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Moyen Orient et Monde

L’accueil des réfugiés, l’autre défi de la bataille de Mossoul

Témoignages

Deux humanitaires sur le terrain racontent leur combat quotidien face à une situation amenée à durer.

29/11/2016

Depuis le lancement de l'offensive sur Mossoul le 17 octobre dernier, plus de 70 000 civils ont fui leur foyer selon les derniers chiffres du gouvernement irakien. Cet afflux croissant de déplacés représente un défi humanitaire de taille pour les autorités et la coalition internationale qui se sont engagées dans la reconquête du fief de l'organisation État Islamique en Irak. En effet, à l'aube de l'hiver et alors que les combats font rage, il s'agit pour les organisations humanitaires et l'État irakien de prendre en charge une population affaiblie, constitué pour moitié d'enfants et qui a souvent tout perdu. Becky Bakr Abdallah du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) et Caroline Gluck du Conseil des Nations unies pour les droits de l'homme (UNHRC) témoignent de la situation à L'Orient-Le Jour.

 

(Lire aussi : « Ma fille est morte et mon fils est blessé. Je vais mourir. Je suis brisé »)

 

Une prise en charge multiple
Le premier objectif est de subvenir aux besoins primaires des populations. « Nous accueillons tous les jours des dizaines de familles qui ont fui Mossoul et ses environs, il s'agit pour nous de leur offrir un toit et à manger, c'est-à-dire l'aide de base. Ces gens prennent beaucoup de risques pour fuir Mossoul en laissant tout derrière eux. Ils n'ont souvent pas d'autres vêtements que ceux qu'ils portent sur eux par exemple », explique Mme Abdallah. Du côté de l'UNHRC, Mme Gluck affirme que l'un des objectifs principaux est l'établissement de dix camps pour loger plus de 120 000 personnes. Aujourd'hui, les premiers camps sont déjà pleins et les constructions se poursuivent.

Mais l'aide ne s'arrête pas là, Mme Abdallah ajoute qu'« un soutien psychosociologique et même éducatif avec des cours pour les enfants est également offert. Dans ces centres éducatifs les enfants reçoivent, entre autres, des cours d'arabe ou de mathématiques. Ils ont également accès à des loisirs et à des jeux. Cela est d'autant plus important qu'ils sortent d'une période très traumatisante pour eux ». Mme Gluck raconte d'ailleurs l'histoire de ce père rencontré la semaine dernière : « C'était la première fois depuis deux ans que ses enfants jouaient dehors. Il le leur interdisait car il était terrifié à l'idée de ce qui pouvait leur arriver. » Sur la condition des femmes dans Mossoul elle ajoute : « Beaucoup de femmes peuvent de nouveau sortir, ce qu'elles n'osaient plus faire à cause de toutes les règles et restrictions » posées par l'État islamique à Mossoul.

En outre, une aide juridique est mise en place. « Il s'agit tant d'aider des membres d'une famille à retrouver un des leurs, que de faire un recensement ou même fournir des papiers d'identité acceptés par les autorités. En effet, l'État irakien n'accepte pas les papiers produits par l'administration de l'État islamique, il faut donc donner une existence légale aux enfants nés sous l'occupation ou aux mariages ayant eu lieu ces deux dernières années. Tous ces papiers sont notamment indispensables pour se déplacer », ajoute Mme Gluck.

 

(Lire aussi : « Les familles elles-mêmes ont dû identifier les cadavres en fouillant leurs poches »)

 

Une situation amenée à durer
L'Onu avait prévu un afflux de près de 200 000 déplacés au cours des deux premières semaines de l'offensive. La situation actuelle reste donc gérable. Mais l'intensité des prochaines vagues de réfugiés s'annonce comme un réel défi pour les ONG et l'État irakien. Selon les autorités irakiennes, environ 3 000 civils fuient chaque jour alors qu'il y en avait deux fois moins au début de l'offensive. Ce chiffre est même amené à croître fortement puisque les quartiers centraux qui doivent encore être libérés sont bien plus peuplés que les périphéries.

Face à cette perspective, les premiers problèmes apparaissent déjà. « Pour la construction ou l'extension des camps, nous avons beaucoup de mal à obtenir de nouveaux terrains. L'État doit donner son aval et dans de nombreux cas nous sommes confrontés à la présence de mines ou d'engins explosifs divers. Par ailleurs, dans les zones désertiques, l'absence de sources d'eau est un réel problème », ajoute-t-elle.
Enfin, avec l'enlisement des combats, la libération de la ville n'est pas encore à l'ordre du jour. À titre indicatif, l'armée irakienne déclare n'avancer que de 400 mètres par jour actuellement, menaçant d'inscrire la crise humanitaire dans la durée.

 

 

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