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Liban - La Situation

Hariri aux prises avec les pièges d’un cabinet de trente

Le Premier ministre désigné posant avec le chef de l’État, préalablement à leur réunion qui a été, hier encore, sans résultat. Photo Dalati et Nohra

Tout semblait indiquer que la visite de Saad Hariri au palais présidentiel hier en milieu d'après-midi aboutirait à la naissance du nouveau cabinet. Muni de la mouture d'un cabinet de 24, le Premier ministre désigné était en même temps disposé à s'entendre avec le président de la République Michel Aoun sur son élargissement, le cas échéant, à un cabinet de trente. Néanmoins, ni le chef de l'État n'a convenu de la proposition de 24 avancée par son interlocuteur ni ce dernier n'a jugé bon d'entériner les noms supplémentaires avancés pour un cabinet de trente.
« Le cabinet nécessite encore des concertations », s'est contenté d'affirmer le Premier ministre désigné, penaud, au terme d'un entretien de près d'une heure avec M. Aoun.

En gros, si l'on s'en tient à un cabinet de 24 (formule privilégiée par Saad Hariri, mais, de moins en moins, semble-t-il, par le chef de l'État), le président de la République aura l'intention de répartir sa quote-part de trois ministres entre Marwan Abou Fadel, Habib Ephrem et Fayçal Karamé, des noms perçus par le courant du Futur et les Forces libanaises (FL) comme la chasse gardée du tandem Hezbollah-Amal, rapporte une source informée. Comprendre que la quote-part du président pourrait être incluse dans un éventuel tiers de blocage favorable à Amal et au Hezbollah, ce qui serait une garantie importante offerte par Michel Aoun au dipôle. Notons toutefois que le nom de Yaacoub Sarraf (proposé par le président à la Défense) serait désormais hors course, étant absolument irrecevable par Saad Hariri pour de multiples raisons.

Un cabinet de trente (que pose officieusement Aïn el-Tiné comme condition sine qua non à la naissance du cabinet) permettrait de constituer plus aisément un tiers de blocage ayant pour noyau le Hezbollah et Amal, en assurant, aux côtés des Marada, l'adhésion du Parti syrien national social, le Baas possiblement, ainsi que des figures sunnites et druzes gravitant dans l'orbite du camp syro-iranien. Cette configuration élargirait en outre la quote-part du chef de l'État, lequel souhaiterait par exemple désigner Sélim Jreissati à la Justice, au risque d'égratigner le camp haririen, et de compromettre, par ailleurs, la quote-part du député Walid Joumblatt, laquelle inclut la Justice jusqu'à nouvel ordre.

C'est dans ce contexte que le leader druze a tweeté hier que « la Justice requiert une musculature particulière, capable de ménager par exemple les réseaux illégaux et le trafic. C'est pourquoi nous ne souhaitons pas porter atteinte à la sécurité nationale particulière ni à l'économie parallèle. Se contenter de ce que l'on a est un trésor inépuisable ». Il a néanmoins tenu à rappeler que « le Rassemblement démocratique n'est ni une sardine ni un requin, comme certains ». Partant, il a plaidé pour un retour à « la formule ancienne (de 24, calquée à quelques détails près sur le cabinet Salam, NDLR) avec quelques amendements. Cessons de tourner en rond autour du cercle de trente que complétera le maillon de la moumanaa et de la contre-moumanaa ». Concrètement, il a préconisé un cabinet de 24 « avec des parts pesantes aux Marada et aux FL respectivement ».

 

(Lire aussi : La médiation Berry, une volonté de retour à la troïka ?, l'éclairage de Philippe Abi-Akl)

 

Il semble toutefois que le moyen le plus rapide de débloquer un cabinet de 24 se situe au niveau des Kataëb. Alors que les milieux de ce parti étaient injoignables hier, une source du courant du Futur a précisé à L'OLJ que le Premier ministre désigné envisagerait sérieusement de céder aux Kataëb le portefeuille qu'il avait obtenu du président de la République, en échange d'un portefeuille « sunnite ». Autrement dit, M. Hariri pourrait proposer aux Kataëb le portefeuille qu'il avait promis à son conseiller Ghattas Khoury. Cette concession importante serait, semble-t-il, le seul moyen pour le Premier ministre désigné de garantir la formation d'un cabinet selon la formule qu'il escompte. Encore faut-il toutefois que cette proposition soit acceptée par le chef du parti Kataëb, le député Samy Gemayel.

C'est néanmoins à ce niveau que les efforts de la Maison du Centre se déverseront dès aujourd'hui, apprend-on de source informée. Notons que le Premier ministre désigné a démenti hier, dans un communiqué, s'être réuni à la Maison du Centre, la veille, avec le ministre Gebran Bassil et le responsable des liaisons au sein du Hezbollah, Wafic Safa, en présence de Nader Hariri, comme l'affirmaient certains médias.

Réuni hier, le bloc du Futur n'a manifesté ni pessimisme ni espoir de déblocage prochain au niveau du gouvernement. « Nous soutenons les efforts du président Saad Hariri visant à dissiper toutes les difficultés qui continuent d'entraver la naissance du cabinet d'union nationale, tant attendu par les Libanais et censé mettre sur les rails le nouveau mandat », selon le communiqué. Certains cadres du courant du Futur, comme Ahmad Hariri et Okab Sakr, partagent, avec Gebran Bassil, l'espoir d'un déblocage prochain du cabinet. D'autres, soucieux de voir l'étau se resserrer autour du Premier ministre désigné, dénoncent le chantage mené par le Hezbollah : soit la naissance d'un cabinet quasi acquis au tandem chiite, soit rien.

