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Moyen Orient et Monde - Entretien

Les trois facteurs de radicalisation terroriste en Europe, selon de Kerchove

Le « Monsieur antiterrorisme » de l'Union européenne explique le phénomène, au cours d'une rencontre avec « L'Orient-Le Jour ».

Le coordinateur de l’Union européenne pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove. Photo A.A.

Il est le « Monsieur antiterrorisme » de l'Union européenne. Depuis 2007, Gilles de Kerchove est le coordinateur de la lutte contre le terrorisme pour l'UE. En visite au Liban, le responsable européen dissèque, dans un entretien à L'Orient-Le Jour, les facteurs qui peuvent expliquer le processus de radicalisation pour mieux lutter contre le terrorisme en Europe.

Selon lui, le processus utilisé actuellement est nouveau. Il implique des acteurs qui n'étaient pas inclus auparavant. Le contre-terrorisme est souvent essentiellement une affaire des services de renseignements. Et la réponse était principalement répressive. D'où l'intérêt d'avoir d'autres acteurs avec une autre vision. Ainsi, les ministères de l'Éducation ou de la Culture n'étaient vraiment pas impliqués. Donc, « pour être efficace, il faut renforcer la résilience des systèmes, protéger les infrastructures critiques, améliorer la protection des frontières, etc. Le but étant d'élever le seuil qui empêche les attentats », explique-t-il.

 

(Pour mémoire : Beyrouth accueillera un atelier de travail libano-européen pour la lutte contre le terrorisme)

 

Prévention
Parallèlement, M. de Kerchove estime qu'il faut travailler une stratégie nationale de prévention. L'exercice est ardu puisqu'il est difficile de déterminer les facteurs de radicalisation et les réponses adéquates. Ces facteurs sont tellement divers qu'ils varient d'une personne à l'autre et d'un pays à l'autre.

Pour l'Europe, il y a ainsi « trois catégories de facteurs » qui peuvent expliquer le processus de radicalisation. La première part de problèmes de perte d'identité, ou d'absence de sens dans l'existence, de sentiment de discrimination, de conditions économiques et sociales très défavorables, et donc une très grande sensibilité à l'injustice. « C'est une explication marxiste d'une certaine manière », précise-t-il.

Le deuxième type de facteurs est l'idéologie. « On se demande souvent quel est le rôle de l'idéologie dans la radicalisation. Et on se pose la question de savoir si l'islam radical est un facteur, qu'il s'agisse du début, du milieu ou de la fin du processus. » Il donne ainsi l'exemple « des auteurs des attentats de Bruxelles et de Paris, Salah Abdeslam ou Abdelhamid Abaaoud, des gars qui passaient du temps dans des bars, buvaient de la bière, fumaient du hachisch... Ils ne connaissaient rien de la religion. C'étaient de petits délinquants. Ils étaient violents, avaient un accès facile aux armes et au cours de leur processus de radicalisation, l'interprétation excessive de l'islam radical leur a donné une justification en noir et blanc pour utiliser la violence. Dans ce cas, l'islam radical n'a pas été en soi un facteur de radicalisation ». En revanche, selon certains explique-t-il, les Turcs qui vont se battre avec l'État islamique en Syrie sont très religieux et leur but est de taper sur le PKK kurde, considéré comme séculier.

« La troisième catégorie de facteurs que j'appelle les facilitateurs, c'est internet, les prisons, et dans certains cas des organisations salafistes actives. » En Belgique par exemple, qui a le plus grand nombre de combattants en Syrie et en Irak, par tête d'habitants en Europe, la première vague de jihadistes ont été recrutés par une organisation qui s'appelle Charia for Belgium. Cette organisation allait dans les gares et les quartiers les plus défavorisés pour recruter des jeunes d'Anvers, de Vilvorde et de Bruxelles, mais aucun du sud du pays. Et c'était dans ces régions que Charia for Belgium était active. Par contre, le recrutement de la deuxième vague s'est fait par ceux qui étaient déjà partis et qui contactaient leurs amis, cousins et connaissances à travers les réseaux sociaux.
« En étant pragmatique, il faut développer des réponses pour les trois catégories de facteurs », précise-t-il.

