L’édito de Émilie SUEUR

Ce que disent les faits

L’édito
10/01/2017

Dans cinq jours se tiendra, à Paris, une conférence internationale sur le conflit israélo-palestinien. Cette conférence, qui rassemblera les représentants de quelque 70 pays mais pas les principaux intéressés israéliens et palestiniens, devrait accoucher d'une déclaration ferme, notamment sur la question de la colonisation israélienne dont il était déjà souligné, à l'issue du premier volet de cette conférence en juin dernier, qu'elle « érode la viabilité des deux États ».
Depuis quelques semaines, le serpent de mer qu'est le dossier colonisation israélienne refait surface dans les médias.
Notamment depuis le dépôt devant la Knesset d'un projet de loi pour la légalisation des avant-postes en Israël. Si toutes les implantations civiles israéliennes sur des terres occupées sont illégales au regard du droit international, l'État hébreu fait, jusqu'à présent, une distinction entre les implantations approuvées par les autorités et les avant-postes construits sans autorisation.
Dans la foulée de cette promotion décomplexée de la colonisation, était adoptée, le 23 décembre, la résolution 2334 du Conseil de sécurité de l'ONU qui réclame notamment l'arrêt de la colonisation dans les territoires palestiniens. Croc-en-jambe à son successeur, sursaut d'orgueil après avoir baissé les bras... L'administration Obama s'est abstenue, au lieu d'opposer son traditionnel veto à ce type de résolution, permettant par là même son adoption.
Quelques jours plus tard, le 28 décembre, le secrétaire d'État sortant John Kerry lançait que la solution des deux États « est en grand danger » du fait notamment de la politique de colonisation israélienne.
Si le Premier ministre israélien a poussé les hauts cris après le vote de la 2334 et les déclarations de M. Kerry, Benyamin Netanyahu peut rester relativement serein : cinq jours après la conférence de Paris, Donald Trump s'installera à la Maison-Blanche. Trump qui, après le vote de la résolution onusienne, avait twitté : « Reste fort, Israël. Le 20 janvier arrive à grands pas. » Trump qui amène dans ses valises un ambassadeur soutenant la colonisation et pressé de s'installer dans la « capitale » Jérusalem.
De quoi donner des ailes aux faucons, à l'instar du ministre de l'Éducation et leader du parti national religieux le Foyer Juif Naftali Bennett, qui a récemment annoncé son intention de présenter un projet de loi pour l'annexion de la colonie de Maale Adumim.
« Je ne pense pas que la majorité des gens en Israël, et certainement dans le monde, se rendent compte à quel point le processus est devenu large et systématique. Mais les faits parlent d'eux-mêmes », avait également déclaré Kerry.
Voici ce que racontent les faits : depuis 1967, la colonisation de la Cisjordanie n'a jamais reculé. Aucun événement, qu'il soit violent, d'ordre diplomatique ou politique, n'a impacté cette tendance. Résultat, l'on compte désormais, selon l'ONG Peace Now, plus de 380 000 colons en Cisjordanie, auxquels il faut en rajouter 250 000 à Jérusalem-Est.
Les faits racontent un territoire morcelé, « confettisé », occupé de facto, comme le notait entre les lignes le quartette dans un rapport publié le 1er juillet dernier : « Près de 70 % de la zone C (soit 60 % de la Cisjordanie sous le contrôle exclusif de l'armée israélienne) ont été pris de façon unilatérale pour utilisation exclusive par les Israéliens. »
Ces faits racontent que ce à quoi nous assistons aujourd'hui tient plus de l'agitation diplomatique et d'un déni de la réalité, que d'une relance d'un processus de sortie de crise. Les faits disent que la solution des deux États n'est pas tant en « grand danger » que moribonde. Et que l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche pourrait l'enterrer.
« La solution à deux États risque d'être remplacée par une réalité à un État, faite de violence perpétuelle et d'occupation », avertissait l'ancien secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, le 15 septembre dernier. Les faits disent que nous sommes au pied du mur. Reste à savoir si ce mur sera surmonté, contourné ou si l'on ira droit dedans.

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Tout comme les nouSSâïrîs et les fakkihîstes Per(s)cés vont "balancer", hors de ce qu'ils appellent "la Syrie Utile", la Majorité des Syriens Musulmans et donc SUNNITES !

Ma Fi Metlo

Si le grand chef H.N avait dit mot pour mot ce que Mme Sueur vient de nous écrire , et que j'approuve sans réserve, tout autant que lui le ferait , on aurait eu des réactions bien différentes .

Ce qui revient à dire , Mme Sueur que tant qu'on fait comme vous le faites, cad parler sans que cela ne puisse EFFECTIVEMENT déranger ce "processus" DE COLONISATION BARBARE D'un peuple sur un autre , les réactions hypocrites de la "communauté" internationale ne trouveront d'écho que dans ce genre de conférence stérile et coupable .

JE RENDS GRÄCE A DIEU QU'ON AIT PAS EU LES MËMES FREQUENTATIONS AU SUD LIBAN LORS DE LA LUTTE DE LIBERATION DE NOTRE PAYS , PAR UNE RESISTANCE QUI N'A PAS FAIT QUE PARLER .

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Reste à savoir si ce mur sera surmonté, contourné ou si l'on ira droit dedans." !
Non non ! Il sera absolument "surmonté" !
Comment ?
En "balançant", yîîîh, ce qui reste de "palestiniens" en Cisjordanie.... en "Trans-Jordanie" ; yâ hassirtîîîh !

Samira Fakhoury

Le monde ne voit-il pas qu'Israel est la cause de ce qui se passe au Moyen-Orient et qui envahit le monde ? Cette injustice exercée sur les Palestiniens est la source de la violence !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA CAUSE PRINCIPALE DE TOUS LES REMOUS DE LA REGION ... ET NON SEULEMENT...

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