Réunis en session plénière à Strasbourg, les eurodéputés ont été 408 à se prononcer en sa faveur du CETA hier. Vincent Kessler/Reuters
Le Parlement européen s'est prononcé hier en faveur du Ceta, le controversé accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada, en dépit de nombreuses protestations.
Avec ce vote favorable, une grande partie du texte devrait être appliquée de manière provisoire, a priori au printemps, le temps qu'il soit ratifié par les Parlements de l'UE, ce qui prendra des années. Réunis en session plénière à Strasbourg, les eurodéputés ont été 408 à se prononcer en sa faveur, 254 à voter contre et 33 à s'abstenir.
Dans le même temps, environ 700 opposants au CETA, selon la police, manifestaient dans Strasbourg (est de la France) jusqu'au Parlement. Plusieurs dizaines d'autres ont bloqué l'entrée du bâtiment dès le matin. « Dire oui au CETA, c'est piétiner le peuple », clamait une banderole. Une autre affirmait « Démanteler la démocratie ? Hors de question ! » Les adversaires du CETA le jugent antidémocratique, trop favorable aux multinationales, léger sur l'environnement ou encore dangereux pour l'agriculture.
« C'est normal que les gens s'inquiètent de l'environnement, de la nourriture qu'ils donnent à leurs enfants, de la sécurité. Mais il y a certains mythes qui survivent sur ces thèmes-là », leur a répondu la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, à l'issue du vote. « Rien dans cet accord » n'affectera « la sûreté de la nourriture que nous mangeons ou des produits que nous achetons », ni n'entraînera « la privatisation » des services publics, avait-elle assuré plus tôt face aux eurodéputés au cours d'un débat de trois heures.
« Ces accords préparent le terrain à une relation encore plus forte avec l'UE, ce qui se traduira par de plus grandes possibilités pour la classe moyenne des deux côtés de l'Atlantique », a réagi le Premier ministre canadien Justin Trudeau, qui doit s'exprimer aujourd'hui dans l'hémicycle. « J'ai hâte », a-t-il twitté.
Le texte – appelé Accord économique et commercial global (AECG, en anglais CETA) – supprimera 99 % des droits de douane. Présenté comme un modèle d'accord commercial, il prône également la coopération en matière sociale, sanitaire et environnementale.
L'accord était soutenu par les eurodéputés de droite, ainsi que les libéraux et la plupart des socialistes. Ce vote fait « primer la défense des intérêts européens sur les fantasmes », se sont réjouis les Français Tokia Saïfi et Franck Proust, membres du groupe du Parti populaire européen (PPE, droite), le plus important du Parlement. Les Verts, l'extrême gauche, l'extrême droite et certains socialistes ont voté contre. Le groupe Socialistes et démocrates, le deuxième du Parlement, a été particulièrement divisé. Son président, l'Italien Gianni Pittella, y était favorable « à titre personnel », contrairement à la délégation française, par exemple, qui a dénoncé « une menace directe pour l'emploi ».
« Traité scélérat »
Les écologistes sont tout aussi sévères, à l'image du Français Yannick Jadot qui voit dans le CETA « l'aboutissement d'un processus de dérégulation, de privatisation de la norme ». « Nous sommes dans un moment trop précieux, trop rare de notre histoire, pour ne pas regarder ce qui explique les Brexit, les Trump », a-t-il observé.
Pour la présidente du Front national (extrême droite, France), Marine Le Pen, le CETA est « un traité scélérat » qui a été « soigneusement caché à tous les citoyens ».
Parmi les principales cibles des critiques, les tribunaux arbitraux amenés à être mis en place une fois que le traité aura été définitivement approuvé. Ces juridictions pourront être saisies par une entreprise afin de demander réparation à un État ayant pris une réglementation contraire à ses intérêts.
Le Parlement de la région belge de Wallonie s'en était vivement inquiété en octobre 2016, entraînant une minicrise diplomatique avec le Canada, qui avait retardé de quelques jours la signature formelle du traité.
Avec l'approbation du Parlement européen, un long et incertain processus de ratification du CETA s'ouvre maintenant. Au total, 38 Parlements nationaux et régionaux dans l'UE devront approuver le texte.
« Nous avons 38 nouvelles chances de stopper cet accord », a déjà prévenu la Néerlandaise Anne-Marie Mineur, du groupe des députés de la GUE (extrême gauche), pour qui « le peuple arrêtera le CETA. » « Les Parlements nationaux (...) doivent rejeter le traité », a déjà lancé Karine Jacquemart, de l'ONG Foodwatch, qui juge « le CETA est tout aussi mauvais que le Tafta » ou TTIP, l'accord de libre-échange négocié par l'UE avec les États-Unis. Encore plus contesté, cet accord a d'ores et déjà été gelé avec l'élection de Donald Trump à la Maison-Blanche.
« Dans la grande majorité des pays, il n'y aura aucun problème et dans certains oui », a concédé à l'AFP Cecilia Malmström, qui demande aux États membres de « calmer les craintes ».
Côté canadien, le texte a été déposé hier au Sénat pour accord final.
(Source : AFP)


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