Bâtiments endommagés dans le quartier de Qastal al-Harami, hier. George Ourfalian/AFP
« On a survécu ! » Sur la ligne de démarcation à Alep, Najah et son mari octogénaire ont du mal à croire que les violents combats qui ont opposé régime syrien et rebelles depuis 2012 ont cessé dans leur secteur repris par l'armée.
Au cœur de la deuxième ville de Syrie ravagée, la maison de Najah, 65 ans, et de Mohammad Hantay, 82 ans, se trouve dans une rue qui porte à juste titre le surnom de « rue de la mort ». Située entre le quartier de Midane, côté gouvernemental, et la partie de Boustane al-Bacha sous contrôle des insurgés, la rue étroite a été le théâtre des pires combats entre d'irréconciliables adversaires. Elle a été finalement reprise par l'armée dans le cadre de son offensive lancée le 15 novembre pour capturer la partie rebelle d'Alep (Est), mais le vieux couple tremble d'effroi au souvenir des tireurs embusqués, des bombardements et de la faim qui les tenaillait. « On était sur la ligne de front (...) on essuyait des tirs d'ici et de là », affirme Najah en montrant les deux côtés de la main droite puis de la gauche.
« Nous attendions la délivrance »
La zone dévastée où ils vivent n'est que désolation : la plupart des immeubles sont effondrés, les trottoirs sont couverts de gravats, des débris de métal jonchent la chaussée. Les murs ont été noircis par la fumée des incendies et les récepteurs satellite sont criblés de balles. « On était pris entre deux feux, mais on a survécu », se félicite cette femme, en finissant de faire le ménage dans son petit appartement situé au premier étage d'un immeuble. Chaque nuit, elle avait la hantise de voir l'étagère placée au-dessus de son lit s'effondrer sur sa tête. « Chaque jour, un obus s'abattait (tout près) et les portes se brisaient... Nous attendions la délivrance, raconte Najah, voile blanc avec des points noirs, cardigan mauve en laine sur une robe bleue. On ne pouvait pas bouger et personne ne venait prendre de nos nouvelles. »
Comme de nombreux Alépins, le couple menait une vie tranquille avant que la guerre n'embrase la métropole du nord du pays en 2012, soit un an après le début de la révolte ailleurs dans le pays. « Soudain, on a été coincé entre deux positions », explique Mohammad, contraint de porter plusieurs chemises pour se protéger du froid. Pire, la guerre a divisé la famille, car la maison de leur fils et de leurs six petits-enfants s'est retrouvée du côté rebelle. Mohammad travaillait comme chauffeur de taxi depuis 60 ans et avait dépensé son épargne pour acheter les meubles de la maison. Pour lui, il était hors de question de quitter les lieux.
Se « nourrir d'herbes »
« On n'est pas resté uniquement pour protéger nos affaires, précise son épouse. On avait l'espoir que la situation ne s'éternise pas. » Mais le plus dur était le manque de nourriture car, à l'instar des habitants d'Alep-Est qui est assiégée par l'armée depuis l'été, le couple ne pouvait se procurer des vivres en raison des combats. « On sortait très rarement. On a consommé ce qu'on avait stocké à la maison jusqu'à ce que les provisions s'épuisent, explique Najah. Nous avons dû nous nourrir d'herbes que nous avions plantées. » Elle précise comment elle ajoutait un peu de sel aux herbes pour leur « donner du goût ».
Quant à Mohammad, il raconte comment il a asséché puis écrasé une brindille avant de l'enrouler dans du papier cigarette pour goûter de nouveau au plaisir de « fumer ». Dans la maison du couple, les soirées s'écoulent lentement, tristement. Blessé, leur fils s'est déplacé avec sa famille vers une autre zone avec l'avancée de l'armée et ils n'ont plus aucune nouvelle de lui. « À la tombée de la nuit, on ne fait que se remémorer le temps où la famille était réunie », dit Najah.
Rim HADDAD/AFP


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