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Moyen Orient et Monde - Éclairage

De la Grande Guerre au Penelopegate, les plumes acérées du « Canard enchaîné »

Les hommes politiques sont les cibles préférées du journal satirique, mais demeurent de fidèles sources pour ses journalistes.

L’hebdomadaire satirique français a une nouvelle fois frappé, en dévoilant l’affaire du « Penelopegate ». Chritophe Archambault/AFP

Avec sa maquette surannée et ses blagues de comptoir, l'hebdomadaire français Le Canard enchaîné, bête noire des politiques, aurait pu être emporté par internet. Le Canard enchaîné est en effet l'un des derniers journaux au monde à refuser de paraître en ligne. Mais le Penelopegate a de nouveau prouvé son savoir-faire dans l'investigation.
Mardi, des partis politiques avaient envoyé leurs représentants faire le pied de grue devant le siège du journal à Paris pour se procurer plus rapidement ses nouvelles révélations sur Penelope Fillon, l'épouse du candidat de la droite à la présidentielle, soupçonnée d'emplois fictifs.
Pour ce grand ancien de la presse française, né en 1915, l'affaire Fillon tombe à pic : les ventes ont baissé à environ 400 000 exemplaires en 2015, contre 500 000 en 2010. Le numéro de mercredi, vite épuisé, devrait se vendre autour des 500 000 copies. Faire trembler le pouvoir n'était pas le destin initial de ce journal centenaire, une gazette antimilitariste née en pleine Première Guerre mondiale. Se voulant « satirique », il a longtemps privilégié raillerie et « râlerie ». C'est au début des années 70 qu'il entame une mue vers le journalisme d'enquête, raconte son ancien rédacteur en chef Claude Angeli dans Les Plaisirs du journalisme, chez Fayard. Tout en gardant un ton de chansonnier pour raconter dérives ou délits.

Toujours dans l'opposition
Grâce à toute sorte de sources – policiers, diplomates, hommes des services secrets, juges, journalistes, politiques, hommes d'affaires et ce que l'on appellerait aujourd'hui des lanceurs d'alerte –, il restera longtemps le seul à sortir les scandales qui font trembler les puissants. Jusqu'à ce que d'autres journaux comme Le Monde, ou plus récemment le site Mediapart, se placent eux aussi sur ce terrain.
Avec Mediapart, Le Canard est le seul à être demeuré indépendant : sans publicité, il appartient à ses actionnaires journalistes. Son trésor de guerre de plusieurs dizaines de millions d'euros le met à l'abri de toute pression financière. Sa petite rédaction, qui a recours à de nombreux pigistes, est généralement très secrète. Mais la liste de ses faits d'armes est longue, qui ont récemment contraint à la démission plusieurs ministres, comme Hervé Gaymard (2005), après les révélations sur son luxueux duplex payé aux frais de l'État, ou Michèle Alliot-Marie pour des vacances en Tunisie peu avant la chute du président Zine el-Abidine Ben Ali (2011). Et il n'a perdu qu'une poignée de ses nombreux procès, dont l'un pour une photo des fesses de l'ancien dirigeant de l'extrême droite, Jean-Marie Le Pen.
« Le Canard n'est ni de droite ni de gauche, il est d'opposition », résume l'une de ses plumes, Erik Emptaz, dans un documentaire diffusé vendredi soir sur Paris Première.
Les politiques sont à la fois les cibles du Canard, ses plus fidèles lecteurs et parfois ses informateurs. « On se précipite vers la page 2 », celle de La Mare aux canards, des brèves indiscrètes, sourit l'ex-ministre de droite Roselyne Bachelot. « Il m'est arrivé de leur raconter des anecdotes », a-t-elle confié dans ce documentaire. Le président François Hollande était même surnommé « le petit rédacteur en chef du Canard » quand il était à la tête du Parti socialiste. Quand un politique est dans le viseur du Canard, « on suit ça comme une sorte de mise à mort, reconnaît Roselyne Bachelot. Mais je n'ai jamais eu le sentiment d'une injustice. »
« Le pouvoir fait tourner la tête et on pense qu'on peut tout faire et que ça ne se saura pas. Mais tout finit par se savoir », avertit Jean-Louis Debré, ancien ministre de droite et ex-président du Conseil constitutionnel. Pour le député écologiste Noël Mamère, qui fut journaliste et est un fidèle lecteur, « le Canard ne sort jamais d'enquête qui peut mettre en péril la vie d'un responsable politique sans avoir vérifié et revérifié. C'est l'anti-réseaux sociaux ».

Laurence BENHAMOU/AFP

Avec sa maquette surannée et ses blagues de comptoir, l'hebdomadaire français Le Canard enchaîné, bête noire des politiques, aurait pu être emporté par internet. Le Canard enchaîné est en effet l'un des derniers journaux au monde à refuser de paraître en ligne. Mais le Penelopegate a de nouveau prouvé son savoir-faire dans l'investigation.Mardi, des partis politiques avaient envoyé leurs représentants faire le pied de grue devant le siège du journal à Paris pour se procurer plus rapidement ses nouvelles révélations sur Penelope Fillon, l'épouse du candidat de la droite à la présidentielle, soupçonnée d'emplois fictifs.Pour ce grand ancien de la presse française, né en 1915, l'affaire Fillon tombe à pic : les ventes ont baissé à environ 400 000 exemplaires en 2015, contre 500 000 en 2010. Le numéro de...
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