L’édito de Émilie SUEUR

Make politics great again

L’édito
08/11/2016

Rarement aura-t-on souhaité aussi fort la fin d'une course à la Maison-Blanche.
Autant pour que cesse le suspense – alors que le monde attend, anxieux, le résultat d'un scrutin serré dont il n'est pas totalement exclu qu'il porte à la tête de la première puissance un chantre du populisme adepte de la téléréalité – que pour que tombe enfin le rideau sur un pitoyable spectacle.
Car les 23 mois de cette campagne, qui restera dans les annales pour de mauvaises raisons, auront été marqués par un déversement de boue contribuant à renforcer les lignes de fracture dans une nation déjà sous tension.
Et pourtant, les sujets de fond, essentiels, ne manquaient pas. Du réchauffement climatique à la place du travail dans nos sociétés – une valeur potentiellement en voie de disparition –, en passant par la nécessité de repenser le modèle capitaliste, de retisser le lien social... Autant de dossiers, parmi d'autres, qui auraient dû être au cœur des débats et meetings.
Hélas. Débats et meetings ont trop souvent été l'occasion pour l'une d'agiter l'épouvantail Trump tout en méprisant ses électeurs, pendant que l'autre misait tout sur un slogan, « Make america great again », à défaut de programme.
En lieu et place d'une confrontation politique digne de ce nom, les Américains ont surtout eu droit à des insultes, des déclarations à l'emporte-pièce, racistes, misogynes et dégradantes, ainsi qu'à un moulinage de théories du complot. Le tout abondamment relayé par les réseaux sociaux. Car là aussi se trouve un point central qui illustre l'air vicié du temps. Jamais, dans le cadre d'une campagne américaine, n'ont fleuri autant de pages de propagande, truffées de fausses informations, sur les réseaux sociaux. Et quand le Pew Research Center indique que deux tiers des Américains s'informent désormais sur les réseaux sociaux, contre moins de 50 % lors de la précédente présidentielle, l'on peut imaginer l'ampleur du désastre à venir.
Face à des électeurs anxieux brinquebalés dans un monde plus que jamais en quête de sens, cette campagne a été tragiquement marquée par une dangereuse perte de sens du langage politique.
Les États-Unis n'en ont pas l'apanage. L'on a vu la tournure qu'a prise la campagne autour du Brexit, alors qu'il y avait, là aussi, l'urgente nécessité d'un débat de fond.
Quel que soit le vainqueur du scrutin, les leçons à en tirer dépasseront les frontières américaines. Aujourd'hui, l'angoisse et la colère grondent ici et là. L'on peut y répondre en caricaturant, en gueulant, en simplifiant à outrance ce qui ne peut l'être. L'on peut, aussi, y répondre en redonnant à la politique ses lettres de noblesse.

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LA TABLE RONDE

Nous attendons avec impatience de votre part Mme Sueur , en tant que journaliste sensée, de nous expliquer comment une hyperpuissance est tombée aussi bas , en développant l'historique et les raisons de cette déchéance éthique et morale , plutôt que de nous relater un fait évident perçu par tous , pour redonner à la politique ses lettres de noblesse .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UNE HONTE POUR LES ETATS UNIS...

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