Malgré les tensions avec la Turquie, le commissaire européen chargé des Migrations, Dimitris Avramopoulos, s’est voulu rassurant sur le pacte migratoire conclu avec Ankara par Bruxelles, tout en craignant « un désastre » en cas de rupture du pacte. Janek Skarzynski/AFP
L'UE a convoqué, hier, l'ambassadeur de Turquie à Bruxelles pour lui demander une « explication » après les propos menaçants pour la sécurité des citoyens européens du président turc, Recep Tayyip Erdogan. « Nous avons demandé au représentant permanent de la Turquie auprès de l'UE de venir au Service européen d'action extérieure », le service diplomatique de l'UE, « car nous souhaitons recevoir une explication en ce qui concerne les commentaires du président Erdogan à propos de la sécurité des Européens ''dans les rues du monde entier'' », a ainsi déclaré une porte-parole de Bruxelles, Maja Kocijancic. L'ambassadeur de Turquie auprès de l'UE doit s'entretenir avec le directeur responsable des relations avec Ankara, a-t-elle précisé.
La grave crise diplomatique entre Ankara et les Européens a franchi une nouvelle étape mercredi, quand le président turc a déclaré qu'aucun Européen ne pourrait plus « faire un pas dans la rue en sécurité » si l'UE maintenait envers la Turquie une attitude qu'il a jugée hostile. « Je m'adresse une nouvelle fois aux Européens (...). La Turquie n'est pas un pays qu'on peut bousculer, dont on peut jouer avec l'honneur, dont on peut expulser les ministres (...) », a tonné M. Erdogan lors d'un discours à Ankara, quelques heures seulement avant un attentat qui a fait trois morts dans le centre de Londres.
Par ailleurs, le commissaire européen chargé des Migrations, Dimitris Avramopoulos, a prédit hier « un désastre » si le pacte migratoire en Méditerranée, conclu par l'Union européenne avec la Turquie, « s'effondrait », dans un entretien au quotidien belge Le Soir. L'accord, qui vise à faire cesser les arrivées massives de migrants sur les côtes grecques depuis la Turquie, « fonctionne bien », malgré les menaces répétées ces dernières semaines par des dirigeants turcs, a souligné M. Avramopoulos. « Même au plus haut des tensions, pas une seule personne n'a traversé la mer », a-t-il affirmé.
Mode néfaste
Le commissaire européen a déploré « le mode diplomatique néfaste pour tout le monde », qui résulte des fortes tensions entre la Turquie et l'UE ces dernières semaines, après l'interdiction de plusieurs meetings électoraux pro-Erdogan auxquels devaient participer des ministres turcs en Allemagne et aux Pays-Bas. En réaction, les dirigeants turcs, le président Erdogan en tête, ont multiplié les invectives envers les capitales européennes, allant jusqu'à taxer la chancelière allemande Angela Merkel de « pratiques nazies », et ont menacé de dénoncer l'accord migratoire conclu le 18 mars 2016 avec l'UE.
Cet accord, combiné à la fermeture des frontières dans les pays des Balkans, a permis de faire cesser l'afflux massif de migrants qui avait provoqué une grave crise migratoire en Europe entre l'été 2015 et le printemps 2016. « Je pense que la Turquie veut vraiment rester impliquée dans ces engagements », a voulu rassurer M. Avramopoulos, en rappelant que, de son côté, l'UE avait mis sur la table des contreparties substantielles, comme le versement de trois milliards d'euros pour améliorer le quotidien des réfugiés syriens en Turquie. « De notre côté, on essaie de faire la part des choses entre le climat négatif et nos obligations politiques. Ces engagements ne consistent pas qu'en l'obligation de la Turquie de bloquer le flux d'arrivées, il y a aussi notre devoir de soutenir financièrement les trois millions de réfugiés qui sont en Turquie. Cette coopération peut continuer à fonctionner », a-t-il estimé.
(Source : AFP)


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