L’édito de Ziyad MAKHOUL

Donald in La La Land

L’édito
28/02/2017

La mise en abîme est troublante. Événement après événement, Hollywood tricote, en live et en mondovision, un feuilleton hybride à souhait, quelque chose entre The Bold And The Beautiful, un soap mexicano-égyptien et un reality show (l'ironie est grande quand on sait les liens organiques qu'entretient le 45e président des États-Unis avec la télé-réalité), au centre duquel Donald Trump joue un des deux rôles principaux. Celui du (bête) et méchant, une sorte de Joker décérébré, hyperarmé de son Twitter, mais sans un centième du talent de Jack Nicholson ou de Heath Ledger, face à ce conglomérat planétaire (de Batmen beaux, smart, talentueux, glam et superpopulaires) qu'est le mythologique (et barthésien, fait de fascination et de répulsion) cinéma. Celui du (bête) et méchant ridiculisé et humilié, avec une régularité très helvétique, par des femmes et des hommes de tous les âges, de toutes les nationalités, de toutes les races et de toutes les religions – des stars qui ont en commun une mission et une seule : donner en partage tout un arsenal d'émotions et de rêves à des milliards de Terriens. Aussi caricaturaux, simplistes et manichéens qu'ils soient, cet état des lieux et cette réalité n'en restent pas moins littéralement impressionnants.

La 89e cérémonie des Oscars de ce 26 février 2017 a vu le sacre de l'entertainment, devenu arme politique de reconstruction massive. De reconstruction de tout ce que Donald Trump s'emploie à dégénérer ou à dynamiter depuis des mois, avant et depuis la Maison-Blanche : l'ADN de l'Amérique, champ infini de promesses, eldorado universel, espace idéal du self-made-human-being ; l'acceptation de l'autre ; le vivre-ensemble ; l'égalité, la liberté et la fraternité, et, enfin, surtout, l'élégance. Dans l'hypercœur de cet entertainment génétiquement modifié, les mots de l'Iranien Ashgar Farhadi sur l'inhumanité du Muslim Ban ; de l'Italo-Britannique Alessandro Bertolazzi, qui a partagé son Oscar avec tous les immigrés ; des Américains Barry Jenkins et Rich Moore, et leurs allusions aux quatre ans à venir et à la tolérance plus forte que la haine, ont résonné comme de véritables articles de Constitution. Sans oublier la victoire retentissante de personnalités blacks, chrétiennes ou musulmanes, comme Mahershala Ali ou la somptueuse Viola Davis ; sans oublier, non plus, l'Oscar aux Casques blancs syriens, véritable rempart aux barbaries de l'État islamique et de Bachar el-Assad ; sans oublier, enfin, l'humour décapant d'un Jimmy Kimmel en maître de cérémonie surdoué, qui fait se lever toute une salle pour applaudir frénétiquement Meryl Streep, le New York Times, le Los Angeles Times et CNN, entre autres. Parce que, effectivement, la solidarité, l'harmonie, la détermination, rares dans ce panier de crabes qu'est Hollywood, ont réussi, comme jamais, à anamorphoser l'entertainment, à le transfigurer, à en faire un vecteur et un moment de folle utilité publique.

Et pendant ce temps, complètement déconnecté du pays et du monde dans lequel il barbote, Donald Trump présidait à la Maison-Blanche le Bal des gouverneurs, programmé pour la première fois en même temps que la nuit des Oscars.

À quoi sert une chanson si elle est désarmée ? Hollywood, plus métissée que jamais, était hier la capitale très inspirée de ces USA qui se savent détestés par 225 pays. Et elle a décidé de s'en aller en guerre pour sauver et réhabiliter les Américains. Ou du moins la majorité d'entre eux. Pour détrumpiser, un peu, une Amérique férocement déréglée.

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ON RECHERCHE POUR LIRE LE BARATIN JOURNALIER MAIS ON NE LE TROUVE PAS AUJOURD,HUI...

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DU TRA... LA... LA...

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

On dirait les boSSfééérs-Oranges/Mécaniques d'Ici, férocement déréglés eux aussi.

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