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Culture

Nora Joumblatt : Voudrait-on liquider les festivals d’été ?

Festival de Beiteddine

La présidente a dévoilé le programme de la 32e édition et... lancé un cri d'alarme contre la surtaxation.

Zéna ZALZAL | OLJ
30/03/2017

Attendu chaque été avec ferveur par un public aussi bien libanais que régional, le Festival de Beiteddine, l'un des plus importants de la saison touristique, l'un des plus anciens et des plus appréciés, menace de mettre la clé sous la porte l'année prochaine si rien n'est fait pour endiguer la politique de taxation inconséquente qui lui est appliquée.

« Les taxes que l'État prélève sur chaque billet vendu ne cessent d'augmenter, atteignant aujourd'hui les 35 pour cent. Cela s'applique à tous les festivals et cela devient insupportable. Nous ne pouvons plus tenir à ce rythme », a exp(l)osé Nora Joumblatt au cours de la conférence de presse tenue, hier, comme chaque année, à la Salle de verre du ministère du Tourisme pour annoncer la programmation de cette 32e édition du Festival de Beiteddine. Lequel déroulera, comme toujours, une variété de spectacles pouvant satisfaire tous les goûts.

Des voix de crooners (Omar Kamal et l'inévitable Kazem el-Saher) à celle de notre Magida nationale, en passant par celle du Printemps arabe incarnée par Amal Mathlouthi, une jeune chanteuse tunisienne... De la musique médiévale (Jordi Savall et son ensemble) au ballet Béjart, des joyeux Pink Martini au truculent Cirque politique de Hicham Jaber (une production du festival), huit performances au total qui s'échelonneront du 1er juillet au 12 août.

Pour la présentation de ce programme, Mme Joumblatt était entourée, comme à l'accoutumée, des ministres de la Culture, Ghattas Khoury, et du Tourisme, Avédis Guidanian, ainsi que de la directrice générale de ce ministère, Nada Sardouk, et des représentants des principaux sponsors, la Société générale de banque au Liban et Bankmed. Sauf que c'est le cri d'alarme de la présidente du festival que l'on retiendra de l'habituel flot d'amabilités et de souhaits pour une belle saison estivale et festivalière.

« En 32 ans d'existence, ce festival que je préside moi-même depuis 30 ans a bravé toutes les difficultés. La guerre d'abord puis les divers événements déstabilisateurs, sécuritaires, économiques et politiques, qu'a traversés le pays par la suite et qui menaçaient sa pérennité », a rappelé Nora Joumblatt. « Mais là, avec l'augmentation des taxes, nous sommes sur le point de sombrer. On dirait qu'il y a une volonté d'arrêter net tous les festivals. Et par conséquent d'anéantir le rôle culturel et touristique du Liban », a-t-elle prévenu. « Je n'ai aucun doute que les ministres ici présents veulent encourager les festivals et qu'ils n'aimeraient pas que ces derniers soient "liquidés" sous leur mandat. Mais nous nous sommes déjà plaints de cette situation difficile en 2008 et, malheureusement, personne ne sous a répondu. En dix ans de cris dans le désert, nos problèmes n'ont fait que s'aggraver au point de menacer la tenue d'un festival à Beiteddine l'année prochaine. Ce serait dommage que ce festival qui a résisté à tant de périls expire aujourd'hui victime d'une politique de taxation inconséquente et dépourvue de la moindre vision », a-telle lancé en conclusion sous les applaudissements nourris... de la salle, évidemment !
 

 

 

 

Le top 3 de « L'Orient-Le Jour »
Omar Kamal, le 1er juillet
Omar Kamal serait-il la perfection même ? Voix de velours et belle gueule, le surnommé « Sinatra palestinien » a de quoi attiser la curiosité. Recherches faites, on apprendra qu'il est né à Naplouse il y a un quart de siècle et qu'il n'est pas seulement un chanteur de charme reprenant pêle-mêle les répertoires de Frank Sinatra, de Abdel Wahab, de Abdel Halim Hafez, de Michael Jackson, du groupe The Weekend ou encore de Feyrouz. Il est aussi auteur-compositeur-interprète de ses propres chansons, joue du piano et du violon. Et, last but not least, il est aussi ingénieur diplômé avec mention de Cardiff University. Ce crooner oriental a sorti, il y a quelques mois, Serenades, son premier album de chansons évidemment romantiques, chez Sony Music Middle East, comixé par les légendaires Bob Rock (producteur d'Aerosmith, de Bon Jovi ou encore de Metallica), al-Schmitt (Natalie Cole, Quincy Jones, Frank Sinatra) et Dave Pierce (Michael Buble, Bryan Adams). À Beiteddine, il sera accompagné de son Big Band.

Ballet Béjart, les 14 et 15 juillet
Ballet for Life (ou Presbytère) est un spectacle total qui a, paraît-il, été joué plus de 350 fois à travers le monde. Et pour cause, c'est une histoire d'amour entre la musique du groupe Queen (et la voix tonitruante de son chanteur leader) et celle (opératique) de Mozart. Créé en 1997 par Maurice Béjart, ce ballet célèbre deux précurseurs qui brûlaient la vie et les planches: Freddie Mercury, chanteur hors normes du groupe Queen, et Jorge Donn, danseur mythique du Béjart Ballet Lausanne, tous deux emportés à 45 ans des suites du sida.
En hommage au chorégraphe Maurice Béjart, dont on commémore cette année le dixième anniversaire de sa disparition, son successeur et directeur artistique du Béjart Ballet Lausanne, Gil Roman, reprend cette chorégraphie aux allures de concert rock. En fidélité au rêve de Maurice Béjart qui était d'ouvrir le monde du ballet à un plus large public.

