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Culture

Guillaume de Sardes quitte Beyrouth pour mieux y revenir

Édition

La nouvelle maison d'édition Kaph, toujours aussi intéressée par la scène artistique du Moyen-Orient, propose un recueil de photos d'un artiste aussi discret que talentueux, aux multiples casquettes mais au goût toujours sûr.

01/12/2016

On reconnaît toujours un danseur. Son physique, son agilité, sa sensualité, sa musculature et ses Repetto. Guillaume de Sardes a fait le conservatoire de danse classique, et à l'heure de choisir entre le Concours de la médaille d'or et ses études, il penchera finalement vers ces dernières qui aboutiront à un doctorat d'histoire de l'art moderne, obtenu à l'université de Dijon et à Florence, où résidait sa directrice de recherche. Mais même s'il a abandonné une carrière prometteuse dans ce domaine, la danse restera une sorte de porte-bonheur, puisque c'est son Essai biographique sur Nijinski qui le lancera dans son nouveau parcours professionnel. L'ouvrage a été vendu à plus de 6 000 exemplaires, ce qui est rarissime pour une œuvre de ce type, et a été traduit en plusieurs langues, dont le russe. Le succès lui ouvre les portes de la plus vieille maison d'édition française, Hermann, spécialisée dans les sciences humaines et les mathématiques. Entre 2006 et 2008, il y sortira de nombreux livres qui connaîtront tous un certain succès. Vient ensuite la direction du périodique Le Marché de l'Art puis la création de son propre magazine, Prussian Blue, consacré à l'art contemporain, par le biais duquel il fera connaissance avec le Liban.
Le portrait qu'il y a dressé des designers David & Nicolas lui ouvre les portes d'un premier voyage à Beyrouth, au cours duquel il entamera son journal intime photographique et tissera des amitiés qui durent encore. Son talent se fait remarquer et une première exposition de ses œuvres est organisée par Tamara Zeidan au restaurant Gathering, en 2014. L'Alba l'invitera par la suite à un workshop sur la photographie, encore une occasion de venir errer la nuit et faire des rencontres. Car Guillaume de Sardes appréhende ainsi une ville par les errances nocturnes et par les contacts avec les habitants. C'est grâce à l'un de ces hasards que s'écrit la suite de son histoire avec le pays du Cèdre. Une entrevue fortuite avec Serge Akl, directeur de l'Office de tourisme libanais à Paris, qui recherchait un commissaire général pour l'exposition Photomed, et c'est de Sardes qui embrassera ces responsabilités à partir de 2015.

Au Liban, hors des clichés
Lors de tous ces voyages, de Sardes ne manque jamais de se consacrer à la photographie, aux rêveries, et Retours à Beyrouth, édité aujourd'hui chez Kaph, est la somme de ces émotions vécues. Un journal intime des sept voyages effectués en trois ans, une visite chronologique de sa découverte du Liban, de son parcours sentimental, de sa vision du pays. L'artiste montre ici un Liban différent, hors des clichés habituels, en dehors du parcours convenu. Ce sont des sensations qui nous sont montrées, ce sont des questionnements qui nous sont partagés, à travers de jolis textes courts. Car en plus d'être photographe, de Sardes est également un écrivain à la belle plume, distingué notamment par le prix Francois Mauriac de l'Académie française.
Véritable esthète – il a même enseigné l'esthétique à Dijon pendant quelques années –, il considère que l'avènement du numérique en photographie a modifié le métier de photographe, il l'a rendu plus facile. Ce qui définissait une bonne photographie – le cadrage, la prise de vue, le fameux œil du photographe –, tout ceci s'est trouvé facilité par le numérique et la possibilité quasi infinie de prise de photos, de changements, de modifications qu'il offre. Avec l'argentique, le photographe a moins le droit à l'erreur, il doit se responsabiliser, s'impliquer. C'est pourquoi de Sardes a pris le parti de n'employer que de l'argentique pour ses photos personnelles. Prises avec une pellicule 3200 ASA, donc avec beaucoup de grain, elles sont comme un arrêt dans le temps, elles rendent les photos à la fois intemporelles mais aussi sans âge, on ne sait pas quand elles ont été prises, et ça n'a pas d'importance, parce qu'elles décrivent moins une ville que des sensations humaines véhiculées par cette ville. Et les sensations n'ont pas d'âge, elles sont à la fois personnelles et universelles, se ressentent et se partagent. Guillaume de Sardes les offre ici, vécues et rapportées lors de chacun de ses « retours à Beyrouth ».

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