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Liban

Le mouvement de contestation civile reprend du poil de la bête

Loi électorale

Trente-huit ONG marcheront, demain dimanche, en direction du Parlement pour réclamer la proportionnelle et des réformes.

21/01/2017

Le compte à rebours a commencé. C'est dans exactement un mois que le ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, doit convoquer le corps électoral pour pouvoir organiser les élections législatives à temps, soit en mai prochain. C'est ce qui a poussé les membres d'un réseau issu de la société civile à se regrouper dans le cadre d'une nouvelle campagne intitulée « Un Parlement pour tout le Liban ».

Le réseau regroupe des organisations telles que la Lade (Lebanese Association for Democratic Elections), la LTA (Lebanese Transparency Association), la Fédération des handicapés, le Conseil libanais de la femme, des syndicats sectoriels et plusieurs autres groupes à l'origine du mouvement de contestation civile né dans la foulée de la crise des déchets. En tout, trente-huit ONG qui ont décidé de se constituer en front uni pour formuler des revendications en matière électorale.

Annoncée depuis plusieurs jours dans la presse et sur les médias sociaux, la campagne vise à rappeler à l'ordre les responsables politiques, en réclamant la tenue des législatives à temps et l'adoption des réformes susceptibles de garantir une consultation démocratique et transparente.

En tête de cette liste de réformes, que la société civile réclame depuis des années, les bulletins préimprimés, le quota féminin (jusqu'à concurrence de 30 pour cent au moins de femmes au Parlement), la mise en place d'une commission indépendante, chargée de superviser l'opération de vote et l'organisation de la communication électorale par le biais notamment de la définition d'un plafond pour les dépenses durant les campagnes, une mesure qui nécessite la levée du secret bancaire pour les candidats en lice.
« Cela fait plus de six ans que la classe politique tergiverse aussi bien en matière de réformes que sur la nature de la loi électorale à adopter », commente Zeina Hélou, la secrétaire générale de la Lade, en soulignant la lassitude et le ras-le-bol des citoyens.

 

 

 

 

Mobilisation
Pour faire entendre leur voix, les collectifs ont décrété une marche de protestation demain dimanche avec pour point de départ le ministère de l'Intérieur, les participants devant ensuite converger vers la place de l'Étoile pour formuler leurs revendications.

« Outre les réformes que nous n'avons cessé de réclamer depuis des années, nous souhaitons que soit adoptée une nouvelle loi fondée sur la proportionnelle et appliquée à de grandes circonscriptions comprenant 20 sièges, avec en tout cinq ou six circonscriptions sur l'ensemble du pays », poursuit la secrétaire générale de la Lade. « Il est hors de question pour nous d'accepter la loi de 1960 même si elle devait subir des retouches », soutient à son tour Dunia Taan, responsable du comité juridique au sein du Conseil libanais de la femme, une fédération qui regroupe 150 associations.

De l'avis des tenants de ce projet de réforme, la proportionnelle appliquée aux grandes circonscriptions est « le mode de scrutin qui garantit le mieux le dépassement progressif du système confessionnel et contribue largement à l'atténuation du clientélisme » que favorisent généralement les petites circonscriptions.
« L'introduction d'une nouvelle loi va permettre la recomposition du pouvoir et l'accès progressif d'une nouvelle élite qui œuvrera à la consolidation des institutions de l'État et l'introduction progressive des réformes souhaitées au niveau du pouvoir », commente Mme Hélou. « En somme, il s'agit de modifier toute la dynamique électorale en permettant l'accès à l'hémicycle de nouveaux partis et formations », souligne-t-elle.

Pour Mme Taan, l'objectif est de donner enfin aux petites formations indépendantes – que le système actuel a longtemps marginalisées et écartées du pouvoir – la chance d'être représentées sans pour autant dépendre des bulldozers des forces politiques traditionnelles.

 

(Lire aussi : Machnouk entame les préparatifs des élections, sur la base de la loi en vigueur)

 

Ni Hezbollah ni Amal
Les participants à cette campagne civile tiennent toutefois à rappeler que le système électoral qu'ils défendent ne rejoint en rien celui dont se font le chantre le Hezbollah et Amal, qui, eux, réclament essentiellement la proportionnelle appliquée à la circonscription unique.

Pour la société civile, le projet qu'elle défend est destiné à parvenir à des objectifs à moyen et long terme, à savoir la recomposition du pouvoir par le biais d'une représentation juste et équitable, et la consolidation de la citoyenneté. La campagne « Un Parlement pour tout le Liban » ne vise par conséquent aucun « objectif idéologique », allusion faite à la rhétorique adoptée par les deux formations chiites.

Il reste à voir quelle sera l'ampleur de la mobilisation et dans quelle mesure l'appel des organisateurs – lancé par les ONG aux quatre coins du pays – sera entendu par les citoyens. Gagnés par la lassitude suite aux échecs successifs des mouvements de contestation civile, le défi sera de faire sortir les citoyens de leur torpeur.

 

Aspiration au changement
Chargé de l'Association de la jeunesse tripolitaine, Rima Adhami, avocate et professeur universitaire, est convaincue qu'un nombre important de jeunes viendra rejoindre la marche. « La nouvelle génération est motivée dès qu'on lui offre l'opportunité. Les mécontents sont nombreux et les aspirations au changement sont de plus en plus présentes parmi les jeunes », croit savoir la juriste.

Plus pessimiste, Bilal Matar, ancien candidat aux élections municipales de Tripoli, estime que la grogne est au rendez-vous, certes, mais le cadre et la structure pour la canaliser n'y sont pas. « Les gens sont en effet désabusés, mais n'ont plus la force ni l'espoir de faire évoluer les choses », dit-il.

 

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