Magida el-Roumi, le 12 août
Parce que sitt Magida, ambassadrice de bonne volonté des Nations unies en 2001, est l'une des voix les plus fortes du monde arabe. À la fois angélique et puissante. Parce qu'elle est une vraie diva, au sens positif du terme, un emblème du Liban, un étendard de patriotisme. Parce que sa présence sur la scène musicale libanaise depuis plus de quatre décennies est d'une classe absolue. Et parce qu'elle va interpréter parallèlement à son répertoire habituel de nouvelles chansons... Pour toutes ces raisons et d'autres encore, son concert de clôture de la 32e édition du Festival de Beiteddine promet d'être une soirée inoubliable.

 

 

(Pour mémoire : Au final, c’était comment Mika, Elissa, Seal, Caracalla, Grace et Sia ?)

 

  

 

 

Trois questions à Nora Joumblatt
Quel bilan tirez-vous de l'édition de 2016 et quelles sont vos perspectives pour celle de 2017 ?
L'année 2016 aurait été positive si nous avions touché l'aide gouvernementale à temps. Nous espérons que 2017, avec le programme riche et varié que nous avons, sera une très bonne année.

Les jeunes continuent de se plaindre de la cherté des billets de festival. Avez-vous prévu des modalités et tarifs spéciaux pour eux ?
Les jeunes ont bien raison, mais nos prix n'ont pas changé depuis 2010, malgré une taxation qui est hors de toute logique. Nous pratiquons le « early bird » qui donne 10 % d'escompte aux billets achetés avant fin avril.

Si vous deviez diriger pour une seule année un autre festival libanais, ce serait lequel et pourquoi ?
Baalbeck. Pour l'historique du festival, son site exceptionnel, et par solidarité avec son comité.

 

Ils ont dit
Ghattas Khoury, ministre de la Culture : « Le Festival de Beiteddine s'est toujours distingué par la haute qualité de sa programmation que nous soutenons avec fierté. Je voudrais, à cette occasion, annoncer que le ministère de la Culture a décidé de s'atteler à la restauration du palais de Beiteddine. Pour cela, nous avons reçu une aide de l'étranger d'un montant de 800 000 dollars », a-t-il précisé en réponse à une question de notre collègue May Makarem sur le financement de ce projet. « La restauration se fera en collaboration avec le ministère du Tourisme, qui va prendre à son compte le chantier de l'éclairage. (...) Beiteddine, comme tous les sites historiques du pays, est protégé par la loi et nous nous tenons tous sous l'ombrelle de la loi. »
Avédis Guidanian, ministre du Tourisme : «L'événement pour moi est double aujourd'hui. En tant que ministre du Tourisme, je contribue à lancer le premier festival de l'été et il s'agit de ma toute première conférence de presse. Comme vous le savez, je suis un nouveau venu en politique et donc je suis encore en apprentissage. En affirmant, de facto, la participation de mon ministère au chantier de restauration du palais de Beiteddine, mon collègue de la Culture, le Dr Khoury, m'a mis devant le fait accompli et m'a ainsi donné une bonne leçon de gestion politique.»
Nada Sardouk, directrice générale du ministère du Tourisme :
« Ce festival n'offre pas uniquement des spectacles, comme le ferait n'importe quelle salle. Il a son identité propre et celle-ci est liée à la culture éclectique et plurielle des membres de son comité. Ce festival est, évidemment, engagé dans la promotion de l'art, la culture et celle du vrai visage du Liban. »
Joanna Baloglou, représentante de la SGBL : « En tant qu'institution bancaire concernée par le développement social et culturel du pays, nous sommes heureux de soutenir depuis 18 ans ce festival de prestige qui enrichit la scène culturelle. »
Mohammad Ali Beyhoum, directeur général de Bankmed : « Ce festival qui existe depuis plus de 30 ans montre une persévérance peu commune au Liban. »

 

Le programme
-1er juillet : Omar Kamal.
-5 juillet : Jordi Savall et sa troupe Hesperion XXI.
-14 et 15 juillet : Ballet for Life, ballet Béjart.
-19 juillet : l'ensemble Pink Martini.
-21 juillet : Amal Mathlouthi, La voix du printemps arabe.
-28 et 29 juillet : Kazem el-Saher.
-3 et 4 août : le cirque politique de Hicham Jaber.
-12 août : Magida el-Roumi.
Parallèlement aux spectacles, deux expositions se tiennent tout au long du festival : une première en hommage à Kamal Joumblatt (1917-2017), pour le centenaire de sa naissance. Et celle de la collection de vêtements historiques du temps de l'émirat, signée Samia Saab.

 

 

Pour mémoire

Les festivals touchés, mais pas coulés, par la situation sécuritaire

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Remy Martin

Ca ne m'etonnerait vraiment pas que certains veuillent oter a ce pays ce qui lui reste de culture humaniste ... Avis personnel bien entendu.

George Khoury

Bah oui, la seule chose inconsequente que madame Joumblatt fait c'est de s'assoire a cote du ministre qui a deja liquidé la maison rouge de hamra (cf article May Makarem mardi)...
Et puis penser qu'un ministre va s'emouvoir de voir un festival couler sous son mandat, c'est faire preuve d'une deconnexion totale avec les realites....nos politiciens ne voient pas seulement le pays couler sous leur mandat, mais s'y activent des qu'ils deviennent chef de parti, ministre, depute ou maire...
Madame Joumblatt, votre mari a nomme des ministres qui sont devenu fabuleusement riche

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