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Liban

Sursaut

Boussole
21/03/2017

Dans son « chant du départ », le 1er décembre de l'année dernière, le président français François Hollande a proposé « un sursaut collectif ». Sursaut contre la destruction de l'Europe par le Brexit, contre la destruction de la Grande-Bretagne par la sécession référendaire de l'Écosse, contre l'arrivée au pouvoir de Trump et de ses acolytes dans le monde, contre la férocité montante des dictatures, de la Russie à la Corée du Nord en passant par la Turquie, la Syrie et l'Égypte, contre la montée de l'extrême droite européenne représentée par le Front national en France : bref un sursaut pour endiguer la perte de vitesse sur la planète des droits de l'homme et de la démocratie, pour arrêter le laminage des classes moyennes et sortir de la morosité économique.

Le sursaut a eu lieu trois fois cette semaine. D'abord, par les juges américains refusant de nouveau la muraille montée contre les immigrants dans un acte de discrimination religieuse par un nouvel « ordre exécutif » du président américain ; le vote contre Geert Wilders, le pendant hollandais de la vague trumpiste, candidat aux élections dans son pays ; et les manifestations au centre de Beyrouth, dimanche dernier, contre un tas de misères économiques renforcées par un budget bourré de nouvelles taxes, alors que les gens du pouvoir se montrent totalement incapables d'expliquer à la population pourquoi elle doit faire des sacrifices alors qu'eux-mêmes n'en font aucun.

Le sursaut de Beyrouth fait partie d'une mouvance plus générale qui cherche sa voie dans le monde entier. C'est surtout la dimension collective du sursaut qui donne de l'espoir. Le sursaut américain fait partie d'une mobilisation en faveur de valeurs constitutionnelles, qui mène la vie dure à un président qui ne les comprend pas, et qui pense que la direction du pays est une variation sur les « reality shows » où il jouait au petit dictateur par un « I fire you », aussi vulgaire qu'antipathique. Et le vote contre Geert Wilders a temporairement freiné une Europe qui se délite.

Chacun des trois sursauts est le fils d'une société choquée par des dirigeants qui se croient tout permis, mais il n'est qu'une étape très provisoire d'un collectif qui se cherche. François Hollande le notait bien dans son discours de renoncement en appelant à « un sursaut collectif et qui engage tous les progressistes qui doivent s'unir dans ces circonstances parce que ce qui est en cause, ce n'est pas une personne, c'est l'avenir du pays ».

Il ne s'agit pas seulement de sursauter. Le monde est rempli de sursauts de tailles variées qui se retournent contre leurs protagonistes. Trente ans après la première intifada, sursaut que nous avions tous admiré avant qu'elle ne sombre dans les tueries fratricides entre Palestiniens qui en ont sonné le glas, le paysage en Israël-Palestine est atterrant. Douze ans après notre révolution du Cèdre, nous ne pouvons que constater son échec. Ce sera la même chose pour les trois petits sursauts de la semaine dernière. Ils ouvrent une petite fenêtre dans l'histoire, mais le bol d'oxygène ne vaut que s'il est inscrit dans la durée.

Aux États-Unis, le sursaut entamé par les femmes américaines au lendemain de la prise de pouvoir du président tombe déjà dans l'oubli. En Hollande, le paysage politique demeure la proie d'un parti xénophobe et obsédé par l'islam comme souffre-douleur de ses anxiétés identitaires déplacées. Et au niveau du Liban, nous savons d'expérience que la rue est « récupérée » de mille manières lorsqu'elle n'arrive pas à s'organiser dans la durée en un mouvement transconfessionnel, transgénérationnel, et transgendrationnel.
Le sursaut de M. Hollande, très bien, mais les successeurs des dirigeants qui ont bâti l'Europe démocratique et libre ont besoin de l'organiser. L'Europe a été construite dans le sursaut de l'après-guerre par Jean Monnet, sa vision, ses comités pour les États-Unis d'Europe. Qui est le Jean Monnet qui organisera la dimension collective des sursauts locaux et disparates qui nous font sourire l'espace d'un matin, et qui s'éloignent inexorablement dans la mémoire par des promesses non honorées ?

 

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MICHAEL KASSOUF

Vous analysez, cher ami, des symptomes mais vous ne traitez pas de la maladie.
Je vous conseille de lire le dernier livre de Jack A. Goldstone .

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