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Bloqués en Grèce, des réfugiés se reconstruisent par l'art et le sport

Reportage

"Je ne reviens au camp que pour dormir, je me sens de plus en plus comme un citoyen normal".

OLJ/AFP/ Marina RAFENBERG
27/03/2017

"Pendant huit mois, chaque jour, je me réveillais sans savoir ce que j'allais faire de ma journée, je devenais fou", raconte Jawad Ahmadi. Aujourd'hui, il apprend le grec et s'occupe d'un tournoi de football à Athènes.

Jawad, 18 ans, Afghan de Kaboul, pensait que la Grèce ne serait qu'une étape sur la route de l'Allemagne. Mais lorsqu'il débarque sur l'île de Lesbos le 5 mars 2016, avec son frère aîné et son cousin, les frontières du nord du pays viennent de se refermer, ruinant son rêve.
Un an plus tard, après des mois difficiles, Jawad a surmonté sa déception. "Finalement, ce n'est peut-être pas plus mal que je sois resté en Grèce. Ici, l'Etat ne donne pas d'aides aux réfugiés. Tu es obligé de faire plus d'efforts qu'en Allemagne où les réfugiés sont choyés", croit-il savoir.
Il y a quatre mois, il s'est donc rendu dans les locaux du Forum grec pour les migrants à Athènes pour suivre ses premiers cours de grec. "Je me suis pris en main pour construire peu à peu mon avenir. Je veux étudier l'informatique et continuer le football, ma passion", souligne-t-il.

Pour cela, il bénéficie du soutien d'une ONG, Mercy Corps, qui l'a aidé à monter son équipe, et depuis janvier à mettre en place un tournoi où s'affrontent différentes équipes composées de joueurs réfugiés, grecs mais aussi italiens et espagnols notamment.
"Nous avions remarqué que beaucoup d'activités étaient proposées aux enfants mais peu aux adolescents et jeunes adultes. Pourtant, ils sont très angoissés car ils ne savent pas à quoi va ressembler leur avenir", explique Monica Rabii, de Mercy Corps. "C'est ainsi que grâce à des fonds venant de grandes entreprises internationales,nous avons décidé de financer les projets qu'avaient certains jeunes réfugiés, en partenariat avec des acteurs locaux", poursuit-elle.

Pour Jawad, le tournoi de foot est le meilleur moyen "de faire se rencontrer des Européens, des Grecs et des réfugiés, et de montrer que les réfugiés sont des jeunes comme les autres, avec les mêmes passions".
Chaque matin il part du camp d'Oinofita, dans une zone industrielle à une heure au nord d'Athènes, pour suivre ses cours de grec et aller à son entraînement de foot.

'Comme un citoyen normal'

"Je ne reviens au camp que pour dormir, je me sens de plus en plus comme un citoyen normal et plus comme un migrant coincé en Grèce", se réjouit-il.

A Athènes, dans le centre Melissa qui coopère avec Mercy Corps, Iman Al Bohtori, une Syrienne de 22 ans, aspire aussi à reprendre une "vie normale". Arrivée elle aussi en mars 2016, elle attend un hypothétique regroupement familial en Suède. Sa soeur a pu y rejoindre son mari et leur frère il y a quelques semaines.
"Quand ma soeur est partie, j'étais très déprimée, je me sentais paralysée", raconte cette diplômée en économie de l'université de Damas. Mais elle finit par écouter une personne rencontrée à Mercy Corps, qui insiste pour qu'elle vienne "participer aux activités ou juste papoter". Elle joue de la guitare, fait des origamis, pour "aller de l'avant, rester positive, ne pas penser au passé ni à l'incertitude de l'avenir".

A Melissa, association qui vient en aide aux femmes réfugiées en incitant les migrants d'hier à dialoguer avec les nouveaux arrivants grâce aux arts, le cours de sculpture prodigué par une artiste albanaise provoque des éclats de rire. Les participantes doivent fabriquer une poupée à partir d'une pomme de terre. "Je me détends, j'oublie que je suis bloquée en Grèce sans travail et loin de ceux que j'aime", commente Zozen Daoud, une Syrienne de 26 ans.
"J'ai passé huit mois à Idomeni (à la frontière fermée avec la Macédoine), où je ne pensais qu'à ma survie, confie cette mère de deux enfants. Désormais, même si la Grèce n'était pas mon premier choix, je dois penser à m'y intégrer, apprendre la langue, trouver un travail".


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