À Alep, des blessés traités tant bien que mal après des raids d’une rare intensité sur les quartiers rebelles de la ville. Thaer Mohammed/AFP
Les habitants des quartiers rebelles d'Alep se terraient hier pour échapper aux raids et aux plus violents bombardements d'artillerie depuis deux ans, signes de la détermination du régime syrien à contrôler toute la ville.
L'actuelle offensive sur Alep-Est a commencé mardi et, pour le quatrième jour consécutif, les forces progouvernementales pilonnaient plusieurs quartiers. Selon le correspondant de l'AFP en secteur rebelle, jamais depuis deux ans l'artillerie gouvernementale n'avait pilonné avec une telle intensité, avec des roquettes s'abattant dans un bruit terrifiant et des explosions faisant trembler le sol. Le directeur des Casques blancs (secouristes) dans le quartier rebelle d'al-Ansari a affirmé n'avoir « jamais entendu des bombardements d'artillerie aussi intenses » à Alep. En fin de journée, un hôpital du quartier de Maadi a été bombardé par le régime, le mettant hors service, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Selon une source médicale, « l'hôpital a été en partie détruit et deux patients ont été tués ». D'autres ont été blessés, ainsi que du personnel médical.
Plus tôt, des bombardements ont complètement détruit le QG de la Défense civile à Bab al-Nairab, un autre quartier du secteur rebelle, a rapporté un secouriste. Les écoles pourraient rester fermées aujourd'hui et demain dans cette partie de la ville en raison de l'intensité des bombardements.
Lumières éteintes
Dans la journée, des hélicoptères avaient également largué des barils d'explosifs sur plusieurs quartiers rebelles de l'ancienne capitale économique de Syrie, devenue le principal front d'un conflit qui a fait plus de 300 000 morts depuis 2011. Les habitants d'Alep-Est, qui appellent en vain à l'aide, étaient terrés chez eux, comme la veille au soir, quand ils avaient éteint leurs lumières pour éviter d'être visés par les bombardements. Dans la nuit, des combats très violents ont opposé les rebelles aux forces prorégime à Cheikh Saïd, un quartier du sud d'Alep que l'armée tente de prendre depuis plusieurs semaines. « Le régime a progressé avant d'être repoussé par les rebelles », a affirmé Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH.
Les insurgés ont de leur côté lancé une quinzaine de roquettes sur la partie gouvernementale d'Alep, aux mains du régime, faisant cinq morts dont deux fillettes, d'après les médias officiels.
Alors que, dans les précédentes offensives, l'armée « ne se risquait pas dans la ville rebelle (...), elle (attaque) désormais ces quartiers » insurgés, a affirmé Fabrice Balanche, expert de la Syrie au Washington Institute.
Depuis la reprise mardi des bombardements après une suspension d'un mois, les bombardements du régime ont tué au moins 65 civils selon l'OSDH. Les habitants d'Alep-Est connaissent en outre depuis quatre mois les affres d'un siège et aucune aide ne peut leur parvenir. Les dépôts des ONG locales sont désormais vides et des habitants affamés ont attaqué cette semaine des dépôts de vivres du conseil municipal rebelle, selon un journaliste de l'AFP.
« États-Unis paralysés »
Les forces du régime « entendent combiner bombardements aériens et famine résultant du siège pour obtenir une reddition des rebelles », affirme Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie et professeur à l'université d'Édimbourg. Selon lui, la différence avec les autres offensives, c'est que désormais « les habitants (d'Alep-Est) commencent à mourir de faim ».
La Russie, qui intervient en Syrie depuis plus d'un an pour soutenir le régime, ne participe pas aux bombardements aériens à Alep-Est mais mène des frappes depuis mardi sur la province voisine d'Idleb (nord-ouest), contrôlée par une alliance de rebelles et de jihadistes. Selon des analystes, Damas et ses alliés veulent gagner du temps avant la prise de fonction de Donald Trump à la présidence américaine en janvier 2017. « Il est clair que la Russie, Damas et Téhéran veulent reprendre l'est d'Alep rapidement. Les États-Unis sont paralysés, il faut mettre Trump devant le fait accompli en janvier prochain », d'après M. Balanche.
À l'est de la capitale Damas, au moins 22 civils, dont dix enfants, ont péri dans des bombardements en 24 heures sur plusieurs villes de la Ghouta orientale, fief des rebelles, selon l'OSDH.
Parallèlement, l'alliance arabo-kurde menait hier une lutte acharnée dans le nord de la Syrie pour déloger le groupe État islamique d'une hauteur stratégique qui leur ouvrirait la route de Raqqa, capitale « de facto » des jihadistes. Les Forces démocratiques syriennes (FDS), qui ont lancé le 5 novembre une offensive pour reprendre Raqqa, encerclent actuellement Tall Samane, une localité située à 25 km plus au nord. « Les combats font rage aussi à l'intérieur de Tall Samane entre nos forces et celles de Daech (acronyme arabe de l'EI) », a indiqué le commandant Farhad Kurdistan, après son retour du front. « Depuis jeudi, les jihadistes ont envoyé trois voitures piégées. Nos forces ont réussi à les faire exploser », a dit l'officier.
Par ailleurs, un haut responsable des FDS, qui réunit ces combattants arabes et kurdes, a indiqué à l'AFP que la coalition conduite par les États-Unis leur avait non seulement livré de nouvelles armes mais participait directement aux combats sur le terrain.
(Source : AFP)


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