Maryam Hammoud, Stéphanie Kayal et Evin Charif dans « Almayram ».
« Mieux vaut être la maman d'un tueur que d'un tué », lui a-t-on dit. C'est à partir de cette déclaration, entendue au début de la guerre de Syrie, que Maryam Hammoud a construit sa performance théâtrale et chorégraphique intitulée Almayram. Selon Maryam Hammoud, qui travaille sur cette chorégraphie depuis quelques années, le jeune homme qui avait rejeté la demande de sa mère, à savoir quitter Daech, finit par la tuer.
Maryam Hammoud est actrice, réalisatrice, chorégraphe enseignante et prépare à présent son PHD. Avec Stéphanie Kayal, également actrice et danseuse, membre de la compagnie de théâtre Koon et de celle de danse Mintala, ainsi qu'Evin Charif, étudiante en relations publiques à la LAU, qui signe sa première apparition sur scène, elles sont un seul corps sur scène qui se déstructure en un corps réel, un autre fictif et un troisième qui assure le lien entre les deux. C'est donc ce cheminement de la mère vers la mort et vers son propre tombeau que Maryam décrit en gestes tantôt lents, tantôt dynamiques, mais tout autant mécaniques. La musique puissante et évocatrice de Jawad Nawfal, à certains instants graves et à d'autres grinçante, ainsi que la scénographie de Rana Taha achèvent ce tableau intriguant et lugubre, nimbé d'une lumière diaphane.
Dès le début du spectacle, le spectateur est plongé dans la noirceur des ténèbres. Et finalement projeté dans les limbes. La performance s'articule sur ces trois personnages sur scène qui questionnent l'existence et la non-existence du corps. Comment une maman peut-elle avoir porté en son sein un meurtrier ? Et comment va-t-elle réagir à la transformation de son enfant? La mère qui attend son fils qui sera peut-être tué demain lui tricote son linceul, tout en ne sachant pas que c'est elle qui finira par le porter. « En compilant toutes les photos et les archives de scènes de violence advenues dans le monde arabe et des pleureuses qui se frappent la poitrine au fil des ans, je me suis penchée sur ce corps "maltraité" au Moyen-Orient », mais aussi sur les thèmes des victimes innocentes qui tombent par milliers et la déshumanisation de l'homme, explique Maryam Hammoud.
Soutenu par AFAC, Almayram espère répondre à toutes ces questions et tente de reconstruire ces corps devenus si fragiles dans ce premier épisode d'une trilogie qui pourrait se poursuivre plus tard. Par ce spectacle sensible et douloureux, Maryam Hammoud est la digne légataire des tragédies grecques. De cette Antigone qui voulait assurer une sépulture à son frère à cette autre Pénélope tricotant pour Ulysse, le fil d'Ariane relie tout ce bassin méditerranéen avec ses douleurs successives et inachevées, ses deuils maculés de sang. De ce même sang qui coule à travers l'histoire et qui abreuve la terre des oliviers et des palmiers.
* Ce soir vendredi 31 mars et dimanche 2 avril, à 20h30, au théâtre Tournesol.
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