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Liban

« L’aéroport de Qleyate est un droit pour les habitants du Akkar »

Protestation

Les organisateurs de la campagne se défendent de toute volonté de récupération politique lors du sit-in à Tall el-Hayat pour réclamer la réouverture de l'infrastructure.

13/02/2017

Sur la vitre arrière d'un bus bondé sont collées deux photos de l'ancien ministre Achraf Rifi. Sur la vitre d'un autre bus, on peut lire sur une affiche en papier trempée d'eau de pluie : « L'aéroport de Qleyate est un droit pour les habitants du Akkar. » Les deux véhicules frayent leur chemin vers l'institut CIS à Tall el-Hayat, lieu du sit-in organisé par la société civile au Akkar, en collaboration avec la Fédération des municipalités du Sahel, pour réclamer la réactivation de cet aéroport.

La route menant au lieu prévu pour le rassemblement est boueuse, presque marécageuse. Le chemin serpente et les foules doivent traverser la route d'un côté à l'autre pour éviter les crevasses. Malgré les efforts déployés tout au long de la semaine dernière, à travers des appels lancés de part et d'autre pour inciter leurs sympathisants à assurer une large participation, les responsables politiques du Liban-Nord n'ont pas réussi à s'approprier l'événement organisé par la société civile.

« Aéroport de Qleyate, décolle ! » est le slogan choisi par les organisateurs pour leur campagne. Cependant, réclamer la réouverture de l'aéroport semble être l'occasion pour soulever une cause plus importante qui, elle, remonte loin, très loin. Il s'agit bien entendu de la marginalisation du Akkar, reprochée à l'État libanais.

Pancartes à la main, capuchons sur la tête et prêts à faire entendre leurs voix, les jeunes du Akkar sont venus de tous les villages pour répondre à l'appel. À la question « Que voulez-vous ? », posée par un homme tenant un microphone sur l'estrade dressée pour l'occasion, les jeunes qui remplissaient les derniers rangs répondent en chœur: « L'aéroport ! » Environ un millier de personnes présentes au sit-in en ce dimanche pluvieux applaudissent en signe d'approbation.

 

(Pour mémoire : Les ordures entassées près de l’aéroport attirent les oiseaux et nuisent au trafic, prévient Kabbani)

 

 

Le discours de la société civile
« L'aéroport de Qleyate n'est pas un produit de vente ou d'achat, il n'est pas un sujet auquel les politiciens recourent pour mener leurs campagnes, il n'est pas une ritournelle que l'on répète occasionnellement et encore moins un mot sans écho », lance Rim Sahmarani, membre de la société civile au Akkar. « L'aéroport pourrait être l'air que nous respirons et l'eau que nous buvons dans cette région délaissée », ajoute-t-elle.

Comme pour faire taire les rumeurs de récupération politique qui ont circulé récemment au sujet de la société civile, Jamal Khodr, activiste et organisateur de l'événement, assure au tout début d'un discours long et émouvant que « le mouvement civil du Akkar ne représente aucun parti politique ni aucune communauté quelconque, et ne saurait être exploité par qui que ce soit ». « Nous ne sommes pas là pour remplacer les partis politiques présents dans la région, nous sommes là pour compléter leur travail et remédier à leurs lacunes », poursuit-il.

« Nous sommes là pour réclamer la réactivation de l'aéroport de Qleyate, un droit pour les habitants du Akkar dont l'acquisition pourrait réanimer la région, assurer des opportunités d'emploi aux jeunes et garantir la relance de l'économie », déclare M. Khodr. « En lançant le slogan "aéroport de Qleyate, décolle!" nous faisons également allusion à toute la région du Akkar qui doit "décoller" et atteindre de meilleurs horizons », lance-t-il à l'adresse du public. « Akkar, qui nous représente, c'est la maman qui réveille sa fille à cinq heures du matin pour qu'elle prenne la route pour l'université à Tripoli ou à Beyrouth », conclut-il, faisant remarquer que le Akkar non seulement revendique un aéroport, mais l'ouverture d'une branche de l'Université libanaise sur son territoire.

Les jeunes sont les plus concernés par ce discours. Ils se mettent debout sur les chaises en plastique, et lèvent encore plus haut leurs pancartes vers le ciel pluviotant. Leurs cris et leurs slogans traduisent leur soutien au mouvement civil du Akkar. La société civile dans le Akkar n'est pas seule dans sa bataille. Des ONG d'autres régions du Liban-Nord sont venues soutenir sa cause.

Watheq el-Moukaddem, président du « Mouvement civil » de Tripoli, est venu défendre une cause qui concerne tous les habitants du Liban-Nord. Mikhaël Doueihy et Antoine Yammine, tous deux membres de Zghorta Ghadouna, une ONG née dans le sillage de la liste indépendante qui s'était présentée aux dernières élections municipales, ont représenté la société civile zghortiote.

 

L'aéroport est-il vraiment prêt ?
Pour Gérard Ibrahim, architecte responsable de l'élaboration du projet complet de l'aéroport, « lorsqu'on entend dire que l'aéroport de Qleyate est prêt, cela ne signifie pas qu'il lui faut quelques petits travaux de restauration pour qu'il puisse accueillir les passagers ». « L'aéroport est prêt dans le sens où son emplacement géographique est idéal, vu les étendues vertes qui s'y trouvent et l'absence de bâtiments et d'immeubles alentour », explique-t-il à L'Orient-Le Jour. « La direction du vent dans la région de Qleyate est des plus convenables au vol, et les terrains côtoyant l'aéroport peuvent être facilement acquis par l'État puisqu'ils ne relèvent pas de biens privés », poursuit l'architecte.

C'est dans ce sens-là que « tout est prêt » pour la réactivation de l'aéroport. « Sinon, les bâtiments qui existent déjà doivent être complètement démolis et reconstruits à nouveau », affirme M. Ibrahim. Combien coûterait sa reconstruction et sa réhabilitation ? « Nous n'avons pas des chiffres bien précis, mais le montant s'élève aisément à un minimum de 150 millions de dollars », répond-il. Quant aux obstacles dus à la guerre syrienne et la proximité de l'aéroport de ces frontières, M. Ibrahim assure que l'aviation civile pourrait opter pour de nombreuses autres trajectoires pour éviter de pénétrer dans l'espace aérien syrien.

 

 

 

Pour mémoire

Abboud réitère l’urgence de réhabiliter l’aéroport de Kleiate

 

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