Le FMI qualifie de proposition « positive » la promesse de Donald Trump de mener un grand plan d’investissement aux États-Unis. Archives Reuters
Le FMI et l'OCDE ont multiplié depuis un an les appels à relancer les investissements publics pour faire redémarrer une croissance mondiale en panne : le populiste et protectionniste Donald Trump, contre toute attente, pourrait être leur homme.
« C'est le moment pour des investissements publics (...). Il revient désormais aux politiciens d'utiliser les mécanismes dont ils disposent pour nous sortir du piège de la croissance molle », avait assuré en septembre la chef économiste de l'OCDE Catherine Mann, lors d'un entretien à l'AFP. Le FMI était sur la même ligne : sa directrice générale Christine Lagarde avait exigé en octobre « de l'action » de la part des États pour relancer la croissance, appelant notamment l'Allemagne à utiliser ses excédents budgétaires. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a fait la sourde oreille. À peine plus d'un mois plus tard, Mme Lagarde qualifie désormais de proposition « positive » la promesse de Donald Trump de mener un grand plan d'investissement aux États-Unis d'environ 550 milliards de dollars pour rénover les infrastructures.
« Il est frappant de voir à quel point le discours des grandes institutions a changé » sur la dépense publique, constate dans une note Philippe Uzan, directeur des gestions de la banque d'affaires suisse Edmond de Rothschild, en référence aux sévères ajustements budgétaires que le FMI a imposés par le passé. Le plan de relance du président élu pourrait pourtant « porter à 120-130 % le ratio de la dette en fonction du PIB » contre près de 100 % aujourd'hui, estime Laurent Geronimi, directeur de la gestion des taux de la banque privée Swiss Life.
A priori, ce bond de la dette n'est pourtant pas perçu comme un danger. « Nous considérons (le plan) comme un investissement et pas forcément comme un coût », mais à condition que ces dépenses soient effectuées « judicieusement », souligne Beth Ann Bovino, chef économiste pour les États-Unis de l'agence de notation S&P. Le FMI et l'OCDE insistent sur ce point : ces investissements ne sont pas « un chèque en blanc » et doivent être utilisés dans des secteurs favorisant la croissance.
« Pas peur du déficit »
« Les États-Unis envoient un message : ils n'ont pas peur de creuser leur déficit courant et ils font confiance au reste du monde pour aller y chercher des rendements », explique Ludovic Subran, chef économiste de l'assureur-crédit Euler Hermes. « Mais s'ils sont prêts à faire un stimulus et à pousser la croissance, ils ne peuvent pas se permettre d'adopter des mesures protectionnistes (promises par M. Trump) qui découragent le reste du monde à acheter leurs obligations », prévient-il.
Le plan de relance doit aussi passer l'obstacle du Congrès : « La principale limite au déficit pourrait être le besoin de convaincre les républicains d'approuver les dépenses et les mesures fiscales, alors que pour nombre d'entre eux la dette c'est le mal », a souligné l'économiste Olivier Blanchard, du Peterson Institute for International Economics (PIIE). Car la hausse des dépenses n'est pas sans danger. « Le risque est d'alimenter un niveau déjà élevé de dette publique », admet M. Uzan, soulignant toutefois que le ratio du service de la dette dans le PIB est tombé à moins de 3 % aux États-Unis, grâce à la faiblesse des taux d'intérêt actuels. Pour sa part, M. Geronimi n'écarte pas le risque d'un krach obligataire si les marchés « ne faisaient pas confiance à la politique de M. Trump et de la Fed ». Après le Japon en septembre et les États-Unis de Trump, les regards se portent désormais sur la zone euro qui impose à ses membres un déficit budgétaire inférieur à 3 %.
« La pression du vote populiste et le choc politique qu'a constitué le résultat du référendum britannique sur le Brexit ont contribué à faire bouger les lignes », constate M. Uzan. « Les gouvernements européens savent quel est le coût électoral de la rigueur budgétaire », ajoute-t-il. Dans un récent commentaire sur son blog, le commissaire européen Pierre Moscovici assure d'ailleurs que Bruxelles « tournait le dos à l'austérité ». « Nous proposons d'agir plus vigoureusement pour muscler la croissance. C'est beaucoup pour l'Europe, et c'est une avancée dont je me réjouis », assure-t-il.
Antonio RODRIGUEZ/AFP


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