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Moyen Orient et Monde

L’échec des négociations, encore et toujours...

Guerre de Syrie, an VI - Diplomatie

Moscou s'est imposé comme l'acteur incontournable dans les pourparlers.

15/03/2017

L'année diplomatique sur le dossier syrien aura été ponctuée de rebondissements. Six ans après le début de la guerre en 2011, les tentatives de résolution se sont succédé sous l'égide de l'ONU, sans pour autant permettre de trouver une issue au conflit. S'ouvrant avec le premier round des négociations de Genève III, 2016 s'est alignée dans la continuité des années précédentes. Cette conférence, lancée le 31 janvier 2016 et parrainée par les Nations unies, a permis de ramener les délégations des représentants du régime de Bachar el-Assad et des rebelles syriens en terrain neutre. L'opposition est alors représentée par le Haut Comité des négociations (HCN) soutenu par l'Arabie saoudite et les puissances occidentales. Le processus est encadré par la résolution 2254 (2015) du Conseil de sécurité et doit alors s'étaler sur plusieurs mois. Cependant, il s'est continuellement heurté aux conditions non négociables des parties: le maintien du régime syrien pour les uns, une transition démocratique pour les autres. Seulement deux jours après l'ouverture des discussions, Staffan de Mistura, l'émissaire de l'ONU pour la Syrie, annonçait une pause jusqu'à la fin du mois de février. « J'ai conclu franchement, après la première semaine de discussions préparatoires, que davantage de travail doit être accompli, pas seulement de notre part mais de la part des parties prenantes », soulignait-il. Le message envoyé aux parties était clair, sans être nécessairement entendu. En effet, si les délégations se sont entretenues avec M. de Mistura, l'opposition a refusé de discuter avec la délégation du régime si ses conditions sur le plan humanitaire n'étaient pas respectées.

 

(Lire aussi : « En Syrie aujourd'hui, tout est détruit, même les gens »)

 

La faiblesse du duo Kerry-Lavrov
Les États-Unis et la Russie ont tenté de calmer le jeu, sans succès. Le 11 février 2016, les deux puissances se réunissent à Munich et se saisissent du dossier syrien lors la réunion avec le Groupe de soutien international à la Syrie. Un accord est conclu pour la « cessation des hostilités » et permettre l'accès des civils à l'aide humanitaire. Le texte exclut cependant les opérations menées à l'encontre de l'État islamique. Le cessez-le-feu entre en vigueur le 27 février de la même année mais sera de courte durée.
La reprise des pourparlers traîne suite aux désaccords entre les parties sur la composition des délégations en présence pour un second round de négociations à Genève. Différentes questions sont sujettes à débat sur la forme: la présence ou non de représentants des Kurdes de Syrie, ou encore la nécessité d'une seconde délégation autre que le HCN pour l'opposition.
Des négociations indirectes s'ouvrent à nouveau le 14 mars, il y a tout juste un an. M. de Mistura rencontre tour à tour les délégations de chaque camp. Selon lui, l'objectif est d'aborder les questions d'un « nouveau gouvernement inclusif, une nouvelle Constitution et de nouvelles élections ». Le côté de Bachar el-Assad maintient sa position: le sort du président est une « ligne rouge » et ne sera pas négocié en Suisse. Point de blocage permanent, les discussions s'achèvent le 23 mars, sans avancée notable.
Un troisième round est lancé le 13 avril à Genève, mais le HCN suspend sa participation aux négociations six jours plus tard. Cette décision est justifiée par les bombardements du régime visant des marchés populaires qui tuent 44 civils dans la province d'Idleb. Encore une fois, les discussions s'arrêtent à nouveau, sans résultat. Le 26 avril, la Russie saisit le Conseil de sécurité de l'ONU, lui demandant de catégoriser toutes les formations armées sur le terrain comme « terroristes ». Moscou considère notamment que les groupes Ahrar al-Cham et Jaïch al-islam pourraient être en lien avec le Front al-Nosra. Or le chef des négociations du HCN, Mohammad Allouche, est également le chef de Jaïch al-islam. Ce dernier démissionne de son poste un mois plus tard. Dénonçant le manque de résultat de ces pourparlers, il les considère comme « une perte de temps ».

 

(Lire aussi : Guerre en Syrie An VI : que reste-t-il de l'État syrien ?)

 

Moscou tire les ficelles
Après trois mois de flottement sur le dossier syrien, le secrétaire d'État américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov se retrouvent à Genève pour une réunion bilatérale. Un nouvel accord de cessez-le-feu est conclu. Pour autant, les espoirs seront de courte durée. À peine six jours plus tard, les accrochages se multiplient et l'armée syrienne bombarde Alep-Est. Le ton monte entre Washington et Moscou lors d'une session de crise du Conseil de sécurité le 20 septembre. M. Kerry pointe du doigt la Russie et Damas suite à un raid visant un convoi humanitaire de l'ONU quelques jours plus tôt, le qualifiant de « violation flagrante du droit international ». Washington rompt les pourparlers avec Moscou le mois suivant pour non-respect de ses engagements sur le plan humanitaire.
Le mois de décembre marque alors un tournant sans précédent au niveau diplomatique. Suite à la bataille d'Alep, la Turquie devient l'interlocuteur privilégié de la Russie après s'être graduellement rapprochée de Moscou depuis l'été 2016. Ankara choisit de se rallier à Moscou, face à un Occident plutôt favorable aux Kurdes. Cette évolution permet à la Turquie de lutter contre le Parti de l'union démocratique (PYD), branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Fortes de ce rapprochement, la Russie et la Turquie présentent une résolution devant le Conseil de sécurité pour un cessez-le-feu. Le Conseil l'adopte à l'unanimité le 31 décembre.

 

(Lire aussi : Les Casques blancs se disent prêts à participer à la reconstruction du pays)


La troïka Moscou-Ankara-Téhéran prend alors en main les négociations sur le dossier syrien en organisant un sommet de deux jours à Astana au Kazakhstan débutant le 23 janvier 2017. L'ambassadeur russe aux États-Unis invite le futur conseiller à la Sécurité nationale, Michael Flynn, à participer à la réunion fin décembre alors que M. Trump n'est pas encore investi. Véritable pied de nez à son prédécesseur Barack Obama avec qui les relations étaient houleuses, Moscou semble compter sur une administration Trump qui lui serait plus favorable. Les pourparlers débutent indirectement entre l'opposition et le régime cette fois mais la question du sort de Bachar el-Assad paraît déjà tranchée. Les discussions aboutissent à une déclaration commune des trois parrains de la réunion pour un mécanisme conjoint de surveillance du cessez-le-feu décidé fin décembre. Marquant une victoire diplomatique pour la troïka, elle éclipse ainsi provisoirement les États-Unis. Un second round de négociations se déroule à nouveau à Astana les 15 et 16 février sans avancée majeure.
Ces pourparlers interviennent une semaine avant l'ouverture de Genève IV, le 23 février dernier. Dix jours après le début de la réunion sous l'égide onusienne, les discussions sont suspendues. Si le HCN accepte de négocier directement face aux représentants du régime, ces derniers refusent. Cependant, la conférence s'est achevée avec l'acceptation d'un « agenda clair » qui comprend la gouvernance et la lutte contre le terrorisme à la demande du régime syrien. À cet égard, Staffan de Mistura a invité les parties à un cinquième cycle de négociations à Genève le 23 mars. Près d'un an après le lancement de Genève III, les avancées restent minimes, et à l'aube du sixième anniversaire du début de la guerre, le conflit reste toujours tout aussi enlisé.

 

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