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Liban - Décryptage

Le Hezbollah veut aider ses alliés dans les autres communautés

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Au sein de la commission quadripartite chargée de l'élaboration d'une nouvelle loi électorale, le représentant du Hezbollah, Ali Fayad, est considéré comme une voix d'apaisement, voire un modérateur. C'est d'ailleurs lui, avec le représentant du président de la Chambre, Nabih Berry, le ministre Ali Hassan Khalil, qui a rejeté la formule présentée par le ministre des Affaires étrangères après les multiples amendements qui y ont été apportés, à la demande notamment du courant du Futur. Avec sa diplomatie habituelle, M. Fayad a d'ailleurs insisté hier sur le fait qu'aucun projet n'a été totalement rejeté, ajoutant que la commission travaille sur différentes idées, chacune tirée d'un projet, pour aboutir à un ensemble cohérent qui tienne compte de « la réalité libanaise ». Ali Fayad a même résumé les critères sur lesquels est basée la position du Hezbollah au sujet du projet de la loi électorale par les points suivants : tenir compte des appréhensions de Walid Joumblatt, inclure toutes les parties et assurer une représentation équitable. Ce que M. Fayad ne dit pas mais que le Hezbollah souhaite en douce, c'est que les alliés de ce parti au sein de toutes les communautés puissent accéder au Parlement. D'où l'insistance de la formation chiite pour l'adoption du mode de scrutin proportionnel.

Selon les prévisions, le Hezbollah et Amal pourraient perdre quelques sièges au niveau de la représentation de la communauté chiite dans le cadre de la proportionnelle. Si le courant du Futur et le 14 Mars en général étaient vraiment sérieux dans leur volonté de renforcer les parties chiites hostiles au Hezbollah, ils auraient dû opter pour ce mode de scrutin qui est actuellement le seul moyen de faire arriver au Parlement des personnalités chiites ayant une certaine popularité au sein de la communauté. Car jusqu'à présent, les chiites hostiles au tandem Hezbollah-Amal au Parlement ne sont que deux : Okab Sakr et Ghazi Youssef qui n'ont aucune légitimité au sein de leur communauté. Mais pour le courant du Futur et ses alliés, faire perdre deux ou trois sièges au tandem chiite est moins important que de perdre une partie de la représentation sunnite et chrétienne. C'est pourquoi ils rejettent la proportionnelle. Par contre, le Hezbollah préfère perdre deux ou trois sièges chiites, mais gagner des sièges sunnites, druzes et chrétiens pour ses alliés. Ce souci s'inscrit dans la ligne stratégique du parti qui souhaite étendre son influence à l'ensemble des composantes du tissu social libanais pour déjouer d'éventuelles nouvelles tentatives de l'isoler sur la scène libanaise. Le reproche non formulé qui a été ainsi fait par le Hezbollah au projet mixte présenté par le représentant du CPL (Gebran Bassil) était justement qu'il maintenait l'hégémonie de Walid Joumblatt sur les druzes de la montagne en faisant de Aley et du Chouf une même circonscription (une des conditions posées par M. Joumblatt qui considère que ce sont les seules circonscriptions où le poids des voix druzes est déterminant, sachant qu'à Aley, ils sont majoritaires, alors qu'au Chouf, les électeurs chrétiens sont plus nombreux. Mais si ces deux cazas sont mis ensemble, les druzes deviennent plus nombreux que les chrétiens), avec toutefois un mode de scrutin proportionnel, puisque les druzes y sont certes majoritaires mais n'ont pas 65 % des électeurs inscrits. De même, le projet maintenait l'hégémonie du courant du Futur à Beyrouth et dans la Békaa à travers la décision de faire de Zahlé et de la Békaa-Ouest une même circonscription. Au Liban-Nord, le projet au niveau des circonscriptions est en faveur du courant du Futur, puisque Tripoli et Minieh-Denniyé sont une seule circonscription (ce qui défavorise Fayçal Karamé et bien sûr Achraf Rifi) et le Akkar une autre. Le souci de M. Bassil était en réalité de rassurer principalement le courant du Futur et aussi M. Joumblatt, pour éviter qu'une partie politique ne se sente exclue. Mais en fait, il a mécontenté beaucoup de parties, rendant aléatoire l'introduction du mode de scrutin proportionnel par le découpage des circonscriptions.

En dépit de ce constat, les différentes parties insistent pour dire que les discussions n'ont pas abouti à une impasse. Le représentant du Hezbollah a même précisé qu'il a senti chez toutes les parties une volonté de poursuivre les discussions et d'aboutir à une formule acceptable. Beaucoup d'idées sont actuellement à l'étude, alors que les membres de la commission font preuve d'une grande discrétion sur les détails des nouveaux projets pour éviter de nouvelles surenchères si la discussion devenait publique. Mais les différentes parties politiques gardent en tête la menace du président qui a répété ces derniers jours qu'il refuse et la prorogation du mandat du Parlement, et le maintien de la loi actuelle. C'est un peu comme s'il disait : soit une nouvelle loi électorale est adoptée, soit ce sera le vide institutionnel. Exactement comme il a déclaré pendant des mois, avant l'élection présidentielle : soit un président fort, soit le maintien de la vacance à la tête de l'État !

 

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