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Liban

Dans un tunnel en construction pour l’acheminement de l’eau vers Beyrouth...

Ressources hydrauliques

La Banque mondiale et le CDR ont organisé une tournée d'information portant sur le projet d'alimentation du Grand Beyrouth par l'eau du fleuve Awali, puis par Bisri, dans la perspective de la construction du barrage, très controversé.

S.B. | OLJ
24/01/2017

Dans un tunnel sombre d'un peu plus de trois mètres de diamètre, une grosse machine chinoise est à l'œuvre, creusant la roche profondément. Les parois sont calcaires, elles seront recouvertes d'une grosse couche de béton spécial puis de PVC. C'est par ce tunnel (en tout quatre kilomètres de Joun à Wardaniyé, dans le Chouf) que passera l'eau du fleuve Awali (Sud) à son état brut, avant d'atterrir dans une station de traitement, puis de continuer le voyage sur vingt nouveaux kilomètres de tunnel jusqu'à Khaldé, pour ensuite emprunter des canalisations qui la mèneront à sa destination finale, les grands réservoirs de Hadeth et de Hazmieh. Pour atteindre les consommateurs, il lui faudra encore passer par les réseaux de distribution. Le barrage de Bisri, qui n'est pas encore en construction, mais qui a déjà de nombreux détracteurs, devrait s'ajouter à ce système en voie d'installation, et l'eau qui en provient devrait emprunter le même long chemin.

Selon le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR), qui exécute ce projet, c'est par ce biais que la capitale et ses environs seront alimentés en eau 24 heures sur 24. Le CDR participait hier à une tournée sur le terrain organisée par la Banque mondiale (BM), à l'occasion d'une visite de Guang Zhe Chen, directeur du département global de l'eau à la BM. À Wardaniyé, c'est une compagnie italienne et un sous-traitant local qui mènent les constructions. L'ambassadeur d'Italie Massimo Marotti était
d'ailleurs présent hier.

 

(Pour mémoire : Dans le Akkar, l’eau potable, facteur de convivialité avec les réfugiés)

 

Plus de 24 kilomètres du sud jusqu'à Beyrouth
À l'issue d'un voyage en train sous terre, le CDR a donc expliqué la teneur de ce projet qui devrait bénéficier, selon lui, à 1,6 million d'habitants. Élie Moussalli, chef du projet du Grand Beyrouth au CDR, a rappelé que la genèse du décret sur l'adduction d'eau du fleuve Awali jusqu'à Beyrouth date des années 70.
« Le projet du Grand Beyrouth est composé majoritairement de deux composantes : l'essentiel du réseau d'approvisionnement en eau, formé du tunnel et des canalisations, exécuté à l'initiative du CDR, et les réseaux de distribution ainsi que la station de traitement de Wardaniyé, qui sont de la responsabilité de l'Office des eaux de Beyrouth et du Mont-Liban, a-t-il indiqué.
Ce tunnel transportera dans un premier temps l'eau du fleuve Awali à Beyrouth et fonctionnera à la moitié de sa capacité, c'est-à-dire à raison de 250 000 mètres cubes par jour (soit trois mètres cubes par seconde) qui arriveront à la station de traitement, en attendant la construction du barrage de Bisri qui doublera ce débit (500 000 mètres cubes par jour). »

Les deux tunnels jusqu'à la station de Wardaniyé, puis jusqu'à Hadeth et Hazmieh, font l'objet d'un seul contrat de 200 millions de dollars financé par la BM et réalisé par la compagnie italienne Cooperativa Muratori & Cementisti di Ravenna (CMC), aidée par un sous-traitant local, Homan. Actuellement, les deux tunnels sont en construction, selon Élie Moussalli, et le chantier des canalisations devrait commencer en février ou mars. « Les canalisations se trouveront sous les routes principales qui sont très congestionnées, ce qui laisse présager des difficultés », a-t-il ajouté, évoquant également « des difficultés rencontrées lors du percement des tunnels ».

Interrogé par L'OLJ sur « ces difficultés techniques », M. Moussalli a souligné que « ce genre de problèmes est commun dans les opérations de percement des tunnels ». « Nous devons suivre des règles et des directives bien précises, comme celles de créer un système de support pour éviter l'effondrement de la structure, en tenant compte de la nature du sol, poursuit-il. Ces problèmes ralentissent parfois le rythme des travaux à l'intérieur du tunnel et rendent ce rythme inégal suivant les jours. Mais il y a des méthodes qui permettent de remédier à tous ces problèmes, somme toute communs. »
Qu'en est-il des délais d'exécution ? M. Moussalli explique que le contrat a été signé en 2015. « Comme c'est un contrat de quatre ans, nous nous attendons à ce que les travaux soient achevés d'ici à la fin de 2019 pour la phase de Awali », dit-il.

 

(Pour mémoire : L'eau potable de Beyrouth et du Mont-Liban est propre, assure l'Office des eaux de Beyrouth)

 

« Pas si polluée que cela »
Présent au cours de la tournée, Joseph Nseir, directeur de l'Office des eaux de Beyrouth et du Mont-Liban, affirme à L'OLJ que « les réseaux de distribution et les réservoirs, dont nous sommes en charge, seront terminés à la fin de 2017 ». « Quant à la station de traitement des eaux, elle sera au point vers la moitié de 2019, l'adjudication ayant déjà été effectuée », précise-t-il.

Comment peut-on simplement compter sur le traitement de l'eau sans résoudre les sources de pollution des fleuves qui alimenteront les futurs réseaux ? « L'eau qui parviendra de Awali n'est pas si polluée que cela, dit-il. L'eau acheminée vers Beyrouth parviendra aux stations de traitement, sera tout à fait épurée et du chlore y sera ajouté. » La pollution des fleuves n'est pourtant pas un secret au Liban...
Combien coûtera, dans le cadre de ce système, le mètre cube acheminé du sud vers Beyrouth ? « Nous n'avons pas calculé le coût du mètre cube, d'ailleurs tout dépendra de la quantité acheminée », dit-il. L'une des critiques du projet porte en effet sur son coût, sachant que d'autres projets fondés sur l'exploitation de puits dans des régions comme Damour n'ont pas été exécutés. « Au contraire, le Liban exploite bien trop peu son eau superficielle, pas plus de 6 %, alors que dans les pays voisins, cette exploitation atteint le taux de 80 % et plus », souligne-t-il.

M. Nseir ne se prononce pas à proprement parler sur le barrage de Bisri étant donné que son institution n'est pas impliquée dans sa construction, soulignant simplement que « tout projet a des désavantages, mais celui-ci présente beaucoup plus d'avantages ». Le projet du barrage de Bisri, rappelons-le, soulève une vive opposition du fait de sa position géographique dans le périmètre d'une faille géologique majeure et sur un sol calcaire poreux.

 

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