François Fillon, heureux vainqueur hier. Thomas Samson / AFP
Double coup de tonnerre dans le ciel de la droite française: François Fillon, arrivé en tête, affrontera Alain Juppé dimanche prochain au second tour de la primaire, tandis que l'ancien président Nicolas Sarkozy est éliminé et a annoncé son retrait de la vie politique.
François Fillon arrive ainsi largement en tête du premier tour avec 44,1 % des voix, devant Alain Juppé (28,2 %) et Nicolas Sarkozy (21 %), selon les chiffres fournis par l'entité organisatrice du scrutin, portant sur 3,43 millions de votants et 8 709 bureaux de vote. Loin derrière suivent Nathalie Kosciusko-Morizet (2,5 %), Bruno Le Maire (2,5 %) Jean-Frédéric Poisson (1,4 %) et Jean-François Copé (0,3 %).
François Fillon réalise donc la première sensation de cette primaire. L'ancien Premier ministre, longtemps placé en quatrième position dans la plupart des enquêtes d'opinion, prend une éclatante revanche sur Nicolas Sarkozy qui l'avait ravalé au rang de « collaborateur » après l'avoir nommé à Matignon en 2007. « Une dynamique puissante est enclenchée », a annoncé M. Fillon après sa victoire, estimant que « la défaite ne doit humilier personne, parce que nous aurons besoin de tout le monde. J'ai une pensée particulière pour Nicolas Sarkozy qui a été le président de la France », a déclaré M. Fillon.
Ce dernier, battu d'une courte tête par François Hollande en 2012, sorti de sa retraite en 2014, subit l'une des plus retentissantes défaites de sa carrière: éliminé dès le premier tour d'un scrutin organisé par son propre parti, dont il avait reconquis la présidence en 2014. « J'ai beaucoup d'estime pour Alain Juppé, mais les choix politiques de François Fillon sont plus proches (...). Je voterai François Fillon », a annoncé M. Sarkozy dans une déclaration sobre et digne depuis son QG. L'ancien président a également demandé à ses électeurs de « ne jamais emprunter la voie des extrêmes » pour la présidentielle 2017, ciblant le Front national, et a annoncé à mots couverts son retrait de la vie politique: « Il est temps pour moi maintenant d'aborder une vie avec moins de passions publiques et plus de passions privées. »
Alain Juppé, longtemps donné largement en tête par tous les instituts, se qualifie finalement en distançant Nicolas Sarkozy de moins de 20 000 voix, selon les chiffres provisoires. « C'est dur, un second tour contre Fillon, on est challenger », estimait hier soir un soutien du maire de Bordeaux. « Il va falloir que Juppé remobilise. Ce qui mobilisait, c'était le repoussoir Sarkozy », jugeait un autre. « J'ai décidé de continuer le combat pour tous ceux qui croient en moi, pour mes convictions, pour l'idée que je me fais de la France », a affirmé de son côté le maire de Bordeaux, qui n'a pas eu un mot pour Nicolas Sarkozy.
Très largement distancé, Bruno Le Maire a immédiatement annoncé son soutien à François Fillon. Nathalie Kosciusko-Morizet, au contraire, a apporté son soutien à Alain Juppé.
Remontée spectaculaire
Un sondage Opinionway diffusé mardi donnait M. Fillon vainqueur à 54 % face à M. Juppé (46 %) en cas de duel au second tour. Un autre, réalisé par Ifop Fiducial et diffusé jeudi, donnait les deux concurrents à égalité (50-50).
En attendant, la première primaire ouverte de l'histoire de la droite française est d'ores et déjà un succès de participation. De 3,9 à 4,3 millions de personnes auraient pris part à la consultation, selon une projection Elabe à la fermeture des bureaux de vote à 19h00, réalisée à partir des données fournies par la Haute Autorité. À 17h00, plus de 2,5 millions de votants s'étaient rendus dans 70 % des quelque 10 000 bureaux de vote. En 2011, le premier tour de la primaire socialiste avait réuni, en 2011, 2,66 millions de participants.
Selon le même institut, 63 % des votants sont des sympathisants de la droite et du centre, contre 15 % de sympathisants de gauche, 14 % affirmant n'avoir aucune sympathie particulière et 8 % de sympathisants du Front national.
Les sondeurs ont donné longtemps et régulièrement Alain Juppé favori, devant Nicolas Sarkozy. Mais le duel est devenu un match à trois avec la spectaculaire remontée dans les sondages ces derniers jours de François Fillon, crédité de très bonnes prestations télévisés, notamment lors des trois débats organisés entre les sept candidats.
À gauche, où l'on brocardait le « programme commun » de la droite, la riposte se prépare. Le secrétaire d'État Jean-Marie Le Guen a évoqué une « thatchérisation de la droite française » incarnée selon lui par François Fillon et ses mesures « qui ne pourront jamais avoir l'assentiment des électeurs de gauche » en cas de duel de second tour face à Marine Le Pen. Laquelle perd son « meilleur adversaire » en la personne de Nicolas Sarkozy.
(Source: AFP)


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