer les ajustements à faire dans toutes nouveautés .... Ce n'est pas parce qu'une personne n'est pas du même avis que vous que ça la rend plus difficile à accepter .... N'êtes-vous pas vous-même en train de critiquer les "critiqueurs" dans cet article?
Malgré tout, merci Medea pour cet article qui représente plutôt bien la réalité actuelle du Liban et de son habitant :)

Hind Faddoul

Je suis ravie du changement et j'ai lu avec plaisir le supplément " LOLJ Week-end.
Merci pour tout l'effort que vous faîtes.
Je suis abonnée par internet mais j’achète le journal assez souvent. Spécialement maintenant le samedi. Et surtout les premier jeudi du mois pour le supplément littéraire. Ainsi j'ai plus de temps à lire durant la journée.
Bravo et merci à toutes l'équipe.

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