L’édito de Ziyad MAKHOUL

Mal à nos France(s)

L’édito
30/01/2017

Ce qu'André Malraux a sûrement dit, c'est que la tâche du prochain siècle, en l'occurrence le XXIe, en face de la plus terrible menace qu'ait connue l'humanité, va être d'y réintégrer les dieux. Ce IIIe millénaire est peut-être religieux, peut-être spirituel, peut-être mystique, mais il est sûrement celui de toutes les crispations. De toutes les crampes – et pas qu'identitaires. Des États-Unis, déjà trumpisés, hystérisés, jusqu'à l'os, au monde arabo-musulman, avec ses hyperconvulsions sunnito-chiites, en passant par la Russie et la Chine, et leurs fantasmes tsaristes/maoïstes, le Japon (Yukio Mishima est mort trop tôt...), et naturellement cet Occident de toutes les myopathies. De toutes les épilepsies. Et de tellement d'exit.

Au cœur de ce nouveau désordre, de ce monde-Mad Max, entre Armageddon et Babel, il y a, sans surprise(s), la France. C'est quoi la France en 2017 ? C'est quoi la France, désormais, à part cette juxtaposition belliqueuse, sanglante presque, ce mauvais voisinage, entre une chose et son contraire ? Entre le progrès et la stagnation ? Entre les ouvertures au monde et la bunkérisation ? Entre la blondeur radieuse d'une Catherine Deneuve et celle, blafarde, d'une Marine Le Pen ? Entre les éructations d'un Éric Zemmour et les mots, pérennes, d'un Pierre Bourdieu ? Entre un Benoît Hamon et un Manuel Valls, ou un François Fillon et un Alain Juppé ? Entre la paresse, toutes les paresses, et l'énergie et la fécondité (socio-économique, intellectuelle, artistique...) ? C'est quoi la France, désormais, à part ces barricades et ces barbelés, ces lignes de démarcation dressées comme autant de murs entre, finalement, rien d'autres que de véritables tribus ? C'est quoi, ces France(s) ?

La dégénérescence de ce qui (a) fait la grandeur et le triomphe de la France : son métissage, son pluralisme, sa créativité, son inventivité, sa capacité à affoler les rétines, les tympans, les narines et les neurones des humains est inouïe. En cause ? Un orchestre de facteurs : l'ère/l'air viciés, la marche du monde, les politiques et, bien entendu, les Français eux-mêmes. La France n'est plus bipolaire. Elle est tri, voire quadripolaire, et ce n'est absolument pas cette présidentielle 2017 qui pourra résorber quoi que ce soit de cette insensée schizophrénie.

Tellement crispée, tellement crampée, que voilà cette France, ces France(s), écartelée(s) entre non pas deux (ou trois, ou cinq...) visions et programmes, mais entre deux (ou trois, ou cinq...) identités. Entre deux génomes. Entre la France de De Gaulle et celle de Pompidou, la France de Pompidou et celle de Giscard, puis celle de Mitterrand, puis celle de Chirac, entre la France de Sarkozy et celle de Hollande, il n'y avait pas ce qu'il y aura à partir de mai : une altération d'ADN – bonne ou mauvaise, la question n'est pas là... Et ce ne sera pas uniquement en raison de la personne qui succédera à François Hollande à l'Élysée : la France n'est plus cimentée que par un ersatz d'union nationale.

Elle se balkanise, lentement, sûrement, cette France de tous les rêves, de tous les idéaux, de toutes les passions ; elle se libanise, même, cette France de tous les vertiges, de toutes les beautés, de toutes les racines ; elle se
(re)communautarise, pire : elle se (re)confessionnalise, cette France qui semble avoir oublié, malheureuse, ces cent et une saint Barthélémy, oublié ses 1572, arc-boutée qu'elle est, crispation sans doute ultime parce que tellement dévoyée, sur son 1789 et ses symboles.

La France est une nation qui s'ennuie, avait (pré)vu quelqu'un...

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C. F.

Après tout ce triste constat dressé de la France, vous concluez par cette citation, ""La France qui s’ennuie…"" et je pourrai ajouter une autre citation, de Philippe Sollers ""La France moisie…"" etc, etc.
La France s’est ennuyée, parfois même anesthésiée. A chaque législature son lot de violence, d’attentats. Mais depuis le "Bataclan", une cassure est en place, et qui n’a rien de drôle ! pour qu’on s’ennuie...

Le Faucon Pèlerin

"... S'il advient que la médiocrité marque, pourtant, ses faits et gestes, j'en éprouve la sensation d'une absurde anomalie, imputable aux fautes des Français, non au génie de la patrie."
Général de Gaulle, Mémoires de Guerre, Tome I, l'AppeL.

Chammas frederico

Quelle mutation peut subir cette France (des armes et des lois" sans perdre son âme?
Va t on confirmer cette boutade "ah qu'elle serait belle la France...sans les français"
Désastre electoral en perspective? Nous les amoureux de la France Éternelle aurions perdu "une mère"

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