L’indice vedette de Wall Street Dow Jones Industrial Average a progressé de plus de 15 % depuis le début de novembre. Timothy A. Clary/AFP
La hausse de Wall Street depuis son élection donne à Donald Trump au moins une occasion de se réjouir, mais des analystes mettent en garde contre le risque de bulle financière à moyen terme.
Avec son administration en pleine crise, le nouveau président a tweeté jeudi que « la Bourse atteint de nouveaux records avec la plus forte progression depuis des décennies. Grand niveau de confiance et d'optimisme, même avant l'annonce du plan de réforme fiscale ! » L'indice vedette de Wall Street Dow Jones Industrial Average (DJIA) a progressé de plus de 15 % depuis le début novembre, franchissant successivement la barre des 19 000 puis des 20 000 points pour s'approcher actuellement des 21 000 points.
Pourtant, « cela n'a pas été une très grande semaine pour le nouveau président, entre la démission de (son conseiller à la Sécurité nationale Michael) Flynn, et l'annulation de son décret sur l'immigration », rappelle Nicholas Colas, chef stratégiste chez Convergex. C'est l'agenda économique du président, fait de dérégulation, de réforme fiscale et de relance budgétaire, qui plaît aux marchés. Il a suffi la semaine dernière que Donald Trump promette une réforme fiscale « phénoménale », pour que la Bourse décolle. Depuis son élection, aucun détail concret n'a filtré sur ce qui va être annoncé. Les modalités du programme de grands travaux de remise en état des infrastructures ou de la réforme de l'impôt sur les sociétés restent encore floues.
S'il se réjouit aujourd'hui de la santé de Wall Street, il avertissait en septembre lors d'un débat face à son adversaire Hillary Clinton des risques de bulle financière alors que le Dow Jones n'était que juste au-dessus des 18 000 points.
Pas de rapport avec la réalité
« Les attentes de retour sur investissement sur les marchés semblent ne plus avoir de rapport avec la réalité », prévient Steven Ricchiuto, chef économiste pour les États-Unis chez Mizuho dans une note hier.
Interrogée par les parlementaires mercredi sur le fait de savoir pourquoi le marché boursier affichait une telle forme, Janet Yellen, présidente de la Fed, a estimé « que les acteurs sur les marchés anticipent des changements dans la politique budgétaire capables de stimuler la croissance et peut-être de doper les bénéfices, à travers peut-être des réductions d'impôts ». Elle a jugé que la remontée des taux obligataires à long terme et le renforcement du dollar correspondaient aussi « aux attentes d'une politique budgétaire expansionniste. »
Une accélération de la croissance pourrait aussi se traduire par des hausses plus rapide des taux de la Fed qui renchériraient le taux du crédit et de la dette des ménages. Le renforcement du dollar pourrait aussi se révéler une arme à double tranchant pour l'administration Trump. Il renchérit les exportations et fait baisser le prix des importations alors que le nouveau président veut engager une politique du « made in America » et que son parti républicain étudie une taxe à la frontière pour encourager les exportateurs et décourager les importateurs.
Le président semble lui-même s'en inquiéter. Le Huffington Post affirmait récemment qu'il avait appelé au milieu de la nuit Michael Flynn, pour lui demander si un dollar fort était bon ou mauvais pour l'économie. M. Flynn, qui n'en était lui-même pas très sûr, lui avait conseillé d'appeler plutôt ses conseillers économiques...
Luc LACROIX/AFP


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