De « mauvais » exemples de manchettes tendancieuses ont été projetées au cours de la conférence.
Le projet régional de l'Organisation internationale du travail (OIT) de migration équitable au Moyen-Orient (Fairway) a organisé en début de semaine, à l'hôtel Marriott à Amman, une consultation sur la main-d'œuvre migrante dans la presse, regroupant nombre de journalistes du monde arabe, mais aussi des représentants de l'OIT, parmi lesquels Eliza Marks, Charles Autheman et Carole Kerbage. Avec pour objectifs d'examiner les défis et les opportunités liés aux écrits journalistiques sur la main-d'œuvre migrante au Moyen-Orient, d'apporter un regard critique sur la terminologie utilisée par les médias arabes, d'introduire et de discuter dans le but de son adoption le glossaire arabe des migrations pour les médias et enfin de contribuer à la conception de la stratégie de l'OIT de formation et d'engagement des médias pour 2016-18.
Des conditions difficiles
Il faut dire que « le processus associé à la migration pour le travail est compliqué et onéreux », comme le souligne l'OIT. Sans compter que « le système du garant accorde à l'employeur un niveau élevé de contrôle sur la main-d'œuvre migrante ». Ce qui ouvre la voie « au recrutement abusif et à des conditions de travail souvent médiocres », alors que la main-d'œuvre n'a qu'un « accès limité à la justice » et qu'elle rencontre nombre de difficultés à s'organiser pour faire entendre sa voix. « Les travailleurs peu qualifiés en particulier – souvent d'Asie et d'Afrique – font face à de multiples déficits de travail décent », ajoute l'organisation.Ils sont aussi victimes d'attitudes discriminatoires de la part de leurs employeurs, des travailleurs sociaux et des officiels, notamment les services d'immigration, les forces de l'ordre et la justice. Ce qui facilite les abus à leur encontre.
C'est dans le cadre de cet état des lieux que le projet Fairway œuvre « à promouvoir une migration équitable (incluant un recrutement équitable), de même que l'élimination du travail forcé et du trafic à des fins d'exploitation au travail ». Opérant à l'échelle régionale, ce projet offre aux pays qui reçoivent une main-d'œuvre migrante « une assistance spécifique et un support, tout en mettant l'accent sur les secteurs où prédomine une main-d'œuvre peu qualifiée », notamment les secteurs de la construction et du travail domestique. Quant aux pays concernés, il s'agit du Liban, de Bahreïn, de la Jordanie, du Koweït et des Émirats arabes unis. Autrement dit, il « encourage les changements de politique des pays pour une migration équitable », « soutient l'adoption de nouvelles lois et régulations » et enfin « construit un environnement plus propice au travail décent de la main-d'œuvre migrante, en se penchant sur les attitudes et les actions discriminatoires ».
(Lire aussi : Favoriser le dialogue et l'écoute pour mieux comprendre l'autre)
Un dossier complexe et sensible
Dans ce cadre, comment la presse régionale évoque-t-elle les sujets liés à la main-d'œuvre migrante ? Le dossier est complexe certes, compte tenu du fait que les journalistes ont « peu ou pas accès à l'information » dans cette partie du monde où « les statistiques font défaut ». Ce sujet est aussi « très sensible et politisé », comme le rapportent certains journalistes. Freinés par la censure ou l'autocensure, mais aussi par « l'absence de liberté de la presse », ces derniers peinent à attaquer le dossier en profondeur. Les histoires de migration sont alors publiées « dans un cadre économique » ou à l'occasion « d'un fait divers de criminalité », constate l'OIT. Elles sont souvent axées sur la législation gouvernementale, les rapports sur les travailleurs migrants « illégaux », la traite des êtres humains et la fuite des travailleurs domestiques. « Les histoires personnelles sur la migration et les questions plus complexes sur le marché du travail, le recrutement et le système du garant (kafala) ne sont pas suffisamment abordées », note l'organisation.
Par ailleurs, le dossier de la main-d'œuvre migrante n'est pas populaire auprès des populations. Parmi ces attitudes et actions discriminatoires, certains écrits journalistiques qui utilisent des termes inappropriés, mais aussi tombent dans les stéréotypes. « Lorsqu'il s'agit de rapports sur des travailleurs migrants, des termes comme étrangers, illégaux ou non autorisés peuvent être utilisés. Les travailleurs domestiques sont souvent appelés aides, femmes de ménage, domestiques ou bonnes », précise l'organisation. Une pratique qui découle de la méconnaissance des lois et des terminologies liées à la main-d'œuvre migrante, notamment lorsqu'il s'agit de demandeurs d'asile, de réfugiés, de victimes de trafic, de migrants en situation irrégulière...
Le glossaire arabe des migrations pour les médias n'en est encore qu'à l'état de brouillon. Il sera étudié, annoté et discuté par les journalistes participants en vue de son adoption le plus rapidement possible. Mettre un terme aux propos discriminatoires envers les travailleurs migrants et les réfugiés dans les médias n'est qu'un début. Mais il est un premier pas vers un traitement équitable de la main-d'œuvre migrante. À la condition certes que les médias du monde arabe adoptent ce code de déontologie.
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