La colère populaire a obligé le président socialiste Nicolas Maduro à faire marche arrière, différant au 2 janvier le retrait des coupures de 100 bolivars. Federico Parra/AFP
Les nouveaux billets sont arrivés, les anciens restent en vigueur quelques jours, et pourtant le Venezuela était hier en plein chaos monétaire, avec de longues files d'attente face aux banques pour obtenir du liquide à quelques jours de Noël.
Le pays sud-américain, déjà en profonde crise économique et politique, a vu se multiplier les heurts ce week-end, qui ont fait trois morts selon le bilan officiel, alors que les habitants exprimaient leur frustration liée au retrait surprise de la circulation de la plus grosse coupure, celle de 100 bolivars (0,15 dollar), et au retard de livraison des nouveaux billets.
La colère populaire a obligé l'impopulaire président socialiste Nicolas Maduro à faire marche arrière, différant au 2 janvier le retrait des coupures de 100 bolivars, initialement prévu jeudi dernier. De quoi entraîner le retour dans les rues du Venezuela de ce billet marron illustré du visage de Simon Bolivar, héros des luttes d'indépendance en Amérique latine.
« Trois yuccas pour 1 000, billets de 100 acceptés », disait ainsi hier un panneau apposé sur un étal du quartier populaire de Petare, dans l'est de Caracas. « Je vais les accepter jusqu'au 31 décembre », a indiqué à l'AFP le vendeur de yuccas Eduardo Rengifo.
La mesure avait pris de court les Vénézuéliens : la semaine dernière, le président Maduro avait décrété le retrait sous trois jours du billet de 100 bolivars (d'une valeur de 0,15 dollar au cours le plus élevé), coupure la plus utilisée dans le pays. Il avait justifié cette décision spectaculaire par l'existence de « mafias » internationales, pilotées par les États-Unis pour accumuler de grandes quantités de billets pour asphyxier l'économie vénézuélienne.
Retard de livraison
Mais jeudi et vendredi, les banques se sont retrouvées dans l'incapacité de fournir leurs clients en nouvelles devises en raison d'un retard de livraison de nouveaux billets de 500 bolivars (0,75 dollar). Des manifestations ont éclaté à travers le pays et des scènes de pillage, avec notamment trois agences bancaires incendiées, ont entraîné 286 arrestations, selon le ministre de l'Intérieur Néstor Reverol.
Une première cargaison de nouvelles coupures est enfin arrivée dimanche, mais hier, de nombreuses personnes, manquant de liquide, continuaient de faire la queue devant des agences bancaires. Beaucoup de distributeurs ne délivraient que des billets plus petits que ceux de 100 bolivars.
Beatriz Cortés a dû passer par trois agences : « Ils ne me donnaient que 5 000 bolivars (7,5 dollars), en billets de deux. Et moi je n'ai plus rien à manger chez moi », se lamentait-elle dans la file d'attente face à une banque dont les distributeurs ne fonctionnaient plus. Avoir une grande quantité de billets sur soi est devenu une nécessité au Venezuela, pays pétrolier dont les finances se sont effondrées avec la chute des cours du brut et frappé par la pire inflation au monde, estimée par le FMI à 475 % cette année.
Nicolas Maduro a accusé l'opposition d'avoir incité à la violence et les États-Unis d'avoir retardé les avions apportant les nouveaux billets. L'opposition a approuvé au Parlement, où elle est majoritaire, l'ouverture d'une enquête sur la « responsabilité » de Nicolas Maduro et de son équipe dans les heurts.
(Source : AFP)


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