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Économie

Défigurée par la guerre, Alep se prépare à une reconstruction titanesque

Éclairage
OLJ/AFP/Maher AL-MOUNES, Rim HADDAD
29/12/2016

Privée d'électricité, Oum Fayez n'utilise plus sa machine à laver depuis deux ans. Comme tous les habitants d'Alep, elle attend avec impatience les travaux de reconstruction dans ce qui était l'une des plus belles villes de Syrie avant la guerre. « On lave à la main, mais l'eau est très froide », déplore Oum Fayez, la cinquantaine et mère de deux enfants, installée dans le noir devant un tas de linge sale, dans sa maison du quartier central de Fourqane.

Après plus de quatre ans de combats acharnés et l'évacuation de dizaines de milliers de rebelles et de civils de la deuxième ville du pays, le régime syrien a annoncé le 22 décembre avoir repris les quartiers qui étaient tombés aux mains des insurgés en 2012.

Dans l'ex-capitale économique du pays, plus de 50 % des immeubles et des infrastructures ont été partiellement ou totalement détruits, selon « une évaluation préliminaire optimiste » de la municipalité. Le conflit a entraîné la relocalisation des industries à l'étranger, ravagé le célèbre cœur historique et fait fuir les touristes, mais a surtout privé les habitants des services de bases comme l'électricité et l'eau.

 

(Lire aussi : Les leçons d’Alep appellent à la lucidité)

 

« Rétablir le courant »
La principale centrale électrique à Sfiré (sud-est d'Alep) est hors service depuis plus de deux ans. Dans chaque quartier, on entend le ronflement des générateurs communs, reliés aux maisons grâce à un réseau tentaculaire de câbles. Mais tous les soirs à minuit, les lumières s'éteignent : pour économiser le carburant, les générateurs sont mis à l'arrêt.

« Deux projets sont prévus pour rétablir le courant à Alep », assure à l'AFP un responsable du ministère de l'Électricité. De nouvelles lignes à haute tension seront construites pour faire venir l'électricité de la province voisine de Hama. Les travaux, qui dureront entre six mois et un an et demi, coûteront au gouvernement plus de quatre milliards de livres syriennes (environ 7,9 millions de dollars), indique le responsable.

Les habitants sont également privés d'eau courante, la principale station de pompage de Souleimane al-Halabi ne fonctionnant plus qu'au tiers de sa capacité, notamment en raison des dommages subis pendant les combats. « On approvisionne moins de 20 % des quartiers d'Alep. Avant la crise, c'était plus de 70 % », déplore Issa Korjé, mécanicien en chef de la station.

Alors que la Syrie est morcelée en raison des multiples protagonistes impliqués dans le conflit, le problème supplémentaire pour les Alépins est que l'eau arrive principalement depuis le barrage de l'Euphrate, situé dans la province voisine de Raqqa et contrôlé par le groupe jihadiste État islamique (EI). « Le groupe coupe régulièrement notre approvisionnement », déplore le directeur de l'Autorité en charge de la distribution d'eau potable, Fakher Hamdo.

 

(Lire aussi : A Alep, les chrétiens célèbrent Noël dans une église ravagée par la guerre)

 

Déblayer les décombres
Mais la priorité pour la municipalité, c'est de faire disparaître avant la fin de l'année la ligne de démarcation qui séparait le secteur Ouest tenu par le gouvernement des quartiers Est autrefois aux mains des rebelles.
Depuis plusieurs jours, des bulldozers jaunes s'activent dans les rues pour déblayer les décombres. Jusque-là, les habitants devaient escalader avec difficulté les barricades de terre et de tôle.

« La municipalité est immédiatement intervenue pour dégager les principaux axes », indique à l'AFP l'administrateur de la ville d'Alep, Nadeem Rahmoun. « On va ainsi redonner vie à Alep et permettre la relance du commerce et de la vie sociale. » Dans la Vieille Ville, renommée pour le plus grand souk couvert du monde et sa citadelle, un méticuleux travail de déblaiement est mené en vue de leur restauration, souligne M. Rahmoun.

Dans le quartier central d'Akioul, des habitants ne cachent pas leur joie en regardant les bulldozers abattre les barricades. « Il y a quelques jours, je suis venu vérifier l'état de la maison de mon frère », raconte Abdel Jawad Nached, 32 ans, employé dans le secteur textile. « Ça m'a pris une heure et demie, j'ai dû escalader des monticules de terre », se souvient le jeune homme qui a mis aujourd'hui dix minutes. Un enthousiasme partagé par Zakaria, 42 ans et propriétaire d'un magasin d'ameublement : « Alep est de nouveau unie. »

 

 

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