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Nos lecteurs ont la parole - Ghada Jabak

À l’AIB, les adieux...

Les dernières heures sont les plus difficiles, on s'affaire, on fait semblant comme si de rien n'était, comme n'importe quel autre jour, comme n'importe quel autre soir. On leur demande si on n'a rien oublié, on revoit la to do list, on s'assure de tout, deux fois. On leur pose des questions déjà posées, façon de leur dire qu'on est là, qu'on se soucie des petits détails, qu'on est prêt à répondre à leurs petits besoins. Et les quelques heures passent d'une façon insignifiante, un petit déjeuner, des coups de fil, une soirée en famille, des adieux faits aux proches, un jour dont le rythme est normal. Ensuite, arrive le moment fatal, celui que je déteste le plus, les maudites valises à ranger. On les remplit, on les pèse, tout va bien, pour les valises, au moins. On refoule la peine, on s'affaire encore.
Et puis, c'est minuit, le trajet vers l'aéroport, la descente aux enfers. L'aéroport est bondé, il ne se trouve que des jeunes qui rentrent, « chez eux ». Triste scène. Tristes familles. Les adieux sont vite faits. On les embrasse une dernière fois. On s'est promis de ne pas pleurer (sous-entendu), de faire semblant d'être fort, de cacher sa souffrance de les laisser avec un sourire chaleureux. Il ne faut pas les peiner. Et elles ne veulent pas nous peiner. Ensuite, de retour à la maison, et dans la salle d'attente à l'aéroport, on pleure. Dehors, il pleut.
Mes petites pleurent, leurs sœurs pleurent et leur père aussi. Je ne pleure pas, j'assume mon rôle. Il ne faut pas craquer! Mais personne ne sait que j'ai pleuré sans qu'on me voie, j'ai pleuré depuis leur arrivée, je savais que je n'aurais plus l'opportunité de pleurer à leur départ. Pleurer à l'avance, que c'est difficile !
Comme c'est con de se cacher pour pleurer pour ne pas gâcher le bonheur autour duquel rôdent les adieux qui se précipitent à la vitesse de l'éclair pour nous arracher nos enfants ! J'ai pleuré tout mon saoul, toute seule.
Enfin, on s'assure qu'elles sont à bord, on continue à s'envoyer des textos jusqu'au départ. Un dernier mot, des conseils. On veut que le temps s'arrête... Décollage.
On rentre dormir, de fatigue. On rêve qu'elles sont encore dans la chambre d'à côté, mais le matin nous révèle l'amère réalité...
Cependant, tant que les adieux nous affectent, tant que nous pleurons, tout ira bien. Parce que pleurer est synonyme d'amour. Pleurer signifie que la séparation est dure. Pleurer est légitime quand on fait les adieux à nos êtres chers. « Faire le deuil » est sain. Parce que tant qu'on ne s'habitue pas aux adieux, l'absence, le vide, le manque, le déchirement du départ nous aideront à survivre dans une attente fébrile qui vaut la peine et qui efface la peine.
Demain, le soleil se lèvera, et, avec lui, la promesse des vacances. En attendant, on s'affaire et la vie continue...

Ghada JABAK

Les dernières heures sont les plus difficiles, on s'affaire, on fait semblant comme si de rien n'était, comme n'importe quel autre jour, comme n'importe quel autre soir. On leur demande si on n'a rien oublié, on revoit la to do list, on s'assure de tout, deux fois. On leur pose des questions déjà posées, façon de leur dire qu'on est là, qu'on se soucie des petits détails, qu'on est prêt à répondre à leurs petits besoins. Et les quelques heures passent d'une façon insignifiante, un petit déjeuner, des coups de fil, une soirée en famille, des adieux faits aux proches, un jour dont le rythme est normal. Ensuite, arrive le moment fatal, celui que je déteste le plus, les maudites valises à ranger. On les remplit, on les pèse, tout va bien, pour les valises, au moins. On refoule la peine, on s'affaire encore.Et puis, c'est...
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