L’édito de Michel TOUMA

Cycle infernal

L’édito
Michel TOUMA | OLJ
31/01/2017

C'est bien connu. Les extrêmes se renforcent l'un l'autre et constituent, de ce fait, des alliés objectifs. Le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Jawad Zarif, ne s'y est pas trompé en soulignant ce week-end que le décret sur l'immigration signé par le président Donald Trump est « le plus grand cadeau qui aurait pu être fait aux extrémistes ».
En interdisant l'entrée aux États-Unis des ressortissants, musulmans, de sept pays considérés comme un tremplin pour le terrorisme international, le chef de la Maison-Blanche s'est engagé sur une voie qui a pour indéniable effet d'accroître dangereusement les crispations sectaires et de renforcer encore davantage l'islam radical et les courants jihadistes, d'une part, ainsi que les tendances islamophobes qui émergent un peu partout en Occident, d'autre part. Au final, cette voie empruntée par Donald Trump ne peut que stimuler un cycle destructeur de violence aveugle, comme l'illustre l'attaque sanglante, dimanche, contre la mosquée du Québec.
Indépendamment de son caractère irrationnel et contre-productif, la mesure anti-immigration prise par le président US risque fort bien de s'avérer, en outre, d'une efficacité douteuse en termes de lutte contre le terrorisme. Le jihadisme meurtrier est, par essence, une mouvance transnationale dont les exécutants ne se limitent nullement aux sept pays frappés par le décret Trump et peuvent être recrutés parmi des détenteurs de passeports occidentaux ou asiatiques, comme l'ont montré les attentats perpétrés en France ces deux dernières années ou celui qui a visé, le soir du Nouvel An, la discothèque d'Istanbul.
L'effroyable cécité politique face aux risques d'une telle montée aux extrêmes ne se limite nullement au nouveau locataire de la Maison-Blanche. Elle se manifeste aussi, malencontreusement, parmi nombre de hauts responsables politiques français, plus particulièrement au niveau de certains candidats à l'Élysée. Ceux qui font preuve, à titre d'exemple, de complaisance, voire d'empathie, envers Bachar el-Assad (et son mentor Vladimir Poutine) ne semblent pas réaliser – ou ils feignent de le faire – que le seul maintien du tyran de Damas au pouvoir a pour conséquence directe de renforcer sensiblement les courants jihadistes, qu'ils affirment eux-mêmes vouloir combattre. On ne peut pas dire une chose et faire exactement le contraire en créant une situation que l'on ne cesse de stigmatiser publiquement.
Dans le cas précis de Bachar el-Assad, l'argument – un peu trop facile – souvent avancé est qu'il n'existe pas d'alternative au régime syrien face à l'islam radical. Mais c'est vite oublier que les faits sur le terrain apportent la preuve qu'Assad et les jihadistes se renforcent l'un l'autre et sont de ce fait des alliés objectifs – comme conséquence de cette funeste montée aux extrêmes que le président Trump ne veut pas percevoir. Sans compter que l'élite syrienne, établie dans nombre de pays occidentaux, constitue un riche vivier pour une relève crédible, et nul ne pourra nous convaincre que les grands décideurs qui manipulent les ficelles à l'échelle planétaire n'ont pas les moyens – s'ils le désirent réellement – de favoriser l'émergence d'un pouvoir rassembleur et libéral en Syrie.
Plus grave encore, la ligne de conduite suivie par le chef de la Maison-Blanche et certains responsables politiques français – entre autres – suscite à plus d'un niveau une véritable crise existentielle. Prendre des mesures anti-immigration, qui se situent à la limite de la xénophobie, et faire preuve de complaisance ou d'empathie envers un régime qui n'hésite pas à massacrer son peuple à coups d'armes chimiques et de barils d'explosifs reflètent des attitudes politiques qui sont aux antipodes des valeurs et principes dont l'Occident s'est fait le porte-étendard pendant des décennies.
Il reste que si un sursaut de conscience est aujourd'hui nécessaire, il ne saurait se limiter au seul camp occidental. Il devrait commencer surtout par les grands pays musulmans – États du Golfe et l'Égypte d'al-Azhar en tête – qui sont appelés à mettre en application sans tarder une stratégie d'action et des mesures concrètes pour stopper net et éradiquer les courants jihadistes. C'est en définitive à ce niveau précis que se situe LA véritable solution de base. À défaut, les régimes tyranniques, l'extrême droite et la mouvance intégriste sanguinaire continueront à se renforcer mutuellement. Il y va, dans un tel contexte, non seulement de la sauvegarde des valeurs humanistes, mais surtout de l'image de l'islam un peu partout dans le monde.

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Soeur Yvette

Merci pour cet article cible clair...comme d'habitude

Le Faucon Pèlerin

Les critiques les plus acerbes contre Donald Trump ne servent à rien. Pourquoi ne pas appliquer la réciprocité qui consisterait à interdire d'entrer en Iran les migrants américains ?

OPTION POTION

Critiquez vous Le Héros Bashar ou bien le clown Trump, mr Touma ?

Vous savez un corps gangrené par une métastase grave, il ne peut être guéri que par l'ablation du coeur de la métastase, pas par les ramifications.

L'Egypte et les bensaouds que vous appelez au secours pour guérir ce cancer , mais rendez vous compte qu'ils sont au coeur même de cette métastase, à la différence que l'Egypte a réagi à temps. PAS LES BENSAOUDS ENCORE .

VOUS NE POUVEZ PAS L'IGNORER MR TOUMA.

HADDAD Fouad

On a vu ce que la chute du dictateur à fait en Irak, le pays a complètement basculé dans un chaos effroyable, la Libye c'est pire,l'Egypte a évité le pire avec le retour d'un dictateur militaire au pouvoir...
et vous défendez la meme solution pour la syrie...
Les faits vous donne complètement tort...

Gebran Eid

À DEFAUT ! MAIS ON EST RENDU DÉJÀ LÀ DEPUIS ....MONSIEUR TOUMA.

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