 

(Pour mémoire : Coopération antiterroriste étroite entre la Commission européenne et Beyrouth pour endiguer l'EI)

 

Diplomatie
Autre combat contre le terrorisme : la diplomatie. Depuis deux ans, les ministres des AE de l'UE ont chargé Federica Mogherini, la haute représentante de l'Union pour les Affaires étrangères, de développer des partenariats très étroits de contre-terrorisme avec tous les pays du pourtour de la Méditerranée, du Maroc à la Turquie. « Nous visitons régulièrement tous ces pays pour voir comment on peut les aider, ou bien pour bénéficier de leur expérience », affirme M. de Kerchove.

Par ailleurs, « je suis allé récemment en Arabie saoudite, au Qatar et aux Émirats arabes unis où nous souhaitons nous engager un peu plus, et nous commençons à le faire », ajoute-t-il. « Il y a une volonté de Riyad de lutter contre l'extrémisme violent. L'UE travaille aussi avec le CCG (Conseil de coopération du Golfe) et au sein des Nations unies où l'ancien secrétaire général avait beaucoup poussé pour un plan d'action pour la prévention de l'extrémisme violent, à la suite des deux sommets organisés par l'ancien président Barack Obama sur le terrorisme. »

En attendant, le nouveau secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, va nommer un sous-secrétaire général en charge de la Lutte contre le terrorisme pour coordonner les efforts de toutes les agences des Nations unies. « C'est un peu l'équivalent de mon travail, mais au niveau mondial », conclut M. de Kerchove.

 

 

Pour mémoire

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Il est le « Monsieur antiterrorisme » de l'Union européenne. Depuis 2007, Gilles de Kerchove est le coordinateur de la lutte contre le terrorisme pour l'UE. En visite au Liban, le responsable européen dissèque, dans un entretien à L'Orient-Le Jour, les facteurs qui peuvent expliquer le processus de radicalisation pour mieux lutter contre le terrorisme en Europe.
Selon lui, le processus...

commentaires (4)

encore un theoricien , un de plus ! mais bon, faut justifier son salaire quand meme ! surtout , surtout oublier le facteur essentiel- le moteur essentiel : les interets financiers occidentaux et russes aussi bien sur.

Gaby SIOUFI

11 h 21, le 03 mars 2017

Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • encore un theoricien , un de plus ! mais bon, faut justifier son salaire quand meme ! surtout , surtout oublier le facteur essentiel- le moteur essentiel : les interets financiers occidentaux et russes aussi bien sur.

    Gaby SIOUFI

    11 h 21, le 03 mars 2017

  • ILS NE COMPRENNENT RIEN ET CHERCHENT DES FACTEURS FICTIFS... LE SEUL VALABLE C,EST QUE VOUS ETES POUR EUX DES MECREANTS ET QUE VOUS TUER EST HALAL POUR EUX... FAUT SE LE METTRE DANS LE LOBE ET AGIR EN CONSEQUENCE !

    PRET A SOUTENIR L,OLJ SANS L,HUMILIANTE CENSURE.

    09 h 22, le 03 mars 2017

  • Faut' il rire ou pleurer, après avoir lu ce genre de déclarations aussi génériques que mièvres ..?...l'expérience de mon concierge de par son vécu , en sait plus sur le terrorisme et l'anti-terrorisme, que ce fonctionnaire de luxe de l'UE...

    M.V.

    09 h 02, le 03 mars 2017

  • De l'art d'enfoncer des portes ouvertes: la prison, internet, les mouvements salafistes. Ah bon!

    Marionet

    01 h 53, le 03 mars 2017

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