Moyen Orient et Monde

À Astana, l’entente sur la consolidation de la trêve masque un échec politique

Décryptage

Après deux jours de négociations dans la capitale kazakhe, les trois parrains des pourparlers ont signé un accord de consolidation du cessez-le-feu en Syrie.

25/01/2017

Succès diplomatique ou échec sur toute la ligne ? Au terme de deux jours de négociations à Astana, les trois pays parrains des pourparlers, la Turquie, la Russie et l'Iran, sont parvenus à un accord de consolidation de cessez-le-feu, sans toutefois avoir pu être témoins du face-à-face tant attendu entre les principaux groupes rebelles et la délégation du régime syrien.

L'initiative lancée sur les chapeaux de roues par Moscou, dans le but de concrétiser les gains obtenus sur le terrain, avec la reprise d'Alep, en gains politiques, avait pour but de conduire à renforcer le cessez-le-feu signé le 30 décembre dernier. Maintes fois violée depuis son entrée en vigueur, notamment dans la région-clef de Wadi Barada, une trêve générale paraît toutefois compromise.

Lundi, aucune avancée n'a été enregistrée ni annonce tangible faite. Selon la déclaration finale adoptée hier après deux jours de discussions dans la capitale du Kazakhstan, les trois parrains des pourparlers de paix vont mettre en place « un mécanisme pour surveiller et s'assurer de la complète mise en œuvre du cessez-le-feu et éviter toute provocation ». L'envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, a assuré que l'Onu était « prête à assister (...) au développement du mécanisme trilatéral et à s'assurer qu'il aide à renforcer la qualité du cessez-le-feu ».

Pour Damas et Moscou, Astana est globalement perçue comme un succès, l'objectif premier ayant été atteint. Le principal négociateur du régime, Bachar Jaafari, s'est félicité de la réussite de « la rencontre d'Astana » qui a permis « d'atteindre l'objectif de consolider le cessez-le-feu pour une période donnée, montrant le chemin vers un dialogue entre les Syriens ». Le « groupe opérationnel » doit commencer son travail « dès février à Astana » avec pour objectif de « surveiller le cessez-le-feu », a précisé l'envoyé spécial du président Vladimir Poutine pour la Syrie, Alexandre Lavrentiev, jugeant « globalement positif » le résultat de ces négociations qui se sont déroulées selon lui en présence d'« experts militaires » russes.

 

(Lire aussi : À Astana, Moscou veut être à la fois arbitre et acteur du conflit syrien)

 

Refus de négocier directement
En revanche, peu de progrès ont été réalisés en vue d'avancer vers un règlement du conflit. « La Russie avait placé la barre assez bas, et ne se faisait pas beaucoup d'illusions sur la mise en branle des négociations politiques. Les Russes sont en train de naviguer un peu à vue, en espérant pouvoir, d'une manière graduée, mettre la pression sur Bachar el-Assad pour l'acculer à la négociation », estime Tarek Mitri, ancien ministre et directeur de l'Institut des politiques publiques et des affaires internationales à l'AUB, contacté par L'Orient-Le Jour.

Du côté de l'opposition, le verre est perçu comme à moitié vide. La déclaration finale n'a, en effet, pas été signée par les deux délégations syriennes, qui ont refusé pendant ces deux jours de négocier directement. Le chef de la délégation des rebelles, Mohammad Allouche, a accusé hier le régime syrien et l'Iran d'être responsables de l'absence de « progrès tangibles » dans les pourparlers. « La délégation de l'opposition a émis des réserves par rapport à certains points mentionnés dans le communiqué et il y a eu des amendements au brouillon.

En revanche, le communiqué final ne mentionne aucunement le départ des milices (chiites) », résume à L'Orient-Le Jour Zakaria Malahifji, conseiller politique de la brigade Fastakim, présente à Astana. L'une des conditions de l'opposition était d'inscrire ces milices sur la liste des organisations terroristes. Si Moscou semble faire preuve de bonne volonté en vue d'une résolution politique, la légitimité de Téhéran, comme garant de la trêve, est remise en question par les rebelles. « Les Russes sont soucieux de leur début de crédibilité, comme faiseurs de paix. Mais les Iraniens sont-ils tout à fait d'accord avec cette annonce de cessez-le feu, ou ont-ils donné leur accord parce qu'ils pensent que tout cela pourrait rester lettre morte, comme l'a été la résolution n° 2254 du Conseil de sécurité de l'Onu ? Tant que les modalités du cessez-le feu ne sont pas établies, le résultat de l'accord est minimal », poursuit Tarek Mitri.

 

(Pour mémoire Syrie : avec ou sans les Américains à Astana ?)

 

Manque de confiance
Dans le communiqué final, les trois signataires ont assuré qu'il n'y a pas de solution militaire à la crise en Syrie et que la solution unique sera via un processus politique fondé sur l'application de la résolution n° 2254 – adoptée à l'unanimité – du Conseil de sécurité de l'Onu. Celle-ci établit les paramètres de règlement de la crise, incluant la mise en place d'une gouvernance crédible, inclusive et non sectaire.

« Tout d'abord, en faisant cinq fois référence à la résolution 2254, Moscou tend à dire que le cadre d'une solution politique est déjà là, et qu'il n'en a pas d'autres, laissant ainsi la porte ouverte aux Américains et aux Européens. Deuxièmement, faire constamment référence à la résolution est le signe d'un désaccord entre les Russes et Assad, puisqu'il croit toujours en une solution militaire », estime Tarek Mitri. Les Russes ont par ailleurs affirmé avoir transmis aux rebelles un projet de Constitution rédigé par leurs soins afin d'« accélérer le processus ». Mais une source au sein de la délégation rebelle a assuré que ce projet avait été rejeté, les rebelles ne voulant pas en discuter. Cependant, ces derniers ont réaffirmé leur volonté de participer au second round des pourparlers qui se tiendront à Genève le 8 février prochain sous l'égide de l'Onu. « Nous sommes prêts à aller à Genève dans le cas où le cessez-le feu serait respecté et stable », confie Zakaria Malahifji.

Ce sera alors à Moscou, arbitre autoproclamé, de faire respecter les nouvelles règles du jeu, et garantir un cessez-le-feu définitif. « Est-ce que les Russes veulent, mais également, peuvent mettre la pression sur les Iraniens, mais aussi sur Bachar el-Assad ? Ce qui se passera sur le terrain durant les prochains jours sera un test de leur capacité de pression », conclut Tarek Mitri.

 

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DE LA RIGOLADE... ON SINGNE DES CESSEZ-LE-FEU... ET LA DANSE CONTINUE...

Ma Fi Metlo

Ces réunions tripartites me font penser à celles que faisaient les américains les israéliens et les pauvres palestiniens .

On connaît la fin de l'histoire, les palestiniens vivent des heures noires en ce moment.

Que les soit disant rebelles qui ne sont en fait qu'un ramassis de bactéries wahabites se rangent maintenant derrière leur vainqueur et héros Bashar avant de constater que la fin de l'histoire sera terrible pour ces pauvres " rebelles" de qui se sont foutus leurs soit disant sponsors turcosbensaouds et israelo-us depuis 2011 soit 6 ans ago .

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