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Moyen Orient et Monde

L’arme chimique sème de nouveau la mort en Syrie

Conflit

Après l'attaque, l'hôpital de Khan Cheikhoun a été bombardé à deux reprises.

05/04/2017

« J'ai été témoin de toutes sortes de bombardements depuis le début de la guerre, mais ce qui s'est passé (hier), c'est autre chose », témoigne Amer*, un habitant de Khan Cheikhoun contacté par L'Orient-Le Jour.

Vers 7 heures du matin, cette petite ville sous contrôle rebelle et jihadiste, située dans la province d'Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, a été frappée par un bombardement à l'arme chimique, imputé à Damas, selon l'opposition et les puissances occidentales. Plus de 100 civils ont péri dans l'attaque, dont 25 enfants, et plus de 400 autres ont été blessés, selon les dernières estimations de l'Union des organisations syriennes de secours et soins médicaux (UOSSM). L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a néanmoins fait état d'un bilan moins lourd, mais tout de même affligeant : 58 morts et quelque 170 personnes blessées.

Des « obus à l'arme chimique » ont été largués sur les habitations, à quelque 300 mètres de la maison de Amer. Ce dernier a aussitôt conduit sa femme et son fils, légèrement affectés, à l'hôpital avant de regagner le centre de soins de santé dans lequel il travaille. Des photos et des vidéos de militants circulant sur les réseaux sociaux montrent des corps sans vie, dont des enfants, d'autres en état de suffocation. « Les secouristes viennent de sortir sept enfants et une femme, tous morts asphyxiés dans une cave, sans que personne ne s'en soit rendu compte », raconte Amer, en larmes.

 

(Lire aussi : Assad et l’Occident, l'édito de Michel TOUMA)

 

Probablement du gaz sarin
La nature du gaz chimique utilisé lors de l'attaque n'a pas été pour l'heure déterminée, mais plusieurs sources médicales s'accordent pour dire qu'il s'agirait de gaz sarin. « Les symptômes observés correspondent à une présence de ce gaz : pupilles dilatées, de la mousse sortant de la bouche, perte de conscience et ralentissement du rythme cardiaque », rapporte un membre du personnel médical d'un hôpital à Idleb, relayé par des activistes de l'opposition via WhatsApp.

De nombreux blessés avaient été envoyés plus tôt dans la journée dans la grande ville rebelle et jihadiste, située à moins d'une heure en voiture, alors même que l'hôpital de Khan Cheikhoun était bombardé, à deux reprises, provoquant la panique générale ainsi que d'importantes destructions. Le manque de médicaments et de machines à oxygène à Idleb a contraint le staff médical à envoyer les victimes vers l'hôpital de Bab al-Hawa, situé à la frontière avec la Turquie. « De nombreux blessés ont pu franchir la frontière pour être soignés en Turquie, parmi eux ma sœur, mon oncle et ma tante, ainsi que leurs cinq enfants », poursuit Amer, qui déplore la perte de 18 autres membres de sa famille. Les avions poursuivaient en début de soirée leur échappée mortelle, parachevant de provoquer la terreur des habitants endeuillés.

 

(Lire aussi : Conflit syrien : quand les Occidentaux changent de ton...)

 

Feu vert américain
L'attaque a provoqué une vague d'indignation au sein de la communauté internationale alors même qu'une conférence internationale, organisée à Bruxelles, sur l'avenir de la Syrie se tient aujourd'hui. Le Conseil de sécurité de l'ONU a annoncé qu'il se réunira en urgence aujourd'hui pour examiner les circonstances des frappes ayant visé Khan Cheikhoun (voir par ailleurs). L'attaque à l'arme chimique contre les populations civiles de Khan Cheikhoun n'est pas sans rappeler le massacre de la Ghouta, imputé au régime, qui avait fait, le 21 août 2013, plus de 1 400 morts et plus de 3 000 blessés selon l'OSDH.

Le gouvernement syrien a toujours démenti utiliser des armes chimiques et a ratifié la Convention sur l'interdiction des armes chimiques en 2013. Les États-Unis avaient menacé d'intervenir militairement en Syrie avant de renoncer après la signature d'un accord avec la Russie, l'allié de Damas, qui prévoyait un démantèlement de l'arsenal chimique syrien. Mais depuis, des dizaines d'attaques chimiques ont été constatées, notamment lors du siège d'Alep-Est fin 2016, lorsque des barils de chlore avaient été largués sur les quartiers sous contrôle rebelle. En début de soirée, l'armée syrienne a une nouvelle fois balayé les accusations, démentant « catégoriquement avoir utilisé toute substance chimique ou toxique à Khan Cheikhoun » hier, via l'agence officielle SANA. « Le régime veut juste tuer le plus de Syriens possible par vengeance », estime un activiste alépin réfugié dans la province d'Idleb. « Le régime est continuellement renforcé par le silence de la communauté internationale », estime quant à lui Amer. Jeudi dernier, l'administration américaine a reconnu de manière claire ne plus faire une priorité du départ du président syrien Bachar el-Assad.

Après les déclarations sans équivoque du secrétaire d'État américain Rex Tillerson, l'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, avait affirmé vouloir travailler avec des pays comme la Turquie et la Russie pour trouver une solution politique de long terme en Syrie, plutôt que de se focaliser sur le sort du président syrien. « Ces déclarations américaines, c'était, pour moi, comme pour signaler un feu vert au régime », conclut Amer.

*Le prénom a été modifié

 

 

Repère

Retour sur les utilisations d'armes chimiques dans le conflit syrien

 

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Bery tus

Celui qui a regarder DNA du 3 avril comprendra QUI ABUSE DE QUI ET QUI FABRIQUE DES FAKE NEWS ... le régime Assad est connu être un grand manipulateur, par expérience les libanais en savent qlq choses!!!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MAIS IL RESTE A PROUVER QUI A LARGUE CES ARMES CHIMIQUES DU CIEL ET PAR QUEL MOYEN... LE CIEL SYRIEN EST ENCOMBRE DE FLOTTES AERIENNES ET DE FUSEES... ALORS QUI ? ET POURQUOI ? LE REGIME, LE RUSSE, OU...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CE4TTE FOIS-CI C,EST LE COMBLE... LES EJECTIONS MEME SANS PARACHUTES SONT PROCHES !

M.V.

Prendre ce genre d'info aux sérieux ,après de multiples fake news, mérite un minimum de réflexion et de vérifications ...car la guerre en Syrie (et ailleurs) , se fait aussi, avec les divers vecteurs de propagande ,intox ,plus les flux de pixels orientées de la désinfo professionnelle ... une des cibles de ce genre d'infos étant de faire réagir l'émotion des " demandeurs passifs " ...pour mieux "la sur- interpréter "... ...

George Khoury

des hurluberlu nous dirons que tout cela a ete tourné au Akkar avec moult cameramen, acteurs, actrices, scenario, etc...

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