Pour la première fois depuis un an, la Fed devrait relever aujourd’hui d’un quart de point de pourcentage les taux d’intérêt au jour le jour. Kevin Lamarque/Reuters
La très probable hausse aujourd'hui des taux d'intérêt aux États-Unis, largement attendue par les marchés, n'aura qu'un impact minime sur les consommateurs américains, mais pourrait davantage affecter les économies à l'étranger, estiment les économistes.
La Réserve fédérale (Fed) devrait relever aujourd'hui d'un quart de point de pourcentage les taux d'intérêt au jour le jour, à l'issue d'une réunion monétaire de deux jours débutée hier soir, affirment les économistes, quasi unanimes. Ce sera la première hausse des taux depuis un an et la seconde seulement en une décennie.
Pour les consommateurs américains, ce renchérissement minime du coût du crédit ne devrait guère freiner la dynamique des dépenses et des investissements immobiliers, estiment les analystes.
Le tour de vis de la Fed a en outre été anticipé par les marchés qui expriment déjà la modeste hausse des taux dans leurs modèles, que ce soit sur le marché obligataire ou au niveau des emprunts immobiliers, relève Joe Gagnon du Peterson Institute for International Economics (PIIE). « Je pense que le marché hypothécaire a déjà pleinement répercuté la hausse des taux, donc je ne crois pas qu'elle ait un effet sur les taux d'emprunt », assure cet économiste. Dans le sillage de l'élection surprise du républicain populiste Donald Trump et des perspectives d'une relance budgétaire massive, le rendement des bons du Trésor a grimpé d'un quart de point et les taux du prêt immobilier à 30 ans a augmenté légèrement pour se situer en moyenne à 4 %, son plus haut niveau depuis juillet 2015, selon la Mortgage Banking Association.
Pour Joe Gagnon du PIIE, l'incidence d'un renchérissement du crédit va être compensée aux États-Unis par les mesures de relance si elles se concrétisent : « Les réductions d'impôt vont donner de l'argent aux ménages pour acheter un logement, même si les taux montent », promet-il.
Fuite de capitaux
À l'étranger, l'impact de la politique monétaire de la banque centrale la plus puissante du monde risque d'être plus délicat. Certains craignent même une réédition du « taper tantrum » lorsqu'en 2013, la Fed avait annoncé une réduction progressive des achats d'actifs et donc du soutien monétaire. Les flux de capitaux avaient fui les économies émergentes pour se rapatrier sur le dollar aux perspectives plus rémunératrices, provoquant des dévaluations en série.
Déjà en novembre, les investisseurs étrangers ont retiré près de 25 milliards de dollars de fonds des économies émergentes, selon l'Institute of International Finance (IIF). C'est le plus fort exode de capitaux depuis juin 2013. « Anticipant des mesures de relance et un resserrement monétaire, il y a déjà eu des ventes d'actions et d'obligations en Asie par les étrangers en novembre », a noté Bejoy Das Gupta, économiste pour cette région à l'IIF. « À l'avenir, les changements dans la politique américaine risquent de provoquer une volatilité chronique sur les marchés financiers de la région », ajoute-t-il.
Le renforcement du billet vert va aussi peser sur les économies qui doivent rembourser leur dette libellée en dollars. « Le dollar plus fort va devenir un problème pour les pays étrangers qui ont d'importants montants de leur dette souveraine libellés en dollars », reconnaît Robert Hughes. Certains sont plus optimistes, comme les économistes de Barclays Research, qui ne croient « pas à une réaction des économies émergentes à moins que le comité monétaire de la Fed ne change sa rhétorique sur les taux ».
Virginie MONTET/AFP


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