Une installation d'un artiste germano-syrien composée d'autobus dressés à la verticale pour rappeler les souffrances des Syriens d'Alep a été inaugurée hier à Dresde (est de l'Allemagne) sous les huées de sympathisants de la droite anti-islam. « Dégage ! » ont crié des manifestants à l'adresse de Dirk Hilbert, le maire de cette cité d'ex-RDA, berceau du mouvement islamophobe Pegida. L'édile, défenseur du projet artistique, fait l'objet de menaces et a été placé sous protection policière. Des huées ont été entendues ainsi que des harangues telles que « traîtres à la patrie » (« Volksverräter »), un mot longtemps resté tabou en Allemagne, car relevant de la rhétorique nazie, ont rapporté des médias locaux. Lundi soir déjà, des sympathisants de Pegida s'étaient massés devant l'installation en cours de montage. Selon un journal local, un homme avait hurlé « art dégénéré », une référence au IIIe Reich d'Adolf Hitler qui avait fait interdire l'art moderne. Par ailleurs, des élus locaux de la droite anti-islam et anti-« establishment » Alternative pour l'Allemagne (AfD) s'en sont pris dans un communiqué à l'artiste, « un migrant déraciné » qui participe avec ses œuvres à « une réorientation de l'Europe sous domination arabo-musulmane ».
Baptisée « Monument », l'œuvre, imposante, doit rester jusqu'à début avril devant la Frauenkirche, une église baroque presque entièrement détruite par les bombardements alliés à la fin de la Seconde Guerre mondiale et reconstruite après la chute du mur de Berlin. L'artiste s'est inspiré d'une photo prise à Alep, la deuxième ville syrienne reprise entièrement par l'armée de Bachar el-Assad en décembre à l'issue de violents combats. Le cliché, qui a fait le tour du monde, montre trois carcasses de bus érigés à la verticale par des Alépins pour se protéger des tirs de snipers. « La photo m'a beaucoup ému », a confié l'artiste né à Damas en 1984 d'une mère allemande et d'un père syrien. L'installation « n'est pas directement une copie de cette barricade de bus à Alep, mais un mémorial (...) qui rappelle la guerre et les expulsions, et veut promouvoir la paix », a-t-il ajouté sur les ondes de Deutschlandradiokultur. L'artiste, ancien étudiant en arts plastiques à Dresde, a expliqué que son projet devait « nous rappeler à quel point nous nous sommes battus pour reconstruire les villes » détruites par la Seconde Guerre mondiale, dont Dresde est l'un des exemples les plus frappants.
Dans son discours inaugural, le maire de cette ville d'un demi-million d'habitants a assuré que l'œuvre de Manaf Halbouni était « un grand enrichissement » sous les « bravos » d'autres manifestants. Sebastian Kahnert/AFP


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