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Culture

La beauté cachée des ruines du Holiday Inn et de la tour Murr

Photomed 2017

Les travaux de Sirine Fattouh et Nasri Sayegh autour de la poétique des ruines ont décroché respectivement les 1er et 2e prix.

01/02/2017

La poétique des ruines à Beyrouth. Tel était le thème du concours proposé par le Festival de la photographie méditerranéenne, Photomed/Institut français du Liban. Sirine Fattouh et Nasri Sayegh ont remporté respectivement le premier et le second prix.

Le jury du concours Photomed Liban/Institut français du Liban, composé de Philippe Heullant (président de Photomed), Guillaume de Sardes (directeur artistique de Photomed Liban) et Richard Dumas (photographe), a annoncé les résultats à l'Institut français du Liban à Beyrouth en présence de Véronique Aulagnon, directrice de l'Institut français; d'Éric Lebas, attaché culturel auprès de l'ambassade de France au Liban; Serge Akl, vice-président de Photomed, et Tony Hage, trésorier de Photomed.

Ayant décroché le premier prix, Sirine Fattouh aura l'opportunité d'exposer son travail dans le cadre du prochain Festival Photomed en France, en mai 2017. Quant à Nasri Sayegh, à qui a été décerné le 2e prix, ses photographies bénéficieront d'une exposition à la galerie de l'Institut français en septembre 2017.

Vestiges et reconstruction
Sirine Fattouh n'en est pas à son premier coup d'essai. Sur son site, www.sirinefattouh.com, la liste de ses diverses expositions défile et épate. L'artiste libanaise, qui vit à Beyrouth et à Paris, a déjà exposé ses œuvres dans de nombreux pays: au Liban et en France bien sûr, mais aussi en Grèce, aux Émirats arabes unis, aux États-Unis, en Allemagne... Le répertoire de ses projets va de la vidéo à la photo, en passant par les arts plastiques. L'artiste y examine les conséquences de la violence et des déplacements sur les identités des individus.

Concernant le concours Photomed, le thème était imposé. «Il portait sur la poétique des ruines à Beyrouth, explique l'artiste. J'ai proposé deux séries de photographies, l'une en noir et blanc et l'autre en couleur. Depuis quelques années, je m'intéresse au thème de la reconstruction. J'ai donc aussi proposé des photographies en lien avec cette thématique.»

L'œuvre lauréate, un projet de longue date, atteste ses dires. «Depuis 2005, je n'ai cessé de photographier Beyrouth, ses rues, son architecture et ses ruines. Les photographies que j'ai proposées sont en lien avec cette démarche enclenchée depuis 2005. La période traitée se situe entre 2015 et 2016. J'y montre la dynamique de la ville à travers ses chantiers, ses ruines et ses paysages.» Notamment une belle photo du Holiday Inn, carcasse fantomatique portant les stigmates de la guerre, dont elle a été l'un des premiers témoins et victimes. Mais entourée aussi d'un monticule de sacs de poubelle, témoin d'un scandale sanitaire qui perdure.

À la question de savoir s'il y a un quelconque message politique, social ou culturel derrière ses œuvres, Sirine Fattouh répond par la négative. «C'est ma perception que je propose aux regardeurs.»
Grâce à ce prix, l'artiste espère une plus grande visibilité de son travail artistique.

La tour Murr, inlassablement
Le deuxième prix du concours Photomed 2017 revient à Nasri Sayegh. Cet artiste libanais, qui fait des allers-retours entre Beyrouth et Berlin, a proposé une série intitulée Mes nuits sont plus amères que vos jours.

«Je paraphrase sciemment le titre du film d'Andrzej Zulawski (et d'abord du roman de Raphaële Billetdoux), Mes nuits sont plus belles que vos jours, note-t-il. Pour sa poésie d'abord; ensuite pour sa vérité. Du moins la mienne. Les nuits de Zulawski sont plus belles certes. Les miennes aussi. Plus belles mais aussi, par moments, plus amères. Cette amertume qui racle la gorge, entêtée. Nuits beyrouthines faites d'écriture, de pérégrinations imaginaires. Tenter de me perdre dans une ville que je connais sur le bout du volant pour me retrouver sans cesse devant la tour Murr, relique de nos inciviles guerres. Trace indélébile, érectile dans une ville d'oubli d'où émane les effluves d'une amnésie pestilentielle.»

Et c'est cette tour qui obsède l'artiste. Elle est au cœur de son travail. «J'ai commencé à capter ces images sans le savoir, sans le vouloir vraiment, explique Nasri Sayegh. Comme pour beaucoup de Libanais, la tour Murr porte en elle toutes sortes de fantasmes, de craintes, de souvenirs. Pour certains, elle est simple repère géographique, pour d'autres, profond traumatisme, blessure historique. Pour moi, elle constitue tout cela à la fois; une sorte de trop plein sémantique (ou de vide de sens?). Mon travail, qui finalement n'en est pas un, est un processus naturel de développement photographique. Depuis bientôt deux ans, presque toutes les nuits, je tente de m'approcher de la tour au volant de ma voiture et de voler des clichés.»

«Mon travail n'est jamais intentionnel, orienté, voire porteur de message, précise l'artiste. À chacun de créer sa propre histoire, son propre sentiment. Mes nuits sont plus amères que vos jours est le résidu, la trace photographique, le compte rendu, le journal de bord non écrit de mes solitudes nocturnes.»
«Ce prix, que je dois à la folie de Messieurs Richard Dumas, Guillaume de Sardes, Philippe Heullant, Éric Lebas, Serge Akl et à Madame Cynthia Kanaan, me conforte, en quelque sorte, dans la mienne !»
conclut Nasri Sayegh.

*Le Festival Photomed 2017 se prolonge jusqu'au 8 février et présente les œuvres de photographes internationaux et libanais dans différents endroits de Beyrouth.

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA BEAUTE DANS LES DECOMBRES N,EST CLAIRE ET DOUCE QUE DANS LES YEUX SOMBRES...

Remy Martin

L'art Libanais va-t-il un jour prendre la tangeante de la thematique de guerre, de destruction, de desolation, de douleur et de rêves brisés. 40 ans déjà, n'est-il pas temps de changer son angle de vue ... ? Get a life, comme disent les Chinois !

M.V.

mettre en scène la "poétique" ? de cimetières verticaux ... relève de la récup. poisseuse et facile , des symboles de la guerre...

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