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Culture

Dix clichés, dix émotions, et une mosaïque d’humanités

Beirut Art Fair J-7

Dans une semaine, la Beirut Art Fair ouvre ses portes. Parmi les participants à découvrir : 10 photographes en lice pour le Byblos Bank Award et qui exposent chacun une image qui chuchote, parle ou crie son histoire.

Zéna ZALZAL | OLJ
10/09/2015

Pour la quatrième année consécutive, en association avec la Beirut Art Fair, le Byblos Bank Award déniche des talents photographiques. Ce prix décerné annuellement, au dernier jour de la BAF, à un lauréat unique par la banque mécène offre l'opportunité à un bouquet de jeunes photographes de montrer leurs travaux. D'abord à un jury d'experts. Lesquels, sur la foule de candidats (90 pour la cuvée 2015), procèdent à une première sélection. Puis, au grand public, grâce à l'exposition des projets retenus au sein de la foire*. Pour cette 4e édition, 10 finalistes sont en lice. Les œuvres qu'ils présentent (sans thème prédéfini) forment une belle mosaïque d'univers, de préoccupations, de techniques et d'images narratives. Ils nous racontent chacun sa photo.

Charles Assaf a élaboré, à partir d'un montage de plusieurs images, une composition surréaliste intégrant un paysage urbain miniaturisé dans une ampoule géante... aux racines ancrées dans un champ. Alerte écologique et dénonciation d'un Divorce avec la nature. « J'essaye de traduire dans mes photos des idées et des concepts abstraits, d'interpeler les spectateurs sur des sujets personnels ou des problèmes collectifs et de représenter le monde d'une manière inhabituelle », explique-t-il.

Yara Bsaibes a immortalisé une employée de maison dans son univers le plus privé : sa petite chambre. « On évoque souvent les problèmes de maltraitance des travailleuses domestiques au Liban», déplore la jeune femme qui veut montrer une autre... image. Celle, «plus commune, de femmes bien traitées, heureuses de travailler comme aide dans des maisons et d'obtenir ainsi les moyens de réaliser leurs rêves tangibles d'avenir. »

Tarek Haddad a intitulé sa photo de boîtes empilées dans un caisson Syndrome de stockage discutable. « Parce que, dit-il, je cherchais à comprendre pourquoi mes parents se montrent si fortement attachés à des objets insignifiants. Des objets qui ont survécu à nombre de séances de nettoyage et de tentatives de s'en débarrasser. Et finalement, je trouve que cette image véhicule mélancolie, réminiscence et sentiment de sécurité... »

Lina Hassoun développe, pour sa part, au moyen de la photo son « expérience émotionnelle plutôt que la réalité physique ». Avec des lentilles qu'elle a elle-même conçues, elle crée, à partir d'objets et de matières qui retiennent son attention, des représentations floues. Comme des images de l'inconscient.

Lara Karam exprime dans Saudade, avec un émouvant gros plan sur de vieilles mains agrippées aux barreaux d'un lit d'hôpital, son attachement à sa grand-mère mourante, qu'elle a accompagnée dans ses derniers jours, « en famille et caméra au poing pour fixer des moments aléatoires et d'autres plus réconfortants ».

Elsn Lahoud s'infiltre la nuit, par des fenêtres ouvertes, dans les Intérieur (s) des gens. « J'ai fais une série de visuels avec des humeurs mixtes. Je voulais y exprimer ma conception personnelle du foyer idéal, en mettant en vedette, dans une imagerie documentée, le bonheur, la sécurité, l'obscurité et la fantaisie », dit-il.

Lama Mattar Bardawil portraiture dans une mise en scène aussi esthétique que disjonctée un individu tatoué. Sa façon à elle d'aborder « la notion complexe d'identité, d'appartenance sociale et de stéréotypes que la société tend à stigmatiser... ».

Mahmoud Merjan en captant le reflet du reflet d'un enfant dans un miroir cherche à « décrire la façon dont les réfugiés s'adaptent à leur lutte contre l'incertitude et l'insécurité, tout en gardant au fond d'eux l'inquiétude de ce que l'avenir peut leur réserver à mesure qu'ils grandissent de plus en plus fatigués et vulnérables ».

Nasri Sayegh présente un vaporeux visage de femme, comme des « pixels de mémoires », qu'il a baptisé Mes nuits sont plus amères que vos jours. Le jeune homme qui se définit comme « un insomniaque des mots » paraphrase « sciemment » le titre du film d'Andrzej Zulawski « pour sa poésie d'abord, ensuite pour sa vérité, dit-il. La mienne du moins. Les nuits de Zulavski sont plus belles, certes. Les miennes aussi. Voir, regarder, écouter, vivre, lire et écrire la nuit. Plus belles mais aussi, par moments, plus amères. Cette amertume qui racle la gorge, entêtée. Nuits beyrouthines faites d'écriture, de pérégrinations imaginaires. (...) Nuits amères où l'écrit se mêle à la trace photographique ou comment, humblement, par mon objectif, tenter de fixer les si rimbaldiens vertiges ».

Carmen Yahchouchy tente elle aussi de saisir l'amertume. Celle d'un destin de « femme sans crainte qui a traversé une vie de guerre et de sacrifices ». Le portrait qu'elle a fait d'une mère en deuil, révolver à la main et expression de flingueuse est parlant. « Le noir qu'elle ne quitte plus est désormais sa religion et sa défense. Plus rien n'intimide sa main pleine d'expérience, forgée par la fatigue, ses yeux hantés par la douleur de ne plus revoir son fils bien-aimé. Il n'y a que la prière et les saints qui comptent pour elle, tout le reste n'est qu'éphémère », raconte la jeune photographe visiblement en empathie avec son sujet.

 

Le top 5 de la rédaction

À en juger par la qualité des photos exposées, il ne sera pas aisé aux membres du jury d'élire le gagnant. Sans vouloir les influencer, la rédaction de L'OLJ a pour sa part choisi ses cinq favoris : Lama Mattar Bardawil (et son renversant portrait de tatoué intitulé Hady), Charles Assaf (A divorce From Nature), Carmen Yahchouchy (et sa bien nommée Victoria), Mahmoud Merjan (Reflet d'enfant dans un miroir) et Nasri Sayegh (Mes nuits sont plus amères que vos jours).

 

* Au Beirut Art Fair (Biel), stand de la Byblos Bank. Horaires d'ouverture du 17 au 20 septembre, de 15h30 à 21h30.

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