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Moyen Orient et Monde

La reconstruction, levier de l’UE pour revenir dans le jeu en Syrie

Décryptage

Les chefs de la diplomatie de l'Union européenne ont rappelé hier à Luxembourg qu'à leurs yeux, Bachar el-Assad ne pouvait rester au pouvoir à l'issue de la transition politique qu'ils appellent de leurs vœux.

04/04/2017

Les Russes détruisent, les Européens reconstruisent. L'image est un peu simpliste, mais elle résume assez bien l'esprit général du poker menteur auquel participent actuellement Moscou et Bruxelles sur la question syrienne. Les premiers cherchent à consolider leur mainmise sur le terrain par une solution diplomatique approuvée par les grandes puissances internationales et régionales. Les seconds tentent de revenir dans le jeu, alors que la déroute militaire des forces rebelles a rendu leur politique anti-Assad assez inopérante. Les Russes ont besoin des Européens pour faire accepter la paix et pour financer la reconstruction de la Syrie. Les Européens ont besoin des Russes pour retrouver un interlocuteur crédible et puissant sur le terrain syrien, sans passer par la case Damas.

Dans ce jeu de séduction diplomatique, c'est Bruxelles qui a fait le premier pas. L'Union européenne réunit demain et après-demain les principaux pays impliqués dans le conflit syrien pour une conférence dont le thème principal sera la reconstruction de la Syrie post-conflit. Cette conférence doit « encourager fortement le processus (de négociation) sous l'égide de l'ONU » et « évaluer les conditions régionales dans lesquelles une aide » peut être fournie après la fin du conflit, en cas d'accord de paix, avait indiqué début mars la haute représentante de l'UE Federica Mogherini. Alors que les négociations de paix entre le régime et l'opposition sont au point mort, l'organisation d'une conférence visant à parler de l'après-guerre a de quoi susciter quelques interrogations. Le timing et les modalités de celle-ci ont en tout cas déjà créé quelques remous au sein de plusieurs grandes chancelleries européennes. « La préparation de la conférence se passe très mal. Les Allemands, les Britanniques et les Français sont furieux », décrit une source bien informée. Tous s'accordent sur le fait que la question de la reconstruction est « le ticket des Européens » pour revenir dans le jeu. Mais ils considèrent que l'Europe doit fixer ses conditions, ses lignes rouges, avant d'utiliser ce levier.
« On s'expose à beaucoup de déconvenues parce qu'on n'a pas les moyens de défendre nos intérêts et nos principes. Avant de se poser la question de la reconstruction, on a besoin de se redonner des objectifs atteignables », résume la source. Le deal est assez simple : pas de participation à la reconstruction sans transition politique. Autrement dit, les Européens refusent, pour l'instant, de financer la reconstruction de la Syrie des Assad.

 

(Lire aussi : Conflit syrien : quand les Occidentaux changent de ton...)

 

« Les bonnes questions beaucoup trop tard »
Alors que les États-Unis ont annoncé la semaine dernière qu'ils ne faisaient plus du départ de M. Assad leur priorité en Syrie, les Européens semblent chercher à s'adapter à cette nouvelle donne. Comme s'ils essayaient d'établir une nouvelle feuille de route qui synthétiserait leur volonté de retrouver une position plus réaliste sans pour autant contribuer à consolider le pouvoir de M. Assad. Les chefs de la diplomatie de l'Union européenne ont rappelé hier à Luxembourg qu'à leurs yeux, le président syrien ne pouvait rester au pouvoir à l'issue de la transition politique qu'ils appellent de leurs vœux. Il s'agit de ne plus mettre la pression sur le président syrien, mais sur un processus qui doit permettre à terme son départ. « Nous avons toujours dit que les Syriens devront décider qui sera leur président, quel gouvernement ils auront, et que cela n'a pas de sens de régler la question d'Assad au début car cela mènerait à une impasse », résume le ministre allemand Sigmar Gabriel. « Mais une chose ne passera pas », a en même temps prévenu M. Gabriel. « Qu'un dictateur qui a commis d'horribles crimes dans la région reste en place impunément » au nom « d'une focalisation sur la lutte contre l'État islamique (EI). Ceci ne peut être la position de l'Europe », a ajouté le ministre allemand.

 

(Repère : Conflit syrien : la position américaine depuis 2011)

 

L'Europe pourrait se présenter comme l'interlocuteur capable de réunir toutes les parties autour de la table. « Elle peut parler avec les Russes, s'appuyer sur l'amitié avec les pays du Golfe et montrer qu'elle est capable de s'accommoder avec les Iraniens », décrypte la source informée, tout en précisant qu'il faudra définir une politique commune sur la Syrie « alors que les Français ont très souvent pris des positions sans même chercher à avoir un minimum de consensus à Bruxelles ». Définir des objectifs communs, tracer une feuille de route et se donner les moyens de trouver un compromis entre tous les acteurs extérieurs du conflit syrien : l'UE veut réussir aujourd'hui là où elle a échoué ces six dernières années. « Le drame du conflit syrien, c'est qu'on s'est toujours posé les bonnes questions beaucoup trop tard », dénonce, un peu dépitée, la source susmentionnée. Mais mieux vaut trop tard que jamais...

 

Lire aussi

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ON A VENDU A TOUS LES ARABES, PAYS DES PRINTEMPS HIVERNAUX ET LEURS PROMOTEURS ET FINANCIERS, DES ARMES POUR S,AUTO-DETRUIRE... ON LEUR A PRIS TOUT LE FRIC DISPONIBLE... ON LEUR VENDRA LES MATERIAUX DE CONSTRUCTION... ON LEUR PRENDRA LE FRIC DE LEURS FUTURES RENTREES DES HYDROCARBURES POUR LES CENT ANNEES A VENIR ! LE TOUR DE L,AUTRE COTE DU GOLFE EST SCELLE DE LA MEME FACON...

Irene Said

On découvre, effarés, que l'odeur des dollars est toujours plus puissante que la raison !
Irène Saïd

ON DIT QUOI ?

ENFIN UN ARTICLE " RAISONNABLE " .

On est en pleine fable du "renard et les raisins" , lorsqu'à près avoir essayé de les cueillir , le renard dépité s'en va en disant de toute façon, ils n'étaient pas mûrs.

Les européens qui ont perdu le sens d'avoir une politique indépendante des lobyistes vont se rendre compte qu'ils ne sont plus le nombril du monde .

Les axes se sont déplacés, les villes les plus modernes et les plus Hi tech du monde s étroite t en Asie, allez voir Shanghai Mumbai Singapour etc... aujourd'hui, sans oublier Tokyo ou Séoul ....ça n'a rien à voir avec l'Europe entrain de péricliter qui prend l'eau de toute part .

S'il faut compter sur les usa , mon Dieu quel spectacle désolant d'un clown aux commandes .

Le stress est tellement visible que la chargée des affaires étrangères us est revenue sur sa déclaration d'ignorer BASHAR le héros de son peuple en déclarant le contraire 4 jours après.

UN VENT DE PANIQUE S'EMPARE DE L'EUROPE QUI SE VOIT COULER , ET À QUI IL FAUDRA ENVOYER DES PARACHUTES DE SAUVETAGE SUR LEUR TÊTE DE LOOSER .

M.V.

La Syrie n'a pas besoin de l'UE en voie d'éclatement ..les pays d'Asie , la Russie ,globalement les Amériques etc. ..ont tout le potentiel pour participer à la reconstruction ..sans des conditions politiques préalables....

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