L’édito de Ziyad MAKHOUL

Bannon à Baabda

L’édito
06/02/2017

On n'applaudit pas un ténor, fût-il Luciano Pavarotti ou Jonas Kaufmann, parce qu'il s'est raclé la gorge avant de chanter. Ce n'est pas parce que les institutions libanaises sont enfin toutes pourvues qu'il faut se réjouir benoîtement et se taire ; pas parce que le palais de Baabda a enfin un locataire et que l'équilibre confessionnel est (en apparence) préservé qu'il faut faire comme si tout allait bien.

Le 7 février, après-demain, Michel Aoun fêtera ses 100 jours à la première magistrature du très fatigué (et fatigant) État libanais. À la bonne heure. Ces cent jours de grâce quasiment terminés, le constat est simple : comme de bien entendu, comme prévu, le président Aoun n'a pas attendu longtemps pour que l'ADN, implacable, prime, et qu'il commence à se noyer dans un pseudogaullisme de supermarché. Et tant pis, encore une fois, une énième fois, pour cette serpillière visiblement inusable qu'est devenue, depuis longtemps, la Constitution libanaise...

Il avait pourtant bien commencé, M. Aoun. Une neutralité, un silence, un centrisme, qui seyaient parfaitement à l'habit présidentiel ; une retenue courtoise, urbaine même, dont les Libanais avaient rarement été témoins. Durant ces trois premiers mois, il avait aussi demandé au procureur général près la Cour de cassation de se saisir du dossier d'un réfugié syrien, qui avait accusé, relayé par Human Rights Watch, des soldats de l'armée et des éléments des FSI de l'avoir torturé. Enfin, surtout, il avait consacré sa première visite officielle à l'étranger à des pays du Golfe, et plus particulièrement à une Arabie saoudite avec laquelle le (très marié) tandem aounisto-hezbollahi entretenait des relations plus que houleuses.

Et puis... Et puis est advenu ce refus tonitruant de signer le décret de convocation du collège électoral, la date limite étant le 21 février, si les différentes parties ne s'entendaient pas sur une nouvelle loi électorale. Il est évident, en se basant sur plusieurs critères, que la loi de 1960 amendée, qui a régi les dernières législatives en 2009 et que M. Aoun avait ardemment défendue, pourtant, à son retour d'exil, ou une nouvelle (auto)prorogation du mandat de l'actuelle Chambre, seraient désastreux. Mais il est impensable et inadmissible qu'un chef de l'État s'amuse, en fonction de son bon plaisir, à revêtir ses habits de chef de parti et à claironner qu'entre la prorogation et le vide, je choisis le vide. Impensable et inadmissible que le clan aouniste soit à ce point convaincu que le discours d'investiture de son champion et la déclaration ministérielle priment sur (ce qui reste de) la Constitution. Surtout que M. Aoun s'est toujours fait fort de lire, comprendre et interpréter ce texte fondamental à sa manière, ne serait-ce qu'entre la dissolution de la Chambre en 1989, le boycottage pendant plus de deux ans des séances parlementaires dédiées à l'élection d'un successeur à Michel Sleiman, ou ses annonces passées et répétées sur la nécessité de faire élire le chef de l'État par le peuple.

Le problème n'est pas tant Michel Aoun, qui, son rêve de toute une vie enfin réalisé, sait plus ou moins bien les contraintes qu'impose le fauteuil de Baabda. Le problème, aujourd'hui bien plus qu'hier, est son aréopage de lieutenants en général, et l'un d'eux en particulier (à chacun son Steve Bannon, l'âme damnée du président américain Donald Trump...), qui aurait assuré récemment, en commission parlementaire, qu'il allait tout faire pour empêcher qu'un chef de parti bien précis ne soit représenté dans le futur hémicycle...

Dans un pays entièrement fondé, à tort ou à raison, sur la démocratie consensuelle, faire en sorte qu'une loi électorale éminemment consensuelle, elle aussi, voit le jour, est un devoir absolu de président de la République, garant de la Constitution. N'en déplaise au(x) Steve Bannon libanais.

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