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Théâtre

« Je ne suis pas seulement une chatte : je suis une entité »

Femmes nubiles et volubiles, femmes libérées et bafouées, femmes faciles et frigides... Leila est toutes celles-là et aucune à la fois. L'actrice trentenaire et désabusée jouée par Nelly Maatouk, qui tient la salle dans un monologue d'une heure et demie en arabe, se présente à un casting et dresse une rétrospective fragmentée de sa vie délitée. À travers ses errances se retrouve la tension de chaque femme qui a déjà lutté pour se sentir exister. Cru et désarmant de sarcasme, le texte mis en scène par Michel Jabre est l'histoire de la descente dans l'abîme d'un corps. Un corps nu que l'on regarde dans le miroir pour le voir comme lors de la première fois, un corps perdu de n'avoir jamais été trouvé, un corps distendu par une boulimie insatiable. Le sexe et la nourriture sont les deux tabous de l'actrice, qui plonge de l'un à l'autre pour mieux contempler son naufrage.

Mal aux corps
Le corps est envisagé par Michel Jabre comme un canevas d'expressions désespérées, strié de sutures qui ne se fermeront plus. Le plaisir de Leila est une fuite en avant dépourvue de désir. Toute sa vie, la mangeuse d'hommes a croqué la vie à pleines dents pour la régurgiter ensuite. Son existence est une provocation systémique à l'encontre de tous les rôles qu'une femme est amenée à jouer en s'oubliant elle-même : fille docile, mère tendre, amante désirée. Sa soif de liberté l'aliène et la grise; enceinte et lasse de porter ses deux enfants, elle les expulse par jeu au terme du sixième mois.
«Je ne suis pas seulement une chatte: je suis une entité», proclame-t-elle dans un rire sardonique. Nelly Maatouk, en velours rouge et chevelure vaporeuse, fait résonner en Leila l'amusement tragique d'une femme qui sourit de voir sa vie à ce point gâchée. Elle-même ne semble plus savoir si elle a mal à son propre corps ou aux corps de ceux qu'elle entraîne dans sa chute.

Vie héroïque
La pièce explore également la consommation de drogue chez les jeunes Libanais après la guerre civile. Les paradis artificiels de Leila s'achètent au gramme dans la vallée de la Békaa, ses vices se fument dans des soirées qui n'ont d'héroïques que les rush vertigineux et les pluies de poudre brune. Puisqu'elle n'arrive pas à se plaire, elle fera tout pour se détester. Son autodestruction esquisse des pas de danse sur du reggae, se nourrit de Sade, Camus et Kundera, revendique le droit de préférer le rire désespéré d'un Mozart au romantisme éploré d'un Beethoven. Elle n'est jamais obscène, car elle touche son public. Il y a de l'empathie devant la détresse de cette âme exhibitionniste, qui vomit ses tripes avec tant de délicatesse. «Je pense que chaque femme peut être touchée par la pièce», déclare Michel Jabre.
Dans Kifik ya Leila se retrouve finalement l'oscillation toxique rencontrée par toutes les femmes – la difficulté de se penser au sein d'un monde qui se construit en les entendant sans les écouter.

*« Kifik ya Leila », pièce de Michel Jabre, du jeudi au dimanche à 20h30 au théâtre Monnot, jusqu'au 5 février.


Femmes nubiles et volubiles, femmes libérées et bafouées, femmes faciles et frigides... Leila est toutes celles-là et aucune à la fois. L'actrice trentenaire et désabusée jouée par Nelly Maatouk, qui tient la salle dans un monologue d'une heure et demie en arabe, se présente à un casting et dresse une rétrospective fragmentée de sa vie délitée. À travers ses errances se...

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