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Beyrouth insight

Hania Rayess Boustani : l’abstinence, son nouveau plaisir

« Abstinence : fait de se priver de certains plaisirs ou aliments. » Pas à pas, tous les jours, cette pratique, une nouvelle sagesse, un leitmotiv, a fait perdre à la designer 50 kg en une année, et gagner une nouvelle sérénité. Surtout lorsqu'elle confie : « Je suis toujours gourmande de la vie et de la nourriture. Mais j'ai appris à abandonner mes vieux réflexes. »

Hania Rayess « avant » et « après ». Photos DR

Elle aime les couleurs, les Love, Peace, Happiness qu'elle transforme en néons bien éclairés. Petites ou plus grandes lampes, personnalisées ou pas, qu'elle s'amuse à concevoir et produire depuis quelques années. Elle adore les plateaux qu'elle a créés à partir de pièces de monnaie, les cendriers et autres sous-verres qu'elle présente dans sa salle d'exposition près des Souks de Beyrouth.

Les designs de Hania Rayess Boustani, exposés également à Washington (dans le cadre de Caravan Beirut) et à Dubaï, lui ressemblent : vivants, gourmands, elle avait même lancé une ligne de sacs baptisés Smartiz ! – colorés et sans prétention. « Je prends la vie à la légère », avoue la jeune femme de 41 ans, mère de jumeaux de 2 ans. Et pourtant, depuis novembre 2015, elle semble aborder la vie, sa vie, autrement et partager avec le plus grand nombre cette nouvelle personne qui s'épanouit en elle. « J'ai toujours entamé les choses sans vraiment les achever. Pour une fois, j'ai voulu arriver au bout d'un projet. »

C'est à 40 ans, cette année entre chien et loup, comme un lent crépuscule qui cache des lendemains souvent angoissants (souvent à tort) pour une femme, que Hania Rayess décide de se prendre sérieusement en main, de grandir et d'« entreprendre un travail plus profond sur moi ». De, comme elle le dit aussi, « guérir » du démon de l'extrême gourmandise. Elle pesait alors 132 kilos, mangeait sans réfléchir, sans compter. Des portions énormes, des aliments bons mais grossissants, des en-cas, en-cas d'envies, de faim, en-cas de grandes gourmandises... « Mon poids a toujours tourné autour des 100 kg. Ce qui était déjà trop. Mais quand les 30 kilos s'y sont ajoutés, c'était devenu énorme. » Pourtant, ce n'était pas la première fois qu'elle essayait de maigrir, lasse de soumettre sa coquetterie à de nombreuses limitations. D'être obligée d'acheter ses vêtements de boutiques spécialisées ou d'enseignes pour hommes, de cacher. Cacher les formes et cacher un certain malaise intérieur. « J'ai souvent vécu avec cette bataille, entamé des cures, passé des mois à l'étranger dans les centres les plus calés, parfois 6 fois par an, subi deux opérations, avalé tous les traitements qu'il fallait, mais rien n'y faisait. Je reprenais très vite ce que j'avais perdu. »

Mutations
Alors, un jour béni des dieux (du bien-être), Hania Rayess Boustani apprend qu'il existe un centre en Jordanie, importé des États-Unis, le Food Addiction Center, qui se charge, d'une manière différente, de personnes qui souffrent de trop manger. Là-bas, on appelle ça une addiction, et on la soigne comme toute addiction, alcool, drogue ou autre, par des groupes de réflexion et de discussion, des témoignages, des conseils et des ateliers de travail. « L'important n'est pas dans ce qu'on mange, précise-t-elle, mais dans une nouvelle façon de gérer ses tentations et sa nourriture. Ce n'est pas un régime mais un style de vie, plus léger et plus sain. »

Exit la farine et le sucre, adieu les grandes portions, tout le reste passe par un contrôle permanent mais serein de ses gestes. Frustrée peut-être, mais heureuse, « j'ai comparé mon malheur d'avant et celui d'aujourd'hui, et je suis certainement moins malheureuse ». Dans ce mode d'emploi de personne dépendante – « je ne suis pas encore guérie », affirme-t-elle en toute humilité –, la jeune maman se pèse une fois tous les 40 jours, fait du sport tous les jours, « j'ai couru le marathon en novembre dernier », dit-elle fièrement. Et, pour se rendre la vie (et les repas) plus agréables, plus doux aussi, elle concocte ses propres recettes, belles et bonnes, qu'elle partage d'abord avec son groupe d'abstinents, rencontrés lors de son voyage en Jordanie.

Depuis peu, elle poste ses trois repas quotidiens sur le compte Instagram myabstinentkitchen. « J'étais la seule femme obèse dans le groupe... Quand j'ai perdu 10 kilos le premier mois, j'ai commencé à y croire. » Trois personnes sur 22, dans leur groupe de travail, ont « réussi » l'exploit de maigrir. Une a perdu 15 kilos, l'autre 40 et Hania 50. Mais elle ne crie pas pour autant victoire. « Je voudrais perdre 20 kilos de plus. Je suis encore dans la première étape du processus, celle du Surrender. »

Pour « rendre à la communauté ce qu'elle lui a donné », Hania Rayess Boustani a réuni ses recettes dans un petit livre édité à 500 exemplaires qu'elle a offert au Food Addiction Center jordanien également intitulé My Abstinent Kitchen. En attendant que soit importé le concept au Liban – « je ne suis pas encore prête à m'en occuper, souligne-t-elle. Il me manque plus d'expérience » –, elle offre ses conseils à des restaurants et propose des menus adaptés à des centres de régime, tout en avouant avec un sourire, enfin débarrassée de nombreuses anxiétés : « Il faut savoir quoi manger, comment et où manger, et surtout rester concentré. »

 

 

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Elle aime les couleurs, les Love, Peace, Happiness qu'elle transforme en néons bien éclairés. Petites ou plus grandes lampes, personnalisées ou pas, qu'elle s'amuse à concevoir et produire depuis quelques années. Elle adore les plateaux qu'elle a créés à partir de pièces de monnaie, les cendriers et autres sous-verres qu'elle présente dans sa salle d'exposition près des Souks de...

commentaires (1)

Bravo Hania « un esprit sain dans un corps sain ». Bougez et essayez de manger sain chèr(e)s compatriotes,et le reste suivra...

Jack Gardner

10 h 45, le 12 janvier 2017

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Commentaires (1)

  • Bravo Hania « un esprit sain dans un corps sain ». Bougez et essayez de manger sain chèr(e)s compatriotes,et le reste suivra...

    Jack Gardner

    10 h 45, le 12 janvier 2017