Deux habitants de Deir ez-Zor vendant du bois en vrac, le 12 novembre. Avec le siège imposé par l’EI, les habitants survivent comme ils peuvent. Ayham el-Mohammad/AFP
« Ça fait deux ans que je n'ai pas mangé de viande ou de fruits en raison du siège », confie Moustafa, un Syrien de 12 ans, dont le quartier à Deir ez-Zor est encerclé par le groupe jihadiste État islamique. « Toute cette nourriture me manque », confie le jeune garçon qui s'est rendu dans la partie de Deir ez-Zor aux mains des forces du régime de Bachar el-Assad. Deir ez-Zor est le seul endroit en Syrie où l'EI impose un siège à un territoire aux mains de l'armée. Sans aucune issue pour quitter leurs quartiers, auxquels on accède uniquement à bord d'hélicoptères militaires, les civils sont coincés et disposent de très peu de vivres et de carburant.
L'EI, qui contrôle la grande partie de la province de Deir ez-Zor (Est), s'est emparé en 2014 de larges secteurs de la ville éponyme. Depuis janvier 2015, il assiège le secteur gouvernemental, situé dans l'Ouest, et où habitent encore 100 000 personnes, selon l'Onu. Près d'un million de personnes en Syrie vivent dans des secteurs assiégés, la plupart encerclées par les forces du régime. Le Programme alimentaire mondial (PAM) et la Russie, alliée-clé du régime, ont certes largué de la nourriture par hélicoptère dans la partie assiégée, la seule du pays à recevoir ce type d'aide. Mais, sur le marché de la rue al-Wadi, les habitants affamés et exténués n'ont pas grand-chose à se mettre sous la dent. Hormis de la roquette et des épinards, peu de légumes sont présents sur les étals, avec des cigarettes, du poulet et des conserves.
Pénurie d'eau
Et, encore, les prix sont souvent prohibitifs, avec un kilo de viande infectée de mouches vendu 15 000 livres syriennes (environ 28 euros). Le gouvernement fournit gratuitement du pain aux habitants dans le besoin via le Croissant-Rouge qui compte distribuer 17 000 sacs de pain d'ici à la fin du mois. Devant une boulangerie d'État, des dizaines de personnes attendent leurs rations. « Ça fait des heures qu'on est là à attendre pour un sac de pain », déplore Oum Khaled, une fonctionnaire à la retraite, la soixantaine. En raison du siège, Mohammad el-Obeid a dû renoncer à son métier de chauffeur de taxi pour se reconvertir dans la vente de meubles en bois qui font office de combustible pour le chauffage ou la cuisine. « Les gens me vendent des meubles ou d'autres objets en bois, et avec l'argent obtenu ils achètent de la nourriture », indique M. Obeid, dans le quartier de Joura. Les habitants ont dû aussi creuser des puits, parce que le manque de carburant rend impossible la mise en marche des pompes à eau. « Ça fait deux ans qu'on souffre de pénurie d'eau », confie Ahmad Sarour, un fonctionnaire. « On creuse ces puits pour nos besoins quotidiens », explique-t-il.
Parc transformé en cimetière
Sans carburant, les habitants ne peuvent plus se rendre au cimetière de la ville, situé en banlieue, pour enterrer leurs morts. Ils ont dû ainsi transformer le seul parc du quartier Joura en un cimetière de fortune, où les enfants continuent de jouer au milieu des pierres tombales. « Le parc était autrefois plein d'arbres et d'herbe verte, où les gens aimaient se relaxer », raconte Khalaf el-Saleh, un habitant du quartier. « Mais, en raison du blocus et de la distance entre la ville et le cimetière, on a dû s'en servir comme cimetière pour les quartiers assiégés », poursuit-il. Les jihadistes ont aussi coupé le réseau électrique et l'accès à Internet, rendant très difficile pour les habitants de s'éclairer ou de s'informer. Des propriétaires de cafés pouvant s'offrir des générateurs ont installé des télévisions pour les clients prêts à payer un prix élevé pour une boisson chaude ou fumer le narguilé, tout en regardant les informations. Oum Bassel, une femme au foyer d'une cinquantaine d'années, dit en avoir assez du siège. « On n'a plus rien si ce n'est les vêtements qu'on porte, et encore, ils ne nous réchauffent pas vu le nombre de fois qu'ils ont été lavés, déplore-t-elle. Nous voulons briser le siège et avoir de nouveau le sentiment que nous sommes des êtres humains qui méritent de vivre. »
Ayham al-MOHAmMAD /AFP


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bizarre, tout le monde parle d'Alep-est, mais jamais de Deir ez-Zor !!!! comme toujours fait de la propagande pour la rebellion et on oublie les autres régions
12 h 53, le 26 novembre 2016