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Campus

« C’est ma mère sur chaise roulante qui m’a donné le courage de gérer ma vie seul avec elle »

Témoignage

Il y a trois ans, la vie de Kevin Bosnoyan, aujourd'hui étudiant en 3e année de biologie à la LAU, a pris un tournant brutal. Son père quitte subitement le domicile conjugal alors que son frère part travailler dans les pays arabes. À seulement 18 ans, il se retrouve seul avec sa mère handicapée.

17/02/2017

Lorsque Kevin Bosnoyan est né, sa mère, Paola, était déjà en chaise roulante à cause d'un accident de voiture au Canada qui l'a privée de l'usage de ses membres inférieurs. « Je ne sais pas ce que c'est d'avoir une maman sur "pieds" », avoue-t-il spontanément. La maman de Kevin a toutefois toujours voulu être une mère « comme les autres », présente pour toutes les activités sportives, spirituelles, scolaires de ses enfants. « Elle ne ratait aucune de nos compétitions sportives, se trouvait toujours au premier rang pour mieux nous encourager. Même à la maison, je ne me posais pas la question de savoir qui cuisinait et s'occupait du ménage et de la lessive. Elle a toujours refusé une aide-ménagère. Mais je savais que mon père était là à ses côtés. Pour moi, il n'y avait aucun problème. »
Ce qui n'empêchait pas Kevin de toujours vouloir « protéger » sa mère. Lorsqu'elle lisait des histoires à ses camarades en classe, il s'asseyait à ses pieds de peur qu'elle ne reçoive des coups par mégarde. « Ma mère a toujours été mon idole, un exemple et mon roc », dit-il.
Mais un jour, son père quitte la maison familiale, le laissant seul face au handicap de sa mère. « J'ai mis un an et demi à accepter cette responsabilité qu'on m'imposait, alors que je commençais tout juste mes études en biologie à l'université, raconte le jeune homme aujourd'hui âgé de 21 ans. Avant, il y avait mon père et mon frère. Désormais, j'étais seul et j'avais trop de choses à gérer en même temps : ma première année à l'université, ce cursus long et difficile que j'avais choisi, l'état physique de ma mère, le quotidien avec elle. J'en voulais à mon père de nous avoir laissés. Ma mère avait beau me tranquilliser et m'assurer que je n'aurais pas trop de choses à supporter, je me sentais submergé. Inconsciemment, je lui en voulais terriblement ! »

Jongler entre les études, les sorties et sa maman
Passée sa période de révolte, Kevin réalise que sa mère ne peut pas fonctionner sans son aide. Il décide alors de reprendre les choses en main, aidé de son frère qui le soutient moralement de loin dans ses moments de découragement. Il réapprend les habitudes de son père à la maison, se met à travailler vite et bien pour pouvoir emmener sa mère chez le coiffeur, au supermarché, faire ses visites et aller déjeuner tous les dimanches avec ses parents et le reste de sa famille... Le soir, il évite de sortir pour ne pas la laisser trop seule.
Le plus difficile pour lui ? « Accomplir cela dans une ville qui n'a jamais tenu compte des besoins des personnes à mobilité réduite, répond-il amèrement. Comme l'ascenseur ne fonctionne pas sans électricité, je dois descendre à pied en portant ma mère, l'installer en voiture, remonter chercher la chaise roulante. Lorsque l'on arrive au restaurant ou au supermarché, il faut la conduire en tenant compte des trottoirs et des crevasses sur la chaussée, un vrai combat pour y arriver. »
Comment gère-t-il ses sorties avec ses copains ? « Je refuse toute proposition certains jours pour être prêt si ma mère a besoin de moi. Mes copains ont rouspété un peu au début. Mais lorsqu'ils ont compris, ils ne m'ont plus jamais rien dit. Je crois qu'ils ont senti que c'était un sujet à ne jamais aborder par respect pour moi et ma mère. »

Créer un centre de réhabilitation pour aider les personnes handicapées
Ce jeune homme qui brille aujourd'hui à l'université et entame sereinement les dures années qui l'attendent pour accomplir son cursus en médecine, un domaine qu'il n'a pas choisi par hasard, avoue que c'est « grâce à sa mère qui a toujours fait passer les études de son fils avant ses propres besoins » qu'il a pu gérer et sa vie et ses trois années de biologie. En parallèle, Kevin travaille sur un projet qui lui tient énormément à cœur : créer un centre de réhabilitation pour les personnes à mobilité réduite. « Il est inacceptable qu'au Liban, les handicapés n'aient pas leur place dans la société, qu'ils soient privés des loisirs les plus élémentaires, qu'il leur soit difficile ou impossible d'aller au cinéma, de faire des sorties... Et surtout qu'ils doivent toujours dépendre des autres », martèle-t-il encore.
« En observant ma mère dans sa vie quotidienne, en voyant tout ce qu'elle a pu accomplir clouée sur sa chaise roulante, sa façon de gérer la maison sans aucune aide-ménagère notamment, j'ai compris que c'est grâce au centre de réhabilitation au Canada, qui l'a aidée à se prendre en charge après son accident, qu'elle a accepté sa condition et a retrouvé confiance en elle. Il y a deux ans, ma mère a écrit un livre de recettes végétariennes pour les 40 jours de carême. Elle a également lancé une gamme de produits de beauté à base de plantes reconnue par les sociétés pharmaceutiques. Elle a en elle une sérénité et un courage extraordinaires. »
Le plus grand souhait de Kevin aujourd'hui ? « Ne plus s'inquiéter pour sa maman le jour où il poursuivra sa spécialisation en orthopédie à l'étranger. Un domaine qui l'aidera à réaliser son rêve et à soulager les maux de toutes ces personnes-là. »

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