 

(Lire aussi : Berry : Il n’y a plus de prétexte à retarder la formation du gouvernement)

 

Dans ce cadre, Baabda a vite fait de se démarquer du chantier ministériel, en inaugurant un chantier parallèle autour de la nouvelle loi électorale. C'est sur ce terrain que les anciennes alliances au sein du 8 Mars prennent corps depuis que le Courant patriotique libre (CPL) a choisi d'appuyer officiellement la proportionnelle. Ainsi, la visite hier d'une délégation du parti à Bnechii a permis de rappeler « l'entente politique » qui les lie, selon les termes du député Alain Aoun.
De son côté, le président de la Chambre s'est retenu de critiquer vertement le CPL, préférant valoriser « notre principal point d'entente, à savoir la proportionnelle, qui existait d'ailleurs bien avant la présidentielle ».

En marge des négociations autour du cabinet, dont Baabda s'est démarqué à plus d'une occasion, l'on entretient l'illusion d'une réforme électorale, pierre angulaire de la réforme politique chère au nouveau mandat. Ainsi, les voix des parties du 8 Mars se fédèrent désormais en faveur de la proportionnelle, contre la loi de 1960 et contre tout report, fût-il technique. Sauf que les délais des prochaines législatives courent, et la possibilité de s'entendre sur une nouvelle loi est d'autant plus maigre que le CPL et son camp y posent comme point de départ la proportionnelle – fort controversée. « La réforme électorale est aussi improbable qu'elle se prête à toutes les surenchères politiques », constate une source indépendante à L'OLJ. Ce que les milieux politiques disent tout bas, certains, comme le député Antoine Saad, le disent tout haut : « Ce sera soit un nouveau report, soit un retour à la loi de 1960. »

La double dissociation du CPL à l'égard des FL, la première fois en soutenant la proportionnelle et la seconde en poussant vers un cabinet à même d'assurer une majorité favorable au Hezbollah, aurait mécontenté Meerab, rapporte une source intermédiaire, alors que les milieux du parti étaient hier aux abonnés absents. Dans un communiqué, le parti a démenti « certaines informations médiatiques sur un prétendu veto des FL à la participation des Kataëb ou d'autres parties au gouvernement. D'ailleurs, tous les veto ont eu pour cible les FL seules ». Et de constater que « toute la genèse du cabinet a obéi à un objectif, celui de provoquer une rupture entre les FL et leurs alliés : tantôt avec le CPL, tantôt avec les Kataëb, et constamment avec le courant du Futur. Ce jeu est devenu connu de tous. Et quand bien même les FL tiennent à former un cabinet national équilibré, leur attention porte surtout sur leur position à l'intérieur du cabinet, à l'ombre de la guerre menée contre le parti, soit pour l'embarrasser jusqu'à l'écarter du gouvernement, soit pour y réduire au maximum sa participation nationale ».

 

 

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En gros, si l'on s'en tient à un cabinet de 24 (formule privilégiée par Saad...
commentaires (8)

Levons nos verres bien haut a la nouvelle Republique Iranienne du Liban !

Remy Martin

15 h 19, le 15 décembre 2016

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Commentaires (8)

  • Levons nos verres bien haut a la nouvelle Republique Iranienne du Liban !

    Remy Martin

    15 h 19, le 15 décembre 2016

  • C'est un paysage politique lamentable qui se dessine de plus en plus. Chacun veut sa part du gâteau alors que le pays souffre toujours du manque de décisions concrètes et de législations de tous genre.

    Tony BASSILA

    14 h 49, le 15 décembre 2016

  • TOUTE FAIBLESSE EST FATALE...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    14 h 34, le 15 décembre 2016

  • PAUVRE GEAGEA, IL A RÊVÉ EN COULEUR ET COMMENCE À SE RÉVEILLER DOUCEMENT. AU LIEU D'ALLER VOIR ACHRAF RIFI, IL A PRÉFÉRER PERDRE SON TEMPS EN CROYANT QU'IL VA CHANGER AOUN ET HARIRI AVEC. PAUVRE TYPE.

    Gebran Eid

    13 h 40, le 15 décembre 2016

  • Je trouve admirable ce souci du détail que manifestent nos dirigeants pour la formation d'un cabinet dont la durée est limitée. Vraiment ça fait plaisir de voir combien l'intérêt supérieur du pays prime sur les intérêts personnels des uns et des autres. C'est beau, j'en ai les larmes aux yeux. F. MALAK

    Rotary Beyrouth

    12 h 55, le 15 décembre 2016

  • Desserrer les étaux. Deux ans et demi pour "désigner" Michel Aoun à la tête de l'Etat. Déjà un mois et demi de tractations byzantines entre "fromagistes" pour former un gouvernement de 24, ou 30 ou 300 ministres et sous-ministres. Arrivé à cet état de déchéance, je fais appel aux héros de l'Indépendance en 1943 afin qu'ils viennent voir dans dans quelle situation se trouve la patrie qu'ils nous avaient léguée. Ô vous les prisonniers de Rachaya : Béchara el-Khoury, Riad el-Solh, Adel Osseiran, Camille Chamoun, Abdel-Hamid Karamé et Salim Takla. Ô vous les mutins de Bchamoun : Sabri Hamadé, Majid Erslan et Habib Abou-Chahla. Venez voir dans quel gouffre se trouve votre Liban.

    Annie

    11 h 23, le 15 décembre 2016

  • Sacrés M'wârnéhhhs et/ou "chréti(e)ns" !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 37, le 15 décembre 2016

  • Des aimants qui se rejettent et d'autres qui s'attirent pour que la boussole se remette à indiquer le nord de la raison du vainqueur .

    FRIK-A-FRAK

    09 h 38, le 15 décembre 2016

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