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Nos Lecteurs ont la Parole - Fabienne BLINEAU

Noël empreint d’émotion et d’espérance à Alep

Il est des Noël qui resteront gravés à jamais dans votre mémoire. Ce Noël à Alep en fera partie.
Élue conseillère consulaire au Liban et en Syrie, je me rends auprès des membres de notre communauté en Syrie chaque mois afin de les rencontrer, écouter et surtout remplir ma mission d'élue qui prend ici toute son importance puisque depuis 2011, date de la rupture diplomatique, le consulat est fermé. Travail que je mène en étroite collaboration avec notre député Alain Marsaud.
Damas, Soueida, Lattaquié, Tartous, Marmarita sont des villes que j'ai visitées à la rencontre des compatriotes, et si j'étais en contact avec ceux d'Alep par téléphone ou mail, je n'y avais évidemment jamais été à cause de la guerre.
Mon engagement personnel à l'égard des chrétiens d'Orient a naturellement clos mon profonde envie de passer Noël à Alep.
Mon collègue Laurent Rigaud des Émirats arabes unis, dès la connaissance de ce voyage, m'a informé d'un don de jouets du magasin Simba à Dubaï pour les enfants d'Alep. Grâce à des Libanais venant passer Noël au Liban, je récupérais valises et cartons pour mon départ en Syrie.
Aller à Alep n'est pas simple... La route est évidemment coupée, et après Homs, nous bifurquons sur des routes de campagne entrecoupées de nombreux check-points. Mon passeport libanais m'autorise à circuler librement en Syrie, ce qui est beaucoup moins évident pour les Français.
Après 7 heures de route, j'arrive dans la ville, accompagnée de mon ami Benjamin Blanchard de l'association SOS Chrétiens d'Orient, installée et active en Syrie, notamment à Alep. Il fait froid, et le ciel triste et blanc n'arrange pas le spectacle chaotique qui m'attend... Alep est par terre, les mots ne sortent plus, je filme en silence.
J'ai choisi de passer Noël à Alep là où il y a la guerre, là où il fait froid car l'électricité se fait rare, là où les hommes sont déprimés, fatigués car ils sortent de 5 ans de combats, et même si la ville est pacifiée, les sons réguliers des canons, mitraillettes et autres armes de guerre nous rappellent la fragilité de la paix.
J'ai été à la messe du 24 décembre à l'église St-Georges, l'une des plus grandes basiliques de la région, célébrée par Mgr Jeanbart, l'infatigable archevêque qui n'a cessé depuis le début de la guerre de parcourir l'Occident pour expliquer la situation d'Alep.
L'église est pleine de fidèles, et comme il l'écrira lui-même, il ne choisira pas de parler de leur malheur mais d'espérance. Cette basilique a été illuminée comme elle ne l'a jamais été depuis cinq ans, et les cloches ont sonné ce soir-là comme jamais !
La messe du lendemain 25 décembre fut extrêmement émouvante : c'était la première messe célébrée à l'église maronite St-Élie depuis sa destruction par les islamistes. L'évêque maronite y célèbre une messe d'espérance et de paix en dépit des décombres de son église et l'émotion fut grande quand il déposa l'enfant Jésus au cœur de la crèche installée sur les débris.
J'ai ressenti lors de ces deux messes à quel point les chrétiens d'Orient ont porté au monde le message évangélique et que nous, Occidentaux, avons un devoir capital envers nos frères orientaux afin qu'ils ne disparaissent pas. Notre sort est tout simplement lié.
L'après-midi de Noël fut consacrée aux distributions de jouets pour les enfants : tout d'abord chez les sœurs carmélites majoritairement françaises (trois sont même de ma région du pays de La Loire, et j'ai même profité pour renouveler leurs cartes consulaires) puis à l'église latine. Les enfants sont émerveillés, je suis très touchée et émue.
Merci encore, Laurent Rigaud : quand la solidarité fonctionne entre élus, cela donne de belles actions sur nos territoires au profit de nos compatriotes et citoyens en détresse de nos pays.
Mon séjour m'a permis de rencontrer mes compatriotes ainsi que des Syriens francophones ayant travaillé au consulat général ou au Centre culturel, mais aussi les directeurs du Lycée français d'Alep qui continuent de scolariser des enfants français grâce au CNED (Centre national d'enseignement à distance).
Des binationaux, mais aussi des expatriés vivent à Alep, un choix courageux et respectable. Des Français ont ainsi décidé de faire le « contre-jihad » et de « semer l'amour et l'espérance », pour reprendre leurs mots, contrairement aux Français si médiatisés partis faire le jihad en Syrie... ceux-là symboles des ténèbres.
Si, depuis près de 18 mois, je remplis mon devoir d'élue consulaire auprès des compatriotes en Syrie sans me mêler de politique syrienne, je ne peux m'empêcher de rétablir certaines vérités concernant Alep :
J'ai sillonné la ville et constaté le décalage entre ce qui se dit et la réalité. Alep n'est qu'une. La souffrance est partout. Les bombes n'ont épargné personne. Cette ville que je ne connaissais pas avant ce séjour ressemble aujourd'hui à une ville fantôme, mais miraculeusement, les cafés se remplissent de nouveau. Internet pointe son nez avec l'approche espérée du retour de l'ADSL. Le contraste se fait ressentir entre le spectacle horrifiant de quartiers entiers par terre et la jeunesse remplissant les cafés enfumés où la musique camoufle les bruits de canon...
La Syrie est un pays laïc. Profondément laïc. La guerre n'aura pas mis fin à cette exception régionale si peu connue en Occident, car elle est profonde et ancienne chez les Syriens. La Syrie est un des pays les plus favorables à la liberté religieuse. C'est une donnée qu'il faut prendre en compte : les autorités religieuses chrétiennes pouvaient construire autant d'églises qu'elles le voulaient, l'eau et l'électricité sont offertes par l'État pour les mosquées comme pour les églises.
Noël à Alep aura été un Noël fort, émouvant, riche, ayant donné un sens à mon engagement auprès de mes compatriotes vivant à l'étranger comme moi. Mais aussi pour et auprès des chrétiens d'Orient, combat que je mène depuis longtemps...
Je rappelle enfin le projet, aidée par mon collègue Laurent Rigaud, pour aider sœur Lydia à financer ses livres de français dans son école à Marmarita, située dans la Vallée des chrétiens en Syrie, une région occupée deux années durant par le groupe État islamique.
Merci d'avance pour leur contribution qui correspond à une aide pragmatique aux compatriotes, à la francophonie et aux chrétiens d'Orient. (https://www.leetchi.com/c/nonprofit-charity-club-projet-soeur-lydia)

Fabienne BLINEAU
Conseillère consulaire Liban-Syrie
Suppléante du député Alain Marsaud
Déléguée des Républicains Liban-Syrie


Il est des Noël qui resteront gravés à jamais dans votre mémoire. Ce Noël à Alep en fera partie.Élue conseillère consulaire au Liban et en Syrie, je me rends auprès des membres de notre communauté en Syrie chaque mois afin de les rencontrer, écouter et surtout remplir ma mission d'élue qui prend ici toute son importance puisque depuis 2011, date de la rupture diplomatique, le...

commentaires (5)

"Vichy", quand tu nous tiens !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

12 h 34, le 10 janvier 2017

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Commentaires (5)

  • "Vichy", quand tu nous tiens !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    12 h 34, le 10 janvier 2017

  • J'ADMIRE VOTRE COURAGE Mme BLINEAU , la France a besoin de personnes de votre trempe pour jeter aux orties cette équipe actuelle , responsable de tout ce que la Syrie légitime a eu à endurer . Votre article est le bienvenue parce qu'il met fin à cet aveuglement coupable et complice de la France politique , dirigée par des cyclopes à 4 narines pour ne renifler que l'odeur du gaz et du pétrole nauséabond des saoudiques , "grand donneur de leçon de démocratie" à nous autres Moyens Orientaux . Plus que 4 mois pour enfin voir une France debout et qui ne se laissera plus raconter des fables berceuses des droits de l'homme et de la femme , surtout que quand "charité bien ordonnée commence par soi même " on devrait exiger de ses alliés de se les appliquer en 1er . VIVE LES REPUBLICAINS , VIVE LA FRANCE DEBOUT .

    FRIK-A-FRAK

    12 h 04, le 10 janvier 2017

  • Mme. la conseillère : "Noël à Alep aura été un Noël fort, ayant donné un sens à mon engagement auprès des chrétiens d'Orient, combat que je mène depuis longtemps.... qui correspond à une aide pragmatique aux compatriotes, à la francophonie et aux chrétiens d'Orient." ! Est-ce le rôle d'une conseillère de la République Française "laïque" d'aider uniquement "des chrétiens" ? Wâlâââoû yâ Mme. !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 35, le 10 janvier 2017

  • "La Syrie est un pays profondément laïc." ! En effet, "les autorités religieuses chrétiennes pouvaient construire autant d'églises qu'elles le voulaient, et l'eau et l'électricité sont offertes par l'État(!) pour les mosquées comme pour les églises." ! Est cela la "Laïcité" à la française, Mme. la conseillère, ou plutôt une sorte de "Concordat" façon alsacienne ?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 26, le 10 janvier 2017

  • "Des Français ont ainsi décidé de faire le « contre-jihad » et de « semer l'amour et l'espérance », pour reprendre leurs mots, contrairement aux Français si médiatisés partis faire le jihad en Syrie... ceux-là symboles des ténèbres." ! Mais quid des Français qui avaient décidé de faire du « pro-bääSS » et de laisser « faire et laisser semer des barils d'explosifs » sur les Civils, Mme. la conseillère ?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 16, le 10 janvier 2017

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