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Moyen Orient et Monde

« Une guerre totale entre les Kurdes et Assad est peu probable »

Interview express

Dlawer Ala'Aldeen, président du Middle East Research Institute (Meri) et ancien ministre de l'Éducation et de la Recherche scientifique du Kurdistan irakien (2009-2012), répond aux questions de « L'Orient-Le Jour ».

11/01/2017

Acteurs incontournables du conflit syrien, les Kurdes ont pourtant été mis à l'écart par Ankara et Moscou. C'est par le biais de leur « bureau de représentation du Rojava » (nom donné au Kurdistan syrien) à Paris qu'ils ont annoncé, hier, n'avoir pas été conviés à la table des négociations politiques sur le dossier syrien qui doivent se tenir fin janvier à Astana, au Kazakhstan, sous l'égide de la Russie et de la Turquie.

Les Kurdes syriens sont-ils les grands perdants de l'accord russo-turc ?
Il est trop tôt pour dire qui sont les perdants ou bien les gagnants, à court comme à long terme. Le fait que les Kurdes n'ont pas été invités aux négociations à Astana n'a rien de surprenant. La Turquie est coorganisatrice des pourparlers, et sa principale stratégie est de faire en sorte que les Kurdes ne gagnent pas de terrain en Syrie. C'est pourquoi ces derniers s'attendaient à un tel refus. Les Russes et les Iraniens ne mettraient pas en péril un accord de paix global pour les beaux yeux des Kurdes syriens, mais cela ne veut pas nécessairement dire qu'ils les abandonnent pour autant. Les Iraniens peuvent offrir aux Kurdes d'autres moyens de protéger leur statut actuel, par exemple en s'interposant comme médiateurs entre le gouvernement syrien et eux. Les Kurdes savent aussi que, sans eux, la paix en Syrie n'est pas facile à atteindre, plus particulièrement parce que le groupe État islamique reste une grande menace.

Quelle sera la position des Kurdes maintenant qu'ils sont exclus des négociations? Vont-ils rompre leurs liens avec Damas et Téhéran?
L'Iran et le régime de Bachar el-Assad seront des acteurs-clés et des décideurs très importants dans tout le processus de paix. Ils peuvent aussi influencer la Russie. Par conséquent, les Kurdes ne peuvent pas se permettre de couper les liens avec l'Iran et Assad, alors qu'ils sont visés par la Turquie. Ce serait suicidaire, car il ne leur resterait plus que les États-Unis sur lesquels s'appuyer et qui sont encore moins fiables et prévisibles sur le long terme.

 

(Lire aussi : Ce que Bachar el-Assad n’a pas dit aux médias français...)

 

Des guerres entre les Kurdes et le régime sont-elles à prévoir ?
Une guerre totale entre le PYD et Bachar el-Assad est peu probable. Le PYD ne peut pas se permettre de se battre sur les quatre fronts (Turquie, État islamique, opposition syrienne et gouvernement syrien), et il n'a pas besoin de le faire. Inversement, il n'est pas dans l'intérêt du régime d'Assad ou des Iraniens de s'engager dans une guerre contre les Kurdes, en particulier parce que la Syrie est brisée et que le régime lutte contre l'opposition et contre l'EI. La prochaine étape pour les Kurdes est d'engager toutes les puissances locales, régionales et mondiales afin qu'elles fassent pression en faveur de leurs droits et qu'ils puissent obtenir une place à la table. Les Kurdes devraient essayer de protéger leurs récents gains territoriaux par le biais d'un processus politique avec le gouvernement syrien, qui est très affaibli, au lieu d'ouvrir de nouveaux fronts.

Les Américains appuient les Kurdes syriens. Pensez-vous que l'administration Trump continuera à les soutenir ?
La politique étrangère de l'administration Trump reste incertaine et imprévisible, notamment en ce qui concerne les Kurdes syriens. En termes généraux, Donald Trump pourrait soutenir à la fois la Russie et la Turquie, mais s'opposer à l'Iran. Ces lignes d'orientation peuvent s'appliquer aux relations bilatérales globales avec ces pays, mais ne peuvent pas s'étendre nécessairement à la Syrie, ce qui peut être un cas particulier. La Syrie est principalement sous la sphère d'influence de l'Iran, et les Kurdes sont les principaux (ou les seuls) alliés américains engagés dans la lutte contre l'EI en Syrie. Pour les États-Unis, abandonner les Kurdes, c'est abandonner la lutte contre l'EI, ce qui n'a pas de sens.

 

 

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