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Économie - Éclairage

Après le bol d’air de l’Opep, les émergents craignent la hausse des taux

La légère amélioration des cours du pétrole pourrait s'avérer insuffisante pour de nombreux pays exportateurs, toujours en situation de déficit budgétaire.

Narendra Modi, Vladimir Poutine, Xi Jinping et Jacob Zuma lors d’une réunion au sommet des Brics en 2015 à Ufa (Russie). Archives AFP

Les pays émergents ont bénéficié d'un « bol d'oxygène » avec le rebond modéré du cours du pétrole après la décision de l'Opep, mais ils se préparent à affronter de nouvelles turbulences avec la hausse attendue des taux aux États-Unis.
Frappés de plein fouet par le ralentissement chinois, les pays émergents ont récemment repris espoir : le Brésil pourrait sortir de la récession l'an prochain, le pétrole a légèrement rebondi et des signes encourageants émanent des cours des matières premières. Mais cette légère amélioration pourrait s'avérer insuffisante pour de nombreux pays. « Pour les exportateurs de pétrole, la récente décision de l'Opep de réduire sa production de pétrole constitue certes une petite bouffée d'oxygène », a expliqué à l'AFP Charles-Henri Colombier, directeur de la conjoncture chez COE-Rexecode. Alors que l'Opep avait annoncé que ses membres réduiraient leur production de 1,2 million de barils par jour, le cartel est parvenu samedi à convaincre certains autres producteurs de se joindre à cet effort de réduction des extractions, à hauteur de 558 000 barils par jour.
« Mais les problèmes sont encore très substantiels », a ajouté M. Colombier. Pour les pays d'Afrique subsaharienne, par exemple, ce rebond reste encore bien timide : « Même si les prix des matières premières ont repris un peu de terrain, beaucoup de pays exportateurs d'Afrique subsaharienne sont toujours en situation de déficit budgétaire et du compte courant », a souligné l'agence de notation Fitch dans une note. Le cabinet Capital Economics s'attend d'ailleurs à ce que « ce rebond s'essouffle en 2017, en raison du ralentissement de la croissance dans plusieurs des grands émergents comme la Chine, le Mexique ou encore la Turquie ».

Vers une nouvelle crise ?
Avec ces perspectives, les voyants passent à l'orange. La chef économiste de l'OCDE, Catherine Mann, a exprimé ses inquiétudes au début du mois. « Une haute volatilité des taux de change, associée à des risques potentiels de poursuite des hausses des taux d'intérêt » et de fuite de capitaux, « ce sont les recettes pour une crise bancaire et monétaire dans les pays émergents », a-t-elle prévenu.
Pour la Banque de règlements internationaux (BRI), les économies émergentes « sont sous pression », avec des « vulnérabilités extérieures et intérieures ». Dans sa dernière évaluation trimestrielle, elle pointe « la hausse des taux et celle du dollar », ainsi que « les déséquilibres provoqués par la récente et rapide hausse du crédit ».
Le danger, c'est la hausse des taux aux États-Unis. Avec le plan de relance des investissements annoncé par le candidat élu Donald Trump, la première économie mondiale pourrait renouer rapidement avec une forte inflation, contraignant la Fed à relever les taux d'intérêt. Après sa victoire, les marchés ont commencé à anticiper cela, avec des répercussions parfois brutales sur les devises émergentes. La livre turque a perdu plus de 10 % de sa valeur face au dollar en novembre.
« La possibilité d'un mouvement sur les taux aux États-Unis, qui se produit d'une manière plus violente et désordonnée que celle que nous anticipons, est l'un de nos cygnes noirs », a reconnu Michala Marcussen, cheffe économiste monde de la Société générale. « Avec la hausse du dollar et la hausse des taux d'intérêt qui accompagne ce mouvement-là, cette séquence moins accommodante sur la politique monétaire américaine est de nature, évidemment, à contrarier un peu les économies émergentes », a expliqué Florent Delorme, analyste macro chez M&G.
« Nous savons très bien que ça se passe mieux pour les économies émergentes quand on est plutôt dans une politique américaine très accommodante. Donc le cycle qui s'amorce va être plus difficile pour les émergents », a-t-il précisé. Mais, pour Capital Economics, le grand danger pour les émergents « serait un grand changement de la politique commerciale américaine » avec l'arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump qui a promis d'élever les barrières douanières pour protéger son industrie.

Antonio RODRIGUEZ/AFP

Les pays émergents ont bénéficié d'un « bol d'oxygène » avec le rebond modéré du cours du pétrole après la décision de l'Opep, mais ils se préparent à affronter de nouvelles turbulences avec la hausse attendue des taux aux États-Unis.Frappés de plein fouet par le ralentissement chinois, les pays émergents ont récemment repris espoir : le Brésil pourrait sortir de la récession l'an prochain, le pétrole a légèrement rebondi et des signes encourageants émanent des cours des matières premières. Mais cette légère amélioration pourrait s'avérer insuffisante pour de nombreux pays. « Pour les exportateurs de pétrole, la récente décision de l'Opep de réduire sa production de pétrole constitue certes une petite bouffée d'oxygène », a expliqué à l'AFP Charles-Henri Colombier, directeur de la conjoncture